Propriété intelectuelle

Licence Creative Commons
Cette œuvre est mise à disposition selon les termes de la Creative Commons Licence 3.0 France - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les mêmes Conditions.

samedi, décembre 18, 2010

Nuit des musées 2010- Millet, Académie- Conférence de M.Poitevin


Mars 2010
Conférence de M. Jean-Louis Poitevin*:
Les errements d'Eros ou la mutation de la représentation du corps dans les pratiques artistiques du XX ème siècle.
Pour cette nuit des musées 2010, M. Poitevin était invité par trois associations saint-loises:l'association des amis des musées municipaux de Saint-Lô, la société d'Archéologie de La Manche (section de Saint-Lô)et l'association Saint-Lô Aalen.
Le conférencier a d'abord rappelé les enjeux fondamentaux de la peinture: nous parler de la nature, de l'homme, des objets et de ce qui dépasse la représentation .
Au coeur de la fascination de l'idéal du beau , le corps , héritage de l'idéal culturel de la Grèce classique. La beauté a partie liée avec Eros, avec le désir, comme le prouve l'étymologie de "fascinus"qui en latin désigne le sexe masculin. Nombreuses sont les oeuvres qui traduisent ce regard fasciné, qu'il s'agisse de Persée et la Gorgone ou du tableau Suzanne et les Vieillards du Tintoret, exposé au musée de Vienne.

L'objet de la conférence , d'environ trois heures, illustrée par une riche iconographie était d'analyser les diférentes étapes de la remise en question de cet idéal du Beau, tout en soulignant , au delà des ruptures, initiées par Marcel Duchamp et Man Ray , certaines continuités .Plusieurs axes ont été explorés :
-Le corps, cet inconnu.
-Le corps désacralisé.
-Le corps photographié.
-Le corps improbable.


*Jean-Louis Poitevin est écrivain et critique d'art. Docteur en philosophie, il est l'auteur de nombreux livres et articles , notamment sur l'art contemporain . De 2000 à 2004, il a dirigé les instituts français de Stuttgart et d'Innsbruck. Parmi ses dernières publications : Polyptyque, Éditions Alliages, 2005. (Essais sur neuf artistes contemporains) ; Schreber Président, ouvrage collectif, Fage éditions, 2006 ; Le Musée du Point de Vue, Éditions de l’œil, 2007 (Essai sur l'oeuvre de Jean-Daniel Berclaz)


Académie masculine, de Jean-François Millet (1814-1875)
Pour lancer la réflexion et l'ancrer dans les collections du musée des Beaux-Arts de Saint-Lô, M. Poitevin a commenté le tableau de J.F.Millet, Anatomie masculine, huile sur toile peinte vers 1837.
Incontestablement, il s'agit d'une étude de nu, d'après modèle, censée incarner l'idéal esthétique de l'époque . Cependant, quelques éléments détonent.La pose du personnage n'a rien d'héroïque, un "Je ne sais quoi" lui donne une allure romantique: la chevelure ? L'attitude rêveuse ?La posture ?
Appuyé sur un socle-et nous savons depuis Brancusi qu'il n'existe pas de sculpture sans socle-le sujet semble, par la volonté du peintre être descendu de son piédestal. C'est à cette époque, précisément qu'est apparue la photographie, procédé qui va remettre en cause l'idéal de la Renaissance, en reliant le corps à sa banalité et au contexte social .

Paradoxalement, l'invention de la photographie va orienter la peinture vers d'autres domaines que ceux de la représentation : l'investigation de mondes intérieurs, favorisée par la psychanalyse, (l'Interprétation des rêves date de 1895) et cependant, l'objectivité photographique va accumuler les images du corps, d'un point de vue médical et artistique , dévoilant des aspects inconnus jusqu'ici, tout en continuant à parler du désir, comme le fait "La mariée mise à nu par ses célibataires, même"ou encore  cette étonnante oeuvre posthume de Marcel Duchamp, Etant donnés:1-la chute d'eau 2-le bec de gaz  (photo 4 , lien/ analyse)

La désacralisation du corps s'amorce à Vienne au début du XXème siècle, avec Gustav Klimt et Egon Schiele. Chez le premier, le corps féminin devient ambigu, en proie à des éléments décoratifs , la chair se trouve non pas effacée,mais recouverte, au centre d'une tension qui transgresse les codes de la grande bourgeoisie. Chez le second,marqué par la boucherie de 14-18, elle devient la proie de l'angoisse existentielle.

Les jeux surréalistes -déguisements, tatouages , les avatars de Rrose Sélavy-initient la mise en scène et la transformation du corps, ouvrant la voie aux pratiques post surréalistes des années 50: maître de l'Action Painting , Pollock devient danseur, tandis que le corps lui-même est devenu peinture avec de Kooning. Le peintre a abandonné son chevalet.

Incontestablement, la partie la plus surprenante de la conférence de J. L. Poitevin a porté sur l'art contemporain et les manières de traiter le corps: photographié, en action, dans tous ses états, improbable, mutilé. Autant de réponses inédites à des questions pourtant posées autrefois : ainsi, dans les années 70 , Cindy Sherman s'interroge sur l'autoportrait : se montre -t-on tel quel que l'on est ou tel que l'on se pense? Lorsque Jeff Wall met en scène le dispositif photographique utilisé, il sreprend la question du regard regardant et regardé,déjà posée par Velasquez dans les Ménines . Et Martin Paar ("Nous et nos portables") à sa manière, traite de la Réalité .

Mais depuis Rembrandt ("Le boeuf écorché ") jusqu'à Hermann Nitsch , en passant par Bacon ("Grande Crucifixion") la question essentielle de l'histoire de la peinture occidendale, marquée par la tradition chrétienne reste celle du statut du corps: simple carcasse ou chair promise à la résurrection ?
Une conférence passionnante qui aurait pu durer toute la soirée , pour cette nuit des musées bien nommée, Monsieur Jean-Louis Poitevin ayant annoncé continuerait à discourir tout le temps qu'il aurait devant lui des auditeurs !
................................................................................................................................................................




11 commentaires:

  1. Et tu nous relate cela à "corps et à cris" et même à ton "corps défendant" tu emploie toute ta "corpulence"...
    Bon weekend A +

    RépondreSupprimer
  2. Je ne sais plus qui disait : le corps de la femme est un vaste sujet sur lequel j'aimerais bien m' étendre.
    Pour tes question réponse sur mon blog.
    Comme je ne sais toujours pas faire un lien dans les commentaires je vais te guider pour tu ailles dans mes archives. Je reviens

    RépondreSupprimer
  3. Tu vas sur 2008
    sur janviersur couture créole 1
    puis ensuite sur février couture créole 2

    RépondreSupprimer
  4. Daniel :Ma corpulence ?????????????????
    Claude :Pierre Dac ?R. Devos ?Merci pour le blog/guidage

    RépondreSupprimer
  5. N'y vois poins malice c'était faute de mieux... (bon! je vais faire pénitence)...lol

    RépondreSupprimer
  6. j'ai commecé à lire ton message mais je pense y revenir car là il y a metière à réflexion. J'aime beaucoup!

    RépondreSupprimer
  7. je parle de celui-ci ayant déjà lu en son temps celui sur J. Drouet.

    RépondreSupprimer
  8. Remarquable Miss Yves... il me faudra y revenir. Hier j'ai eu le bonheur de voir "l'homme a la houe" de Millet! Je decouvre "l'academie masculine" chez toi!

    RépondreSupprimer
  9. Thanks you for the translation! Your header photo is beautiful!

    RépondreSupprimer
  10. Et Pierre Bonnard qui a quasi peint QUE sa femme dans son bain même après sa mort (celel de sa femme)
    Lorsque j’ai débuté à l’école d’archi, nous avions un modèle masculin pour les nus, c’était un étudiant du CREPS comme on disait à l’époque : pas trop mal foutu donc !
    Lorsque j’étaie en 3ème, nous avons fait un voyage en Italie (Assise, Florence, Rome) et un chanoine et oui un chanoine, qui était féru d’art, nous a préparées au voyage notamment / la chapelle Sixtine. Nous avons vus les œuvres avec des yeux dessillés.

    RépondreSupprimer
  11. J'ai raté cette conférence à mon corps défendant... Zut !
    Je ne connaissais pas ce tableau de Millet !
    Mais comment se fait il que je ne pouvais pas récupérer tes billets depuis plusieurs jours ?

    RépondreSupprimer