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samedi, décembre 11, 2010

Bicentenaire de la naissance de Musset


Agréable surprise, ce matin, en découvrant la page d'accueil de Google où s'affiche le portrait d'Alfred de Musset, d'après Charles Landelle, le poète étant né le 11 décembre 1810-ceci explique cela!


(Cliquez pour agrandir et lire

Lucie

Élégie

Mes chers amis, quand je mourrai,
Plantez un saule au cimetière.
J'aime son feuillage éploré ;
La pâleur m'en est douce et chère,
Et son ombre sera légère
À la terre où je dormirai.

Un soir, nous étions seuls, j'étais assis près d'elle ;
Elle penchait la tête, et sur son clavecin
Laissait, tout en rêvant, flotter sa blanche main.
Ce n'était qu'un murmure : on eût dit les coups d'aile
D'un zéphyr éloigné glissant sur des roseaux,
Et craignant en passant d'éveiller les oiseaux.
Les tièdes voluptés des nuits mélancoliques
Sortaient autour de nous du calice des fleurs.
Les marronniers du parc et les chênes antiques
Se berçaient doucement sous leurs rameaux en pleurs.
Nous écoutions la nuit ; la croisée entr'ouverte
Laissait venir à nous les parfums du printemps ;
Les vents étaient muets, la plaine était déserte ;
Nous étions seuls, pensifs, et nous avions quinze ans.
Je regardais Lucie. - Elle était pâle et blonde.
Jamais deux yeux plus doux n'ont du ciel le plus pur
Sondé la profondeur et réfléchi l'azur.
Sa beauté m'enivrait ; je n'aimais qu'elle au monde.
Mais je croyais l'aimer comme on aime une soeur,
Tant ce qui venait d'elle était plein de pudeur !
Nous nous tûmes longtemps ; ma main touchait la sienne.
Je regardais rêver son front triste et charmant,
Et je sentais dans l'âme, à chaque mouvement,
Combien peuvent sur nous, pour guérir toute peine,
Ces deux signes jumeaux de paix et de bonheur,
Jeunesse de visage et jeunesse de coeur.
La lune, se levant dans un ciel sans nuage,
D'un long réseau d'argent tout à coup l'inonda.
Elle vit dans mes yeux resplendir son image ;
Son sourire semblait d'un ange : elle chanta.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Fille de la douleur, harmonie ! harmonie !
Langue que pour l'amour inventa le génie !
Qui nous vins d'Italie, et qui lui vins des cieux !
Douce langue du coeur, la seule où la pensée,
Cette vierge craintive et d'une ombre offensée,
Passe en gardant son voile et sans craindre les yeux !
Qui sait ce qu'un enfant peut entendre et peut dire
Dans tes soupirs divins, nés de l'air qu'il respire,
Tristes comme son coeur et doux comme sa voix ?
On surprend un regard, une larme qui coule ;
Le reste est un mystère ignoré de la foule,
Comme celui des flots, de la nuit et des bois !

- Nous étions seuls, pensifs ; je regardais Lucie.
L'écho de sa romance en nous semblait frémir.
Elle appuya sur moi sa tête appesantie.
Sentais-tu dans ton coeur Desdemona gémir,
Pauvre enfant ? Tu pleurais ; sur ta bouche adorée
Tu laissas tristement mes lèvres se poser,
Et ce fut ta douleur qui reçut mon baiser.
Telle je t'embrassai, froide et décolorée,
Telle, deux mois après, tu fus mise au tombeau ;
Telle, ô ma chaste fleur ! tu t'es évanouie.
Ta mort fut un sourire aussi doux que ta vie,
Et tu fus rapportée à Dieu dans ton berceau.

Doux mystère du toit que l'innocence habite,
Chansons, rêves d'amour, rires, propos d'enfant,
Et toi, charme inconnu dont rien ne se défend,
Qui fis hésiter Faust au seuil de Marguerite,
Candeur des premiers jours, qu'êtes-vous devenus ?

Paix profonde à ton âme, enfant ! à ta mémoire !
Adieu ! ta blanche main sur le clavier d'ivoire,
Durant les nuits d'été, ne voltigera plus...

Mes chers amis, quand je mourrai,
Plantez un saule au cimetière.
J'aime son feuillage éploré ;
La pâleur m'en est douce et chère,
Et son ombre sera légère
À la terre où je dormirai.
Alfred de Musset (1810-1857)
"Mes chers amis, quand je mourrai,
Plantez un saule au cimetière.
J'aime son feuillage éploré ;
La pâleur m'en est douce et chère,
Et son ombre sera légère
À la terre où je dormirai."
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Visite virtuelle du père-Lachaise ici
Et, d'intéressantes précisions sur le Saule et l'inhumation de Musset au Père- Lachaise, communiquées par Thérèse, que je remercie vivement. Cf Son blog

12 commentaires:

  1. Je ne connaissais pas ce poème ! Il est très mélancolique ...

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  2. Un grand hommage que tu fais là au grand poête que fut Alfred de Musset ! Merci pour le lien, je n'y suis encore jamais allée !
    Bon dimanche !

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  3. oui, je me souviens de la tombe et du poème , merci de l'avoir mis en entier car sur la tombe on ne trouve que ceux que tu répètes. Je vais souvent au père Lachaise, on ne peut pas tout voir d'un coup.

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  4. *** Déjà deux cent ans que Musset est parti et pourtant je le trouve toujours d'actualité ! Merci de nous parler de lui et de nous offrir les photos que tu as prises au Père Lachaise ... superbes photos ! le poème est tout simplement sublime !!!!! MERCI MISS_YVES ! :o) ***

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  5. Il avait d'être bel homme Musset et ce qu'il écrit est très beau.
    Je savais qu'il avait connu George mais pour Lucie, je ne savais pas !!! Je sais, je ne suis pas sérieuse.

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  6. Claude: il faut demander à l'intéressée ce qu'elle en pense

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  8. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  9. Tu pourras en lire un peu plus ici sur les "saules" de Musset...

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  10. Je suis allée sur cette tombe et ai pensé à George et à Georges aussi qui souhaitait un pin parasol (voir ici). Je n'ai pas vu le saule mais je n'ai peut-être, à l'époque, pas su le reconnaitre (il y en a tant de variétés)

    "... quand je mourrai..."
    Est ce que les poètes pensent aussi que cela n'arrivera jamais ?

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  11. Tu m'as demandé si on voyait la mer depuis la tombe de G.Brassens. Elle est dans le nouveau cimetière et non dans le cimetière marin où est enterré Paul Valéry. On ne voit pas la mer mais peut-être que les mouettes qui la survolent parfois viennent s'y poser ? Et des admirateurs nombreux sans aucun doute s'y recueillir.
    Je ne manque pas d'aller sur la tombe de Maupassant que j'ai vue être restaurée au cimetière du Montparnasse. J'ai eu du mal à trouver celle de Vercors (Jean Bruller) sans doute moins recherchée que celles de Sartre et Beauvoir ou Duras ou même Baudelaire et surtout Gainsbourg...

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