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mercredi, octobre 09, 2013

Air, pierre , eau (3/3)


Air, pierre riment avec Fougères, 
 eau  rime avec avec château 
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Au XIII ème siècle, le fief de Fougères passe par mariage à des seigneurs poitevins, les Lusignan, 
qui se disent descendants de la fée 
Mélusine (la mère Lucine)
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Sa légende a été relayée  par Jean d'Arras
et  par Coudrette, elle connaît , en d'autres lieux, 
diverses variantes:
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Extraits du roman de Coudrette  ici+iconographie

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Mélusine avait été  condamnée, par un sort jeté par sa mère, Présine, à devenir,  tous les samedis, serpente , du nombril jusqu'au bas du corps.
A moins de trouver  un homme disposé à la prendre pour épouse, qui promette de ne jamais chercher à la voir le samedi, elle pourrait vivre normalement, mais si son époux perçait son secret, elle devait être condamnée au tourment jusqu'au jugement dernier.

Or, près d'une fontaine, non loin de Lusignan , elle rencontra Raymondin 
accusé d'assassinat,  qu'elle sauva à condition qu'il l'épouse et ne cherche jamais à la voir le samedi.
Raymondin  accepta; de leur union naquirent dix garçons. Le seigneur respecta la promesse jusqu'au jour où il transgressa l'interdit, et  vit son épouse , serpente du nombril jusqu'aux pieds.

Alors, la fée se jeta par la fenêtre dans un cri déchirant.
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André Breton, Arcane 17
"Mélusine après le cri, Mélusine au-dessous du buste Je vois miroiter ses écailles dans le ciel d'automne Sa torsade éblouissante enserre maintenant par trois fois une colline boisée Qui ondule par vagues selon une partition dont les accords se règlent et se répercutent au-dessus de la capucine en fleur. Mélusine, c'est bien sa queue, merveilleuse, dramatique, se perdant entre les sapins dans le petit lac qui par-là prend la couleur et l'effilé d'un sabre. Oui, c'est toujours la femme perdue, celle qui chante dans l'imagination de l'homme. Mais au bout de quelles épreuves, pour elle, pour lui? Ça doit être aussi la femme retrouvée. Et tout d'abord, il faut que la femme se retrouve elle-même. Qu'elle apprenne à se reconnaître à travers ces enfers auxquels la voue sans son secours plus que problématique la vue que l'homme en général porte sur elle…»








"…Mélusine après le cri… Le lac scintille, c’est une bague et c’est toujours toute la mer passant à travers l’anneau du Doge, car il faut que, cette alliance, tout l’univers sensible la consacre et que rien ne puisse plus faire qu’elle soit brisée. Mélusine au-dessous du buste se dore de tous les reflets du soleil sur le feuillage d’automne. Les serpents de ses jambes dansent en mesure au tambourin, les poissons de ses jambes plongent et leurs têtes reparaissent ailleurs comme suspendues aux paroles de ce saint qui les prêchait dans le myosotis, les oiseaux de ses jambes relèvent sur elle le filet aérien. Mélusine à demi reprise par la vie panique, Mélusine aux attaches inférieures de pierraille ou d’herbes aquatiques ou de duvet de nid, c’est elle que j’invoque, je ne vois qu’elle qui puisse rédimer cette époque sauvage...


" …Mélusine non plus sous le poids de la fatalité déchaînée sur elle par l’homme seul, Mélusine délivrée, Mélusine avant le cri qui doit annoncer son retour, parce que ce cri ne pourrait s’entendre s’il n’était réversible, comme la pierre de l’Apocalypse et comme toutes choses. Le premier cri de Mélusine, ce fut un bouquet de fougère commençant à se tordre dans une haute cheminée, ce fut la plus frêle jonque rompant son amarre dans la nuit, ce fut en un éclair le glaive chauffé à blanc devant les yeux de tous les oiseaux des bois. Le second cri de Mélusine, ce doit être la descente d’escarpolette dans un jardin où il n’y a pas d’escarpolette, ce doit être l’ébat des jeunes caribous dans la clairière, ce doit être le rêve de l’enfantement sans la douleur. Mélusine à l’instant du second cri : elle a jailli de ses hanches sans globe, son ventre est toute la moisson d’août, son torse s’élance en feu d’artifice de sa taille cambrée », moulée sur deux ailes d’hirondelle, ses seins sont des hermines prises dans leur propre cri, aveuglantes à force de s’éclairer du charbon ardent de leur bouche hurlante. Et ses bras sont l’âme des ruisseaux qui chantent et parfument. Et sous l’écroulement de ses cheveux dédorés se composent à jamais les traits distinctifs de la femme-enfant, de cette variété si particulière qui a toujours subjugué les poètes parce que le temps sur elle n’a pas de prise…."


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Lien /Audio -guide ici

http://fr.topic-topos.com/tour-melusine-fougeres
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Traces de Mélusine à Fougères sur ces sites :
Eglise Saint-Sulpice,  "porte sud dite des mal peignésici
L'un des vitraux de l'église Saint-Sulpice représente Mélusine, peignant ses longs cheveux, un miroir à la main, c'est
Pour lire une étude savante sur les romans de Jean d'Arras et de Coudrette, voir ce site
Concernant  Fougères et les écrivains voir ce lien 

Sur l'histoire de la ville, résumé


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13 commentaires:

  1. Bonjour chère Miss_Yves et merci pour cette balade à Fougères ! L'eau, le château, les lieux, les infos que tu nous donnes ... TOUT EST CHOUETTE !!!
    MERCI BEAUCOUP !!!

    Passe un agréable mercredi ☀
    Meilleures pensées d'Asie.

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  2. Je repasserai ce tantôt pour aller sur tout les liens. Pas trop le temps ce matin.
    Je m'imagine Mélusine moitié serpent du nombril à la tête. Je sais, je ne suis pas sérieuse.
    A't'à l'heure !

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  3. j'apprécie beaucoup ce très beau billet Miss_Yves...je pense aussi au poème de Gérard de Nerval El Desdichado
    bonne journée

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  4. Josette: oui, bien sûr! J'ai hésité à l'ajouter, car mon billet est déjà dense, mais tu me fais regretter de ne pas l'avoir fait.

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  5. Merci de cette histoire de Mélusine. Je l'ai cherchée avec Wikipedia en anglais.
    Merci de votre visite Miss Yves!
    Bonne journée.
    Wil, ABCW Team

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  6. j'aime beaucoup ce message je vais aller sur tous les liens. Mélusine m'a fascinée quand j'étais gamine car j'avais des livres sur toutes ces dames "fées et petites filles de la vieille France" . Il y avait une gravure : "un trou de serrure dans lequel apparaissait Mélusine "belle chevelure, magnifique jusqu'à la ceinture puis sa queue de serpente!"
    merci de ton travail immense de recherche je vais un jour retourner à Fougères avec tous ces renseignements précis.

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  7. en visitant ploërmel...nous sommes passées dans la forêt de merlin et mélusine... pas vu de serpent :))))
    un joli conte!

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  8. J'aime l'association du ciel sombre de tes photos avec le texte de Breton ! Ton billet est dense ! Je suis allée voir le vitrail de Melusine et je reviendrai cliquer sur tes autres liens... Bravo Miss Yves !

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  9. André Breton relie Mélusine à la Terre des Serpents, à l'Eau des Poissons, à l'Air des Oiseaux. Pour Jean Markale (page 203), aux trois éléments évoqués par Breton, il faudrait ajouter le Feu pour faire de Mélusine (à l'instar de l'Androgyne des origines) un être complet.

    À mon avis, le Feu est contenu sous forme de Lumière dans le "Luz" que l'ont entend dans Mélusine et Lusignan. Ce qui fait bien de Mélusine la divinité de "l'Unité Retrouvée". Et ce qui explique que l'on retrouve son effigie sur des édifices religieux.

    Ton article, Miss Yves est des plus passionnants. En outre, il a eu pour moi le gros avantage de m'avoir fait quitter l'écran pour replonger dans les ouvrages de ma bibliothèques. Merci pour cet exercice bénéfique à tous points de vue ;-)

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  10. Un petit temps de récréation avec Mélusine. Cela en valait bien la peine...
    http://www.marais-poitevin-vacances.com/melusine/melusine-en-vendee.htm

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  11. Tilia: hypothèse intéressante, concernant le feu.
    Marguerite-marie: j'imagine cette gravure et ta fascination!
    Elfi: la photo de la forêt de Mélusine manque à ton collage.
    Fifi:cette photo du ciel à priori trop sombre m'a servi pour la dramatisation de l'histoire

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  12. Pauvre Mélusine, toute fée qu'elle soit ! Il n'est pas que les femmes qui soient curieuses et veuillent transgresser les interdits (cf Barbe Bleue).
    Les 3 éléments... Tu es déjà passée voir les cinq éléments chinois sur Cergipontin :

    http://cergipontin.blogspot.fr/2009/01/lannee-du-buffle-year-of-ox.html

    Tu connais sans doute le jeu... Lorsque notre ami Xiao Hui nous a parlé des cinq éléments, il nous l'a mimé...

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  13. Ah l'histoire de Mélusine ! Ton billet est très dense, j'y reviendrai en plusieurs épisodes !
    A+

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