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mercredi, janvier 08, 2014

Aux couleurs de l'Inde (2 bis /4)


N'ayant pu participer à  la soirée de discussion prévue, voici  mes impressions personnelles sur :

Le vendeur de saris, (Prix du Commonwealth Eurasie et prix Grinzane Cavour, en Italie) de l'écrivaine indienne Rupa Bajwa, née en 1976 ,
un ouvrage
d'une belle étoffe",  "bien tissé  et bien ourlé" selon  les termes  de Daphné de Saint-Sauveur dans Madame Figaro.



Cette métaphore textile rend compte du point de vue adopté pour dénoncer le système des castes: 
celui de Ramchand, modeste employé dans une boutique de saris où se côtoient des femmes de statuts différents, mais toutes aisées.
Les descriptions des étoffes et des *saris de mariage , à la fois précises et poétiques, cernent les enjeux des clientes:
Mme Gupta, femme d'un riche industriel, qui a un mariage à planifier,
Mrs Schleva, l'intellectuelle, professeur d'université, en apparence libérale, mais dont l'attachement à l'ordre établi décevra le jeune homme dans sa quête de justice,
Rina, jeune fille riche qui n'entend pas sacrifier ses idées d'émancipation  une fois mariée, et auteur d' un roman .

En dehors du magasin, Ramchand est fasciné  par  la beauté de sa voisine d'en face, Sudha, dont la condition modeste et les espoirs d'amélioration sociale lui rappellent la dureté de sa propre condition.

Parallèlement, il s'intéressera  progressivement au  sort de Kamla, l' épouse d'un de ses collègues, doublement victime de sa condition de femme  et de pauvre, qui subira  humiliations, injustices et  violences, au point d' en mourir.



La révolte du jeune homme est telle qu'il s'en prend violemment à ses collègues et même à son patron (de façon  excessive , au mépris de  la vraisemblance romanesque) pour finalement rentrer dans le rang.



Malgré ce point faible - à mon avis - dans la conduite du récit, le lecteur perçoit   le poids des traditions, des castes, l'emprise de l'argent et la difficulté pour la classe moyenne d'accéder à l'instruction , à la maîtrise de la langue anglaise , indispensable facteur  d'ascension sociale.


Si ce roman est moins fort, philosophiquement  que L'équilibre du monde, lu précédemment, il présente, lui aussi une vision assez sombre de la société indienne.
Pourtant, avec quelle touchante bonne volonté le jeune homme s'était -il attaqué en autodidacte à la pratique de l'Anglais, dans son humble  logis, apprenant des mots du dictionnaire par ordre alphabétique , mais bientôt  dépassé par les  formules du  manuel de correspondance...dont il comprend  qu'il est destiné à de riches oisifs...ou oisives !
 L'humour de l'auteur se teinte de pitié vis à vis de ce personnage attachant, naïf et sensible auquel  le récit apporte désillusion sur désillusion. 
Y a t-il pour la société indienne l'espoir de tendre vers moins d'inégalités et d'injustices ?
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*Invité par Anne à la médiathèque d'Agneaux, Vivek Pal Singh a expliqué que la dot apportée par une femme revenait à sa belle-famille, à l'exception de ses bijoux et de ses saris, exposés le jour du mariage - ce que l'on voit dans le cinéma bollywoodien -comme  preuve de ses biens personnels en cas de séparation
Les  trois  photos ci-dessus sont celles de la rencontre avec Vivek Pal Singh., que nous remercions pour sa disponibilité.


http://www.ouest-france.fr/une-fenetre-ouverte-sur-linde-avec-vivek-pal-singh-1788538

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"N'ai-je donc point vu cette secrète malveillance foudroyer l'indigent sous le couvert du droit et de l'hypocrisie ?
N'ai-je donc point entendu la voix solitaire de la justice verser des larmes silencieuses sur les outrages imposés par les puissants ?
N'ai-je donc point vu dans quelle agonie la jeunesse insouciante a galvaudé sa vie et heurté sa folie aux murs insensibles des coeurs de pierre ?

Ma voix s'étrangle et mes chants se taisent aujourd'hui.
Ci-gît le monde dont je rêve,
Enchaîné et détruit dans la spirale noire des mensonges..."


De l'aube au crépuscule,  Rabindranath Tagore (Points 2008)



"Je sais que cette vie-ci, même si elle ne s'est pas accomplie dans l'amour, n'est pas totalement perdue. 
Je sais que les fleurs flétries au crépuscule et que les rivières s'égarant dans le désert ne sont pas totalement perdues.
Je sais que les retards accumulés en cette vie appesantie par la lenteur du temps ne sont pas totalement perdus.
Je sais que mes rêves avortés et mon chant retenu viennent effleurer les cordes de ton luth et qu'ils ne sont pas totalement perdus."
Rabindranath Tagore, (ibidem)

18 commentaires:

  1. Encore une publication bien intéressante. Tu me donnes presque envie d'acheter ce livre.
    En ce moment je lis, car je lis quand un peu, l'histoire de Château du Loir, du Moyen âge jusqu'à ces dernières années.
    J'ai la confirmation qu'une scène du film "La bataille du rail" de René Clément s'est faite en gare de Château et que Henri IV était Seigneur de Château du Loir et dormait au Manoir de Riablay quand il venait chasser dans le coin.
    Ronsard fut Prieur de l'Eglise Saint Guingalois.
    Quelques poètes se rencontraient en ville, entre autres Joachim du Bellay qui a donné son nom ici à un foyer logement pour personnes âgées.

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    1. Des rencontres poétiques de haut vol!

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  2. Coucou Miss Yves.
    Culture, écriture, tu excelle en la matière...
    Très bonne journée.
    A + :o)

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  3. les citations de de Rabindranath Tagore sont une belle conclusion
    bonne journée Miss_Yves

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    1. Ces citations apportent une note d'espoir

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  4. j'aime bien ces phrases

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    1. Celles du grand poète sont à méditer

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  5. Les tissus sont très beaux, mais je pense que j'aurais du mal à m'intégrer dans une société qui parait bien compliquée.

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    1. idem pour moi: trop inégalitaire.

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  6. je n'ai pas eu beaucoup de temps pendant les fêtes, mais, coincidence, parmi les nombreux livres cadeaux de noël figure "l'équilibre du monde" je ne lirai donc à fond ces billets que quand je l'aurai lu. Comme d'habitude j'ai lu un livre d'une Vietnamienne Duong Thu Huong (sachant que j'en ai encore deux à lire) "terre des oublis". Puis je lis le" piège khmer rouge" et le prochain sera "l'équilibre du monde" (offert par ma fille pour équilibrer!). je t'envoie ces jours ci un petit courrier

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    1. Comme toi, je préfère me faire mon opinion sur un livre avant d'en lire l'analyse.

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  7. Comme pour toi et Josette, les mots de Tagore sont pour moi "une note d'espoir" que nous pouvons appliqués en tout lieu, tout temps et toute société. Sa poésie est d'une rare puissance et profondeur.
    J'aime ces beaux tissus.

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  8. Réponse insatisfaisante sur mon blog (je n'ai pas le temps de chercher plus loin, je suis en train de mettre en route un nouvel ordinateur pour mon travail avec tout cela que ceci implique.)

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  9. Envoie! (J'essaierai de regarder, quitte à demander à quelqu'un de plus instruite que moi!)

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  10. Passage rapide et grand bonjour

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  11. Les tissus... Je viens de terminer "un monde sans fin" de Ken Folett. Des lainiers, des tisserands, la garance et le commerce international, déjà au XIVème siècle

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