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vendredi, mars 14, 2014

Rencontres cosmopolites: Jean-Luc Seigle (5/5)

Auteur français invité pour les Rencontres cosmopolites à la médiathèque de Saint-lô,
est né dans la Creuse et vit à Bayeux .




Son roman, 
En vieillissant les hommes pleurent (Flammarion, 2012)
- Grand Prix RTL 12 -Lire- 
a pour toile de fond les années 60 et la guerre d'Algérie

Interview de l'auteur , au salon du livre 2012  ici
Celui -ci explique sa démarche et précise que le  livre suivant 
 L'Imaginot 
a été écrit en réponse à celui-ci.

(Article très approfondi )
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"Il faisait déjà une chaleur à crever. Nu, écrasé sur son lit, les yeux grands ouverts, Albert Chassaing appuya sur le bouton du ventilo en plastique bleu posé sur la table de nuit. Une impression d'air et de fraîcheur. La sueur se refroidissait sur son visage, sur son torse et sur ses cuisses. Il respirait enfin. Albert travaillait «au noir» chez Michelin, à la gomme des pneus, la gomme en fusion qui venait des hévéas de l'Indochine perdue, qui puait et qui les étouffait les uns après les autres ; l'air brassé par le ventilo venait à son secours, mais, à force de vibrer sur sa peau, il finit par lui rappeler l'existence de son corps. C'était insoutenable. Ce corps que Suzanne ne sollicitait plus depuis longtemps. De toute façon, il n'arrivait même plus à bander. En finir le libérerait de tout ça. Albert ne pensait pas à mourir, il avait juste le désir d'en finir. Mourir ne serait que le moyen."



"Ce n'était pas la première fois qu'il se réveillait avec cette idée en tête. Y avait-il plus de raisons de le faire que les autres jours, ou seulement quelque chose de plus apaisant ce matin à se laisser envahir par cette idée ? Quand ça avait-il commencé ? Y avait-il eu un temps dans sa vie où ça n'avait pas été en lui ? Peut-être, après la mort de son père quand il s'était retrouvé seul avec sa mère et sa petite soeur. C'était si loin. Il avait quinze ans. C'était en 1923. Et nous étions en 1961. Des joies, Albert en connaissait encore, des petits bonheurs de rien du tout, des impressions fugaces et impartageables. La rosée qui exhale l'odeur de la terre. Il n'aimait rien plus que cette odeur préhistorique quand il rentrait de l'usine le matin très tôt après une nuit dans l'enfer des pneus. Le chant des oiseaux ressuscites après l'hiver dans le cerisier, ou encore cette façon que le vent a de transformer un champ de blé en houle jaune et sèche. Il aimait tous ces minuscules plaisirs et d'autres encore que Suzanne n'aimait pas, avoir les ongles noirs, transpirer comme un boeuf et sentir l'odeur des vaches et du fumier. C'était la première fois qu'il pensait au bonheur en même temps qu'à l'idée d'en finir. Peut-être parce que ce désir de la fin était ancré en lui depuis très longtemps, comme une balle qui se serait logée dans son corps sans le tuer. Il avait connu un gars, Armand Delpastre, qui avait longtemps vécu avec une balle allemande dans le cerveau et qui disait tout le temps «Moi, le métal, ça me connaît !», puis il partait d'un grand éclat de rire laissant apparaître toutes ses dents en or. Un marrant, ce Delpastre. Tout alla bien jusqu'au jour où la balle, en temps de paix, acheva sa trajectoire ; un seul millimètre suffit pour le tuer dans son sommeil. Chez Albert, la balle imaginaire s'était logée tout près du coeur."




Petit festival d'humour rosse dans le dialogue entre frère et soeur 
lu et théâtralisé
                                                    par Pascale Navet et Colette Poirier
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Critique par François Busnel ici
Les extraits sont empruntés au site: le choix des libraires
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Une  avant-première  très alléchante , cette présentation des Rencontres cosmopolites !

25 commentaires:

  1. Je me doute que c'est un livre passionnant aux seuls extraits lus.
    Quel sujet brûlant que cette guerre d'Algérie !
    On est obligés de bleuir le texte sinon on ne voit rien. Cela a un côté mystérieux.

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  2. Malgré le passage comique qui a été lu, l'ensemble est plutôt sombre et révélateur des traces laissées par la guerre d'Algérie, comme tu le soulignes.
    J'ai corrigé le surlignage

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  3. C'est beaucoup mieux pour mes vieux yeux.

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  4. Merci beaucoup de nous parler de ce livre.

    MERCI aussi pour ce partage très intéressant.
    Bonne journée à toi Miss_Yves et gros bisous d'Asie vers la Normandie !!!

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  5. Un livre dont le titre laisse imaginer la douleur...
    merci pour ces "rencontres" Miss_Yves

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  6. Merci pour ce billet très complet que je lirai après avoir lu l'opus et le livre est dans ma PAL. Je termine l'envol du héron, quelque peu déconcertant et je n'ai pas retrouvé l'esprit du précédent... Bon, c'est bien de ne pas écrire le même livre à chaque fois !!!

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  7. Comme tu l'écris en conclusion: deux livres très différents ( par leur tonalité, leur univers et leur écriture)

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  8. Coucou Mis Yves.
    Tu es un puits de savoir...
    Je découvre là un second écrivain contemporain natif du même département que moi, le premier étant "Pierre Michon", né à Chatelus le Marcheix, le bourg le plus proche de mon village de naissance.
    Bien sur je n'oublie pas "Martin Nadaud" ...

    ...Peeeeuuufff !!! quel inculte je fais je viens de consulter Wikipédia ... plein d'autres...

    Très bon weekend. A + :o)

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    1. Merci, à toi aussi.
      J'aime beaucoup ce qu'écrit Pierre Michon.

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    2. J'allais dire "encore un exilé" en pensant à Daniel

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  9. Je crois que nous avons en commun des habitudes vestimentaires et le goût des livres :-)
    Encore un livre que j'aimerais lire. M'attendent sur la ma table de nuit: "Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre , Mali ô Mali d'Erick Orsenna et quelques autres...
    Comme pour la photo le temps se raréfient mais j'ai pris la décision d'aller au lit plus tôt et donc de pouvoir me plonger un peu plus dans ce j'aime depuis toujours.

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  10. Hier super soleil, aujourd'hui grisaille et vent froid.
    Bonne soirée, Miss !

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  11. "Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre: Excellent !!!!!!!!
    Tu fais allusion au style bottes+robe ou à l'écharpe, sur la photo précédente ?

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    1. N'est ce pas toi en jean et pull rouge ? :-)
      J'ai cru à une ressemblance avec "les bottes+robe+écharpe" de "l'antépénultième"
      Me suis-je trompée ? C'est vrai que la photo est de profil ici

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  12. Coupe courte et lunette, j'y ai cru :-)

    Donc fifi c'est pantalon et pull en général pour le coté pratique et passe partout

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  13. La guerre d’Algérie – les frères ainés de mes copains y avaient été et étaient revenus bien changés. En ce moment je lis un livre sur la guerre de Sécession – pas drôle non plus.

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    1. Ces moments terribles deviennent de dramatiques sujets de livres et de films

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  14. et une présentation de ta part très alléchante, tu donnes envie de tous les lire... on y arrivera!
    je pense que de toutes ces guerres les militaires ne reviennent jamais les mêmes!

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  15. ❀ ✿ ❁
    Un petit bonjour chez toi, j'en profite pour te souhaiter une belle journée.
    GROS BISOUS d'Asie
    Bon mardi chère Miss_Yves !!!!
    ❀ ✿ ❁

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  16. Bon il vaut mieux lire ces livres au printemps qu'en hiver.
    As-tu lu ceci:
    http://blogs.mediapart.fr/blog/colette-lallement-duchoze/190712/en-vieillissant-les-hommes-pleurent-jean-luc-seigle-flamm

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  17. Oui, c'est dans les liens .

    Il y a une très curieuse erreur dans l'analyse de F. Busnel

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    1. Cherchez l'erreur!

      "le père Grandet éloignait son fils de ce qui allait devenir le lieu du drame en le poussant dans les bras d'Eugénie. Chez Jean-Luc Seigle, le père, qui ne ressemble en rien au vieil avare balzacien, éloigne son fils en le confiant à un maître d'école à la retraite."





      En savoir plus sur
      http://www.lexpress.fr/culture/livre/francois-busnel-a-lu-en-vieillissant-les-hommes-pleurent-par-jean-luc-seigle_1084976.html#BW2x9JhauOQdI27o.99

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  18. Merci pour ce lien supplementaire qui m'en dit un peu plus. Je ne lirai pas le livre... mais pas parce qu'il ne m'interesse pas mais que les etageres debordent...

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    1. Ah!Toi aussi?(Restructuration et rangement de ta bibliothèque en vue ?)

      C'est pourquoi j'emprunte le plus possible à diverses bibliothèques.

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