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jeudi, janvier 30, 2014

Permanence et Métamorphoses (1/2)

   "Je déteste le clivage abstraction-figuration, mots de convention, je veux que mes toiles aient une charge, qu 'elles soient le miroir dans lequel je puisse me reconnaître et, donc, dans lequel les autres pourront se retrouver".
Jacques Pasquier, Notes 1962-1996

La rétrospective du Musée des Beaux-Arts de Caen expose les oeuvres de Jacques Pasquier dans l'ordre  chronologique inverse de leur création, 

2012- la Digue
Sur grand format, croquis de scènes de la vie quotidienne, façon B.D, comme à l'époque des débuts du peintre..
Lien ici


Les années 2000: sur la surface de la toile, des coulures en tous sens strient  motifs et aplats colorés

2006:Clair de lune


Entre 1988 et 1994: se succèdent la période des irisations, puis des répétitions et des pliages.


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Site  officiel ici

lundi, janvier 27, 2014

Noble dame

Ce beau timbre dédié à Anne de Bretagne
(Merci, Marguerite-Marie!)

servira d' introduction à une petite série de photos


de 
(centre nord de Rennes)
qui réjouit l'oeil  avec ses maisons à pans de bois colorés






Cinq d'entre elles sont inscrites à l'Inventaire des monuments historiques


Elle doit son animation à la station  de métro, (Sainte-Anne, ligne a, bientôt* ligne b
à la présence d'un manège, à la tenue d'un marché aux livres
et , de nuit, aux nombreux bars de la rue Saint-Michel, toute proche.


*Pour la mise en circulation  de la  ligne b, une opération de fouilles préventives  est menée, remettant à jour des vestiges romains et médiévaux.
(Voir là, photos personnelles)


Sur cette place trône l'église Saint-Aubin en Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle 
........................................................................................................................................................................Pour finir en chansons, écoutons : Tri Yann ici
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vendredi, janvier 24, 2014

Pierres grises...

Pierres grises
des maisons du Cotentin , 
Grises, comme le ciel  d'hiver,
grises en toutes saisons


Petites pierres 
du souvenir

sur la tombe de Jacques  Prévert,
Et , de l'autre côté du muret,
Les vivants. dans leurs maisons, 
Regardant le vert
Fleurir à foison 
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MissYves




.


"La vie est une cerise 


La mort est un noyau 

L'amour un cerisier. 

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Mangez sur l'herbe 

Dépêchez-vous 

Un jour ou l'autre 

L'herbe mangera sur vous. "



Jacques Prévert





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A côté de son copain Trauner




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Pour
Josette
qui a commenté ainsi le billet précédent:

"... je me souviens du cimetière où il repose et d'y avoir ajouter un cailloux. pas très loin il y a un hôtel tout au bord de l'eau où Prévert résidait avant la construction de la maison et sur le mur de la chambre qu'il occupait un poème est peint sur le mur "Vents et marées...).....................................................................................................................................................


   Sables mouvants 
Démons et merveilles 
Vents et marées 
Au loin déjà la mer s'est retirée 
Démons et merveilles 
Vents et marées 
Et toi 
Comme une algue doucement caressée par le vent 
Dans les sables du lit tu remues en rêvant 
Démons et merveilles 
Vents et marées 
Au loin déjà la mer s'est retirée 
Mais dans tes yeux entrouverts 
Deux petites vagues sont restées 
Démons et merveilles 
Vents et marées 
Deux petites vagues pour me noyer. 
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Là, chanson interprétée par Cora Vaucaire 
et voici  un extrait du film, Les Visiteurs du soir 
Scène finale (le son est médiocre, malheureusement )






Autres articles personnels sur Prévert: cliquez sur les liens ci-dessous  portant ce nom
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mardi, janvier 21, 2014

Maison de poètes


Le vendredi 22 novembre 2013, dans la maison de Jacques Prévert, 
s'est tenue la remise du 50 ème  prix littéraire du Cotentin,
                                 
décerné ,
pour l'ensemble, de son oeuvre poétique 


                                                              à François David,
                                                        enseignant, auteur , éditeur.

Article :lien ici 






Le discours du président du prix littéraire du Cotentin, Jean Levallois, avait revêtu pour la circonstance , une tournure poétique , conclue par la lecture intégrale du denier ouvrage  de François David: l'Homme 
dont vous pouvez admirer la couverture colorée et le format inédit .


Article personnel ici  sur les livres-objets de François David


Tout comme le village  où elle se niche ,  la maison de Jacques Prévert est très petite, et la salle de réception contenait difficilement les nombreux invités de cette cérémonie très chaleureuse.





Belle rencontre au- delà du temps, que celle de deux poètes , tous deux chantres - sans mièvrerie aucune - 



 de l'enfance,
avec ses joies et ses peines. 



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Ci-dessous, lecture d'un poème de François David, Mon ours:

http://www.youtube.com/watch?v=zRudMDtyqAg
+
Un extrait du film, les Visiteurs du Soir



vendredi, janvier 17, 2014

Aux couleurs de l'Inde (4 bis /4)

Dernière rencontre et débat 
à propos de:

le guide et la danseuse , écrit par R. KNarayan , traduit de l'anglais. 

L'auteur, romancier nouvelliste (1906-2001) qui allie "l'art minutieux d'un Tchékov et la force d'un Faulkner"  fait dire au narrateur:
"Je suis arrivé à la conclusion que rien en ce monde ne peut être caché ou supprimé, c'est comme si on tentait de masquer le soleil avec une ombrelle"



Ce roman,  très  agréable à lire, a suscité des jugements contrastés sur  le personnage principal,
 Raju du chemin de fer, autrefois guide touristique improvisé,  devenu par un concours de circonstances, guide spirituel , après avoir fait  de deux ans de prison .

Personnage sympathique ou non? Imposteur ou simple affabulateur ? Peut -on faire le bien en répondant tout bonnement  à ce que les autres attendent de vous? 
Qu'est-ce qu'un sage ?
Et que penser  de l' illumination éprouvée par Raju à la fin  de son jeûne  forcé ? 
Simple signe de  faiblesse ou bien, comme dans le pari pascalien Raju devient-il croyant, à force d'accomplir les gestes de la piété ?





J'ai personnellement beaucoup aimé ce roman et le personnage principal-  imposteur , certes, mais sympathique, par sa débrouillardise,  mélange amusant de mauvaise foi et de lucidité , comme le souligne le narrateur .

Un exemple, lorsque Raju incite les villageois à accompagner leurs enfants aux cours du soir qu'il a amené  l'instituteur à donner bénévolement:

"D'ailleurs, vous aussi tirerez profit de ces leçons si vous ouvrez vos oreilles...On va loin quand on ouvre ses oreilles et qu'on ferme sa bouche...ajouta-t-il , improvisant un brillant aphorisme"
(...)
"Tout en parlant, il ne put s'empêcher de se dire qu'il donnait des ordres au maître qui n'avait nul besoin de lui obéir, qu'il s'agissait d'enfants qui n'étaient pas à lui et qu'il désignait une lampe qui ne lui appartenait pas."





Notons que le titre original , traduit en anglais était "The guide""(le guide")la danseuse paraissant alors accessoire dans l'itinéraire de Raju, pour qui , cependant, rien ne serait arrivé sans  Rosie ( alias la danseuse Nalini, dangereuse  femme-serpent ,selon  la mère du jeune homme)
Les relations orageuses entre Rosie, son mari archéologue comparé à "Marco Polo"et Raju (admirateur/amant/imprésario) apportent une touche comique, digne d'un vaudeville.

Rosie/ Nalini, quant à elle,  voit leur histoire autrement:" J'ai toujours pensé que tu n'agissais pas comme il fallait. C'est notre Karma. Que pouvons-nous y faire ?"

Dès le premier chapitre  alors que Raju, réfugié dans un temple , est pris pour un Swami (guide, guru ) par un villageois, présent et passé alternent ou s'entrecroisent, ce qui souligne  la permanence  de sa personnalité: serviable, combinant mensonges pieux et système D, et ce, jusqu'en prison. 

"Oubliez les murs et vous serez heureux" conseille -t-il aux détenus.
Au-delà du simple opportunisme, n'est-ce pas une leçon de sagesse ?

Et , dans le dialogue suivant, au tout dernier chapitre, se dessine l'humour  ambigu du narrateur:
-" Avez-vous toujours été un yogi ? 
- Oui, plus ou moins" 
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30
    Je suis sorti tout seul pour aller à ce rendez-vous. 
Mais qui donc est celui qui me suit dans  l'obscurité silencieuse?
    Je m'écarte pour éviter sa présence mais je ne lui échappe pas.
    Il fait se soulever la poussière avec ses fanfaronnades.
Il double de sa voix bruyante chaque parole que je dis.
  Il est mon propre moi misérable, ô Seigneur! Il ne connaît aucune honte; mais j'ai honte de venir à ta porte en sa compagnie"

Rabindranath Tagore, l'Offrande lyrique , Traduit de l'anglais par André Gide, Poésie Gallimard

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mercredi, janvier 15, 2014

Aux couleurs de l'Inde (4/4)


Rencontre -débat 
à propos de:


- La petite mariée, nouvelle de Rabinbranath Tagore +  le guide et la danseuse , écrit par R. KNarayan

Dans une nouvelle intitulée l'horoscope , R Tagore souligne la différence 
"Entre le mariage d'autrefois où l'homme devait conquérir sa femme par son courage et le mariage actuel où les hommes (la plupart) oublient que les droits conjugaux doivent être réétablis à nouveau chaque jour"
et il ajoute:
"Le mariage est une sorte de comédie musicale que l'on joue toute sa vie. Le chant est un simple refrain
qui a des milliers d'improvisations journalières "





La petite mariée

tranche avec les autres oeuvres indiennes proposées à la lecture, qui présente comme peu enviable-c'est un euphémisme-le sort des femmes, aux différents âges de leur vie; dépendant   qui d'un père, d'un mari , ou, une fois  veuves , d'un frère , et dans tous les cas,  de l'opinion publique.

La délicatesse des sentiments d'Apurbo vis à vis de Mrîmayi, mariée à 14 ans , sa volonté de la conquérir par la douceur et la patience finissent par gagner le coeur de cette petite villageoise.

"De retour (provisoirement ) dans la maison paternelle, la jeune femme remarqua que tout était différent du souvenir qu'elle en avait gardé "et "elle comprit le sens de la scène du baiser"
Elle voulut écrire une lettre à son époux et prend conscience de son ignorance; tandis qu'elle finit par éprouver amour et respect pour sa belle-mère.

"Le bruit de cliquetis des bracelets" scelle  enfin leurs retrouvailles.





C'est une sorte de fable, de  conte tout à fait charmant, où se manifeste en filigrane le militantisme de l'auteur, qui en 1920  avait fondé une école à Santiniketan, dans le domaine acheté par son père.
Il y ajouta par la suite  collège, et université, avec  des additions  aux matières enseignées: musique, danse et peinture. En 1921, son programme s'élargit à l'éducation des filles, malgré les critiques de la bonne société de Calcutta. "Garçons et filles venus de différentes  régions , sans distinction de caste et de religion   y travaillèrent dans la bonne entente", écrit la préfacière au  recueil de nouvelles  publié dans la collection l'Imaginaire (Gallimard)
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Rabindranath Tagore suivit  la tradition en épousant, à l'âge de 23 ans Mnrinalini Devi âgée de 10 ans
L'année de son mariage, en 1883, il publia les Chants de l'Aurore et la Foire de la reine Nouvelle épousée.
Selon la formule consacrée , celle-ci "lui donna une fille" trois  ans plus tard, en 1886  et un fils en 1888, elle devint donc mère à l'âge de 13 ans puis de 15 ans !

En 1887, le poète s'éleva contre le mariage des enfants...
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 Est-ce l'amour humain, l'amour conjugal  qui est célébré dans le poème suivant, 
ou, dans une optique  mystique, 
l'amour divin ?

Seigneur, elle n'est encore qu'une enfant. 
Elle court autour de ton palais et elle joue ; elle essaie de faire de toi aussi un de ses jouets. 
Elle ne se préoccupe pas de ses cheveux qui tombent en désordre, ou de ses vêtements négligés qui trainent dans la poussière. 
Elle s'endort quand tu lui parles et ne répond même pas, et la fleur que tu lui donnes au matin glisse de ses mains et tombe dans la poussière. 
Quand la tempête éclate dans le ciel assombri, elle s'éveille, jette sa poupée par terre et se cramponne à toi dans sa terreur. 
Elle a peur de te déplaire. 
Mais avec un sourire, tu la regardes jouer. 
Car tu la connais. 
Cette enfant assise dans la poussière, c'est l'épouse qui t'est destinée, et ses jeux, calmés et approfondis, se transformeront en amour."

1916 La Corbeille de fruits (Fruit -Gathering) 
Ce titre factice (en anglais) rassemble des poèmes parus en bengali  de 1886 à 1916.



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Lien ici avec documents sonores 
et  (Tagore, Neruda, Césaire)
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Poème à lire et à écouter ici
Si l’amour n’est pas tout dans la vie,
Pourquoi le ciel à l’aube du jour
Se remplit-il de chants d’oiseaux
Si l’amour n’est pas tout dans la vie ?

Pourquoi ces nuits pleines d’étoiles ?
Pourquoi ces prés jonchés de fleurs ?
Pourquoi le ciel regarde-t-il mon visage
Avec tant de chaleur ?
Si l’amour n’est pas tout dans la vie.

Sans nulle raison, pourquoi mon coeur
Bat-il si fort
Lorsque je pars vers d’autres aventures
Sur une mer au rivage inconnu ?

Si l’amour n’est pas tout dans la vie,
Pourquoi le ciel à l’aube du jour
Se remplit-il de chants d’oiseaux
Si l’amour n’est pas tout dans la vie ?
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samedi, janvier 11, 2014

Aux couleurs de l'Inde (3 /4)


"SAT SRI AKAL"

par cette formule de politesse sikh 
Vivek Pal Singh
a salué le public venu le rencontrer 
  à la médiathèque d'Agneaux,  invité  par Anne, 
pour qu'il nous  parle de son pays.
Les autres formules (Namaste"pour les Hindous, Salamalekum pour les Musulmans ) rendent déjà compte de la diversité régionale et religieuse de l'Inde, pays qui suscite chez les occidentaux fascination ou répulsion, mais aucun sentiment tiède.

Si la pression occidentale du temps semble  démente pour la population indienne, à l'inverse, la complexité des religions indiennes, des coutumes, les contradictions entre modernité et archaïsme font de l'Inde le pays de l'illogisme total pour des esprits  cartésiens.
N'y allez pas  voyager sans préparation psychologique tant le bruit, le grouillement humain, les odeurs,  le spectacle de la misère risquent de choquer!



Un exemple de diversité, celle des langues: il y  a en Inde  2000 dialectes et  15 langues officielles, ce que l'on peut vérifier sur les billets de banque.




Traditionnellement, depuis l'invasion mongole, les Sikhs appartiennent à des familles de militaires, Vivel Pal Signh ne fait pas exception à la règle, mais , nous a t-il confié,sur le mode humoristique,  les valeurs contemporaines de l'armée ayant radicalement changé, il a préféré à la guerre armée  "la guerre économique"
Précision: Pour  les Sikhs, pas de différence entre les hommes et les femmes, tout le monde est UN, une femme n'appartient ni à son père, ni à son mari. Chacun des deux sexes porte un nom générique :
Singh pour les hommes, et Kaur pour les femmes.
« Kaur » signifie « princesse » ou « lionne », 
tandis que « Singh »
 (du sinha) signifie « lion » (comme par exemple dans la ville Singapour  (pur) du lion (singa)).
Le turban (pièce de 6 mètres de long) porté par les hommes peut arborer  différentes couleurs( sauf la couleur verte, emblème de la religion musulmane)


La causerie, entrecoupée de nombreuses questions auxquelles notre intervenant a répondu  avec cordialité   a évoqué des sujets variés:

-Présentation géographique de l'Inde, bref  historique des religions et croyances, avec quelques anecdotes à l'appui
-L'enseignement et le choix, souvent délicat  des langues principales et secondaires; l'alphabétisation
-le système de santé
-l'avenir économique
-la situation géopolitique
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Merci à Vivek Pal Sinh pour sa disponibilité, sa bonne humeur et à Anne pour avoir organisé cette rencontre.

http://www.ouest-france.fr/une-fenetre-ouverte-sur-linde-avec-vivek-pal-singh-1788538


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Notes
« Kaur » signifie « princesse » ou « lionne », 
tandis que « Singh »
 (du sinha) signifie « lion » (comme par exemple dans la ville Singapour  (pur) du lion (singa)).
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Sat Sri Akal se traduit par Dieu est Vérité, ou, La Vérité est éternelleSat veut dire: vérité, Akal: l'Être en dehors du temps, Sri est un terme de politesse
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 Namasté  signifie « salutation » et namaskar a une signification plus religieuse (littéralement « Je salue – ou je m'incline – devant votre forme »). L'expression est souvent traduite par « je salue le divin qui est en vous » même si ce n'est pas une traduction littérale. Namasté est communément employé pour dire bonjour ou au revoir
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Salamalekum: que la paix de Dieu soit avec toi
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http://www.infoinde.com/inde_indien.php

mercredi, janvier 08, 2014

Aux couleurs de l'Inde (2 bis /4)


N'ayant pu participer à  la soirée de discussion prévue, voici  mes impressions personnelles sur :

Le vendeur de saris, (Prix du Commonwealth Eurasie et prix Grinzane Cavour, en Italie) de l'écrivaine indienne Rupa Bajwa, née en 1976 ,
un ouvrage
d'une belle étoffe",  "bien tissé  et bien ourlé" selon  les termes  de Daphné de Saint-Sauveur dans Madame Figaro.



Cette métaphore textile rend compte du point de vue adopté pour dénoncer le système des castes: 
celui de Ramchand, modeste employé dans une boutique de saris où se côtoient des femmes de statuts différents, mais toutes aisées.
Les descriptions des étoffes et des *saris de mariage , à la fois précises et poétiques, cernent les enjeux des clientes:
Mme Gupta, femme d'un riche industriel, qui a un mariage à planifier,
Mrs Schleva, l'intellectuelle, professeur d'université, en apparence libérale, mais dont l'attachement à l'ordre établi décevra le jeune homme dans sa quête de justice,
Rina, jeune fille riche qui n'entend pas sacrifier ses idées d'émancipation  une fois mariée, et auteur d' un roman .

En dehors du magasin, Ramchand est fasciné  par  la beauté de sa voisine d'en face, Sudha, dont la condition modeste et les espoirs d'amélioration sociale lui rappellent la dureté de sa propre condition.

Parallèlement, il s'intéressera  progressivement au  sort de Kamla, l' épouse d'un de ses collègues, doublement victime de sa condition de femme  et de pauvre, qui subira  humiliations, injustices et  violences, au point d' en mourir.



La révolte du jeune homme est telle qu'il s'en prend violemment à ses collègues et même à son patron (de façon  excessive , au mépris de  la vraisemblance romanesque) pour finalement rentrer dans le rang.



Malgré ce point faible - à mon avis - dans la conduite du récit, le lecteur perçoit   le poids des traditions, des castes, l'emprise de l'argent et la difficulté pour la classe moyenne d'accéder à l'instruction , à la maîtrise de la langue anglaise , indispensable facteur  d'ascension sociale.


Si ce roman est moins fort, philosophiquement  que L'équilibre du monde, lu précédemment, il présente, lui aussi une vision assez sombre de la société indienne.
Pourtant, avec quelle touchante bonne volonté le jeune homme s'était -il attaqué en autodidacte à la pratique de l'Anglais, dans son humble  logis, apprenant des mots du dictionnaire par ordre alphabétique , mais bientôt  dépassé par les  formules du  manuel de correspondance...dont il comprend  qu'il est destiné à de riches oisifs...ou oisives !
 L'humour de l'auteur se teinte de pitié vis à vis de ce personnage attachant, naïf et sensible auquel  le récit apporte désillusion sur désillusion. 
Y a t-il pour la société indienne l'espoir de tendre vers moins d'inégalités et d'injustices ?
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*Invité par Anne à la médiathèque d'Agneaux, Vivek Pal Singh a expliqué que la dot apportée par une femme revenait à sa belle-famille, à l'exception de ses bijoux et de ses saris, exposés le jour du mariage - ce que l'on voit dans le cinéma bollywoodien -comme  preuve de ses biens personnels en cas de séparation
Les  trois  photos ci-dessus sont celles de la rencontre avec Vivek Pal Singh., que nous remercions pour sa disponibilité.


http://www.ouest-france.fr/une-fenetre-ouverte-sur-linde-avec-vivek-pal-singh-1788538

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"N'ai-je donc point vu cette secrète malveillance foudroyer l'indigent sous le couvert du droit et de l'hypocrisie ?
N'ai-je donc point entendu la voix solitaire de la justice verser des larmes silencieuses sur les outrages imposés par les puissants ?
N'ai-je donc point vu dans quelle agonie la jeunesse insouciante a galvaudé sa vie et heurté sa folie aux murs insensibles des coeurs de pierre ?

Ma voix s'étrangle et mes chants se taisent aujourd'hui.
Ci-gît le monde dont je rêve,
Enchaîné et détruit dans la spirale noire des mensonges..."


De l'aube au crépuscule,  Rabindranath Tagore (Points 2008)



"Je sais que cette vie-ci, même si elle ne s'est pas accomplie dans l'amour, n'est pas totalement perdue. 
Je sais que les fleurs flétries au crépuscule et que les rivières s'égarant dans le désert ne sont pas totalement perdues.
Je sais que les retards accumulés en cette vie appesantie par la lenteur du temps ne sont pas totalement perdus.
Je sais que mes rêves avortés et mon chant retenu viennent effleurer les cordes de ton luth et qu'ils ne sont pas totalement perdus."
Rabindranath Tagore, (ibidem)

dimanche, janvier 05, 2014

Aux couleurs de l'Inde (2/4)

Rencontre et débat à propos de:

L 'équilibre du monde 
(1995 ) de l'auteur canadien d'origine indienne,   Rohintron Mistry
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La découverte de ce roman a été un véritable choc pour les lecteurs et pour les personnes venues en entendre parler.

Tant de malheurs, d'injustices, de sévices , d'horreurs s'accumulant sur la tête des personnages, tout  particulièrement sur celles des deux tailleurs Ishwar et Om, l'oncle et le neveu...
Tant de lieux sordides, la "résidence universitaire"  où grouillent les cafards, le bidonville, bientôt  rasé conformément à l'objectif gouvernemental    "de la prévention des taudis et l'embellissement de la ville"...

Et ces confréries de mendiants, sortis  de la Cour des Miracles , comme dans le roman de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, ou ces faiseurs d'enfants -monstres , à l'instar des comprachicos dans cet autre roman de Victor Hugo,  l'Homme qui rit...

Est-ce simplement   l'Inde de 1947 à 1975 qui est dépeinte où une Inde contemporaine qui tarde  toujours à éradiquer la misère,   la corruption et  le système des castes, pourtant officiellement interdit ?


"L'équilibre du monde"- formule qui revient souvent dans l'histoire-  c'est celui qui assure aux puissants leur pouvoir , fondé  sur le fatalisme , la passivité des faibles, pour lesquels ils ne fait pas bon remettre en cause l'ordre établi: en feront la triste expérience Dina, qui, devenue veuve, veut  secouer le joug de son frère, mais surtout, et dans leur chair, Ishwar et Om, passés de la caste des tanneurs  à celle des tailleurs.

L'expérience de lecteurs habitués de l'Inde, et pas seulement en touristes, a confirmé cet aspect   du pays, auquel, selon eux,  il ne faudrait pas cependant le réduire, tant il est varié et paradoxal, à la fois  médiéval et moderne, raffiné et sordide.


Ces multiples descriptions horribles  ont paru  rebuter d'  éventuels lecteurs ,  précisons néanmoins  que  ce roman dépeint des personnages attachants , dont la solidarité -même fragile-est extrêmement touchante et dont la vitalité est le ressort. Bien que très sombre,   le dénouement contient une note d'espoir et c'est le mot "rire" qui clôt le dernier chapitre.

L'humour -noir le plus souvent- rend hilarants  certains passages, ne serait-ce que celui où Dina, invitée par le chef des mendiants  à un enterrement rencontre son conformiste de frère qui pense s'évanouir en se voyant  lui-même cordialement et courtoisement  invité ! La satire de la justice est féroce et drolatique, de même que celle des meetings politiques.

La poésie n' est pas absente: le couvre-lit en patchwork de Dina est une image de ces brimborions de vies entrecroisées et assemblées, un rappel  de la poésie de Yeats qui joue aussi son rôle dans l'histoire avec l'apparition d'un personnage assez énigmatique .



La construction de ce roman est extrêmement rigoureuse: malgré le foisonnement des intrigues,  des personnages et l'émergence du hasard, TOUT a sa raison d'être, et du premier au denier chapitre , la boucle est bouclée, comme dans le roman de Tolstoï, Anna Karénine.
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A propos de Yeats , lien ici
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AVANT QUE LE MONDE NE FUT

Si j’assombris mes cils
Et illumine mes yeux
Et fais mes lèvres plus écarlates,
Ou demande si tout cela est juste
De miroir en miroir,
Sans montrer de vanité :
Je cherche le visage que j’avais
Avant que le monde ne fût.

Et si je regarde un homme
Comme on regarde son aimé,
Comme si mon sang un instant se glace
Dans mon coeur immobile ?
Pourquoi penserait-il que je suis cruel
Ou qu’il soit trahi ?
J'aurais aimé le voir aimer ce qui était
Avant que le monde ne fût.

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BEFORE THE WORLD WAS MADE

If I make the lashes dark
And the eyes more bright
And the lips more scarlet,
Or ask if all be right
From mirror after mirror,
No vanity’s displayed:
I’m looking for the face I had
Before the world was made.
What if I look upon a man
As though on my beloved,
And my blood be cold the while
And my heart unmoved ?
Why should he think me cruel
Or that he is betrayed ?
I’d have him love the thing that was
Before the world was made.

 Yeats 

jeudi, janvier 02, 2014

Aux couleurs de l'Inde (1/4)


Tel était le programme de la médiathèque d'Agneaux, du début novembre jusqu'à la fin décembre, 2013   à l'initiative
 d'Anne
qui souhaitait ainsi susciter des idées de voyages, réels ou imaginaires 
des rencontres  , voire des débats à propos de ce grand pays  très contrasté .


Grâce à des habitués de la médiathèque - et de l'Inde- les prêts d'objets , de bibelots, d'étoffes ont fourni un cadre évocateur aux diverses manifestations et activités :



 - Sélection de livres
 - Exposition de photographies


                                                    -  quatre rencontres , en nocturne, autour de la littérature indienne :


L 'équilibre du monde, de l'auteur canadien d'origine indienne  Rohintron Mistry
- Le vendeur de saris, de l'écrivaine indienne Rupa Bajwa +  le Tigre Blanc, écrit par 'Aravind Adiga
- Question de temps, de  la romancière du sud de l'Inde, Sashi Deshpande
- La petite mariée, nouvelle de Radinbranath Tagore +  le guide et la danseuse , écrit par R. KNarayan
  



- Causerie de Vivek Pal Sinh, suivie d'un débat.






Ces rendez-vous ont été bien suivis et fort appréciés 
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(Comptes-rendus et notes de lectures personnelles ... à  suivre)
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de la part de  Cergie

http://www.exponaute.com/expositions/643-paris-delhi-bombay/

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