mercredi, mars 20, 2019

"Des plaines du Far west au musée de Saint-Lô"


"Condenser toute une vie en un trait, toute une âme dans une expression"

Auguste Préault 


Titre énigmatique et citation philosophique choisies par l'auteur de la conférence du 3 mars 2019 au M.B.A




  Dimanche 3 mars, la rotonde des Amours de Gombault et Macée a réuni quelque 80 personnes autour de Fabrice Le Corguillé, membre associé au laboratoire de recherche HTCI de l'UBO, professeur d'Anglais et spécialiste des autobiographies amérindiennes. 
Ce jeune chercheur, contacté par Claire Jupille, chargée de la conservation des oeuvres du musée,  est venu parler du buste d'Oke-We-Me (prononcer Akiwimi)réalisé par Auguste Préault
 Sa restauration récente par Lise Bastardoz a permis au conférencier d'évoquer destin tragique de la jeune indienne iowa. Elle avait inspiré au sculpteur Auguste Préault cette oeuvre  initialement conçue pour orner son monument funéraire.

 Comme d'autres indiens iowa réduits à la misère dans les réserves, AKIWIMI et son époux Petit Loup se rendirent librement en Europe, sous contrat, pour présenter leurs coutumes et leurs danses dans des lieux de spectacle, comme le bal Valentino ou même les Tuileries. Ces exhibitions-assimilées aux pitoyables "zoos humains"  suscitèrent parfois incompréhension ou indignation, cependant, les écrits de George Sand, de Théophile Thoré soulignent la dignité des danseurs,reçus avec égards par le roi Louis-Philippe en 1845. 



Hélas,l'enfant du couple, Corsair mourut dans le Nord de l'Angleterre, il fut inhumé dans la section quaker du cimetière de Newcastle. Le chagrin mina sa mère,inhumée dans le cimetière de Montmartre.

 Auguste Préault réalisa son buste, accompagné d'un bas-relief, destiné à couronner son monument funéraire. La souscription,lancée dans les milieux Romantiques ayant été insuffisante, le buste se retrouva à Saint-Lô, probablement  par l'intermédiaire de la famille du docteur Blanchet (1819-1867) dont le buste fut exécuté par le même sculpteur. Une autre partie  du monument fut utilisée au cimetière Saint-Lazare de Montpellier, il soutient la statue en bronze- faite par Préault -représentant Aristide Ollivier, mort en duel .  

Revenons au docteur Blanchet,né à Saint-Lô. Ce chirurgien en chef de l'institution des sourds-muets de Paris, repose dans le cimetière de Saint-Lô. Or,la crypte du  mausolée de cette famille a servi de Q.G aux soldats américains en juillet 1944.  



Le public s'est montré très sensible à cet aspect de l'histoire et il est possible que la source de la donation soit confirmée par de nouvelles recherches d'érudits présents dans la salle.

  Chacun a apprécié la qualité de l'exposé de Fabrice Le Corguillé: rigueur scientifique, bien sûr, iconographie inédite, plongée dans l'art et la littérature, dimension philosophique et humaine.
  Nous le remercions vivement pour le lien transculturel ainsi créé, grâce aussi à l'historien iowa Lance Foster qui lui a communiqué un chant iowa diffusé en guise d'introduction.
.................................................................

Liens ici , là  et encore 
.........................................................................................................................................................

  Quant à la culture des indiens, un artiste autodidacte américain, Georges Catlin  (1794-1872), la jugeant menacée, y a consacré sa carrière; il  a tenté  de la préserver par ses peintures et sa collecte d'objets dont il espérait faire un musée- projet qui échoua  faute  de moyens. Au préalable, avec son  musée itinérant, il accompagna les indiens iowa dans leur tournée en Europe, dans un rôle de faire-valoir réciproque.


A la différence de Delacroix, Baudelaire a parlé  avec enthousiasme des tableaux de Catlin :"M. Catlin a a supérieurement rendu le caractère fier et libre de ces braves gens; la construction de leur tête est parfaitement bien comprise. Par leurs belles attitudes et l'aisance de leurs mouvements, ces sauvages font comprendre la sculpture antique. Quant à la couleur, elle a quelque chose de mystérieux qui me plaît plus que je ne saurais dire. Le rouge, la couleur du sang, la couleur de la vie abondait tellement dans ce sombre musée, que c'était une ivresse...Il ne fait pas de peinture "crâne", à laquelle tous nos jeunes gens sont si bien accoutumés, c'est maintenant la peinture" classique". Salon de 1846, chap. VI "




Patrick Grainville retrace son aventure en la romançant dans   Bison 

Liens ici et  (Iconographie)


14 commentaires:

  1. superbe portrait peint par georges catlin!!!!

    RépondreSupprimer
  2. Coucou Miss Yves.
    Je Far-west revient à la une!!!
    Saint-Lô est précurseur de renouveau (Le terme n'est sans doute pas le bon, j'ai du mal à trouver le bon qualitatif ?)
    Enfin, Bravo.
    Très bonne journée, A +

    RépondreSupprimer
  3. excellente page je reviendrai la lire ce soir de façon plus approfondie

    RépondreSupprimer
  4. Il est émouvant ce buste et permet de se plonger dans une histoire peu connue de ces Indiens, condamnés à s'exhiber pour "survivre". Quant à la peinture de Catlin, elle rend hommage à ces hommes et femmes dont le peuple a tellement souffert. D'ailleurs, même si Baudelaire parle avec enthousiasme du travail de Catlin, il ne peut s'empêcher de les désigner par le terme de "sauvages"... Merci pour ce billet très instructif, je comprends que la conférence était passionnante. Bises alpines.

    RépondreSupprimer
  5. Très intéressant !
    Je disais chez Daniel l'autre jour que l'histoire des Indiens d'Amérique m'était sensible.
    En 1985 et 1996, nous avons pu les voir libres en Utah et malheureusement pour eux en 2003 ils ne l'étaient plus. Sous Jimmy Carter ils avaient été mis dans des réserves, alors que jusque là, l'Utah protégeait ses Indiens. Un Indien Ute est représenté devant le Capitole.
    J'aime bien la sculpture.
    Belle journée !

    RépondreSupprimer
  6. Ce buste exprime toute la tristesse ressentie en pensant au malheureux destin des Amérindiens.

    RépondreSupprimer
  7. belle exposiion qui doit faire le pleini

    RépondreSupprimer
  8. Superbe épisode! Et l'exploitation des indiens continue aujourd'hui malheureusement. On continue à faire des échanges de terres pour les exploiter ou l'on construit des casinos en leur nom. Triste histoire d'un peuple qui peut tant nous apprendre sur la Vraie Vie. Leurs terres sacrées sont ainsi bafouées.
    J'aimerais beaucoup visiter un jour le Smithsonian et y voir la collection de Catlin.

    RépondreSupprimer
  9. Et leurs terres bafouées pour le passages des pipe-lines !

    La thèse de Fabrice Le Corguillé sur les biographies amérindiennes sera bientôt publiée dans une version "simplifiée". Je te ferai signe!

    RépondreSupprimer
  10. Auguste Préault qui a contribué à orner bien des monuments funéraires a une tombe bien nue. Ce qui me fait penser à Dalou, lui qui a commis notamment la statue de Victor Noir au cimetière du Père Lachaise. Ou à Clésinger (statue sur la tombe de Chopin)
    Comme dit mon mari et ce récemment je ne sais plus à quel propos : "ce sont les cordonniers les plus mal chaussés"

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. A moi aussi , A. Préault me fait penser à Clésinger .

      Supprimer
  11. "Condenser toute une vie en un trait, toute une âme dans une expression"
    Ce n'est plus la mode des tags, des défis bloguestres. Je me souviens de celui où il fallait écrire "a six word memoir". Je ne pense pas que je m'en étais bien tirée. Mais toi tu y avais échappé >

    http://cergipontin.blogspot.com/2008/03/le-muse-des-arts-et-mtiers-paris-3me-in.html

    RépondreSupprimer
  12. Mon beau-frère dans le sud a eu sa terre bafouée en douce pour passer une conduite d'eau. Lorsqu'il s'en est aperçu par hasard la compagnie des eaux lui a installé l'eau courante gratuitement (je ne me souviens plus combien elle lui demandait pour cela auparavant). Lorsqu'on allait chez eux à l'époque on se la jouait "Manon des Sources"

    RépondreSupprimer
  13. "Les sauvages" ce n'est pas si loin : souvenirs de famille / ma mère

    RépondreSupprimer

Quand je serai grand...

... je serai brocanteur , Régis Perray, au Radar.                                                 "  Les fantômes fleuris"   Ils ...