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samedi, février 28, 2015

Le coeur à marée basse








"Et de vagues rochers que les marées dépassent
Et qui ont à jamais le coeur à marée basse"

Jacques Brel


jeudi, février 26, 2015

Lire , lier, relire, relier

Professionnels , semi-professionnels et amateurs
(du latin amare:aimer)

s'étaient rencontrés le dernier week- end de janvier
à l'initiative de la médiathèque de Saint-lô
pour une sorte de marathon de la lecture à voix haute

Invité, le comédien et sociétaire de la Comédie Française

parrain de cette 4 ème  biennale de la lecture 



les  lecteurs

de l'association "lire à Saint-lô",

 Les Haut-parleurs ont lu à plusieurs voix des textes où grincent  les mots  et le sens, comme:

La batteuse

La batteuse est arrivée
la batteuse est repartie
Il ont battu le tambour
ils ont battu les tapis
ils ont tordu le linge
ils l'ont pendu
ils l'ont repassé
ils ont fouetté la crème et ils l'ont renversée
ils ont fouetté un peu leurs enfants aussi
ils ont sonné les cloches
ils ont égorgé le cochon
ils ont grillé le café
ils ont fendu le bois
ils ont cassé les oeufs
ils ont fait sauter le veau et les petits pois
ils ont flambé l'omelette au rhum
ils ont découpé la dinde
ils ont tordu le cou aux poulets
ils ont écorché les lapins
ils ont éventré les barriques
ils ont noyé leur chagrin dans le vin
ils ont claqué les portes et les fesses des femmes
ils se sont donné un coup de main
ils se sont rendu des coups de pied
ils ont basculé la table
ils ont arraché la nappe
ils ont poussé la romance
ils se sont étranglés étouffés tordus de rire
ils ont brisé la carafe d'eau frappée
ils ont renversé la crème renversée
ils ont pincé les filles
ils les ont culbutées dans le fossé
ils ont mordu la poussière
ils ont battu la campagne
ils ont tapé des pieds
tapé des pieds tapé des mains
ils ont crié et ils ont hurlé ils ont chanté
ils ont dansé
ils ont dansé autour des granges où le blé était enfermé
Où le blé était enfermé moulu fourbu vaincu
battu
Jacques PRÉVERT Paroles,1945©1972 Editions GallimardAudition  du poème dit par Serge Reggiani ICI



Et trois lycéennes- accompagnées par  leur professeur-

Atelier "Lecture à voix haute"du lycée Le Verrier


"Imagine, maintenant : un piano. Les touches ont un début. Et les touches ont une fin. Toi, tu sais qu'il y en a quatre-vingt-huit, là-dessus personne peut te rouler. Elles sont pas infinies, elles. Mais toi, tu es infini, et sur ces touches, la musique que tu peux jouer elle est infinie. Elles, elles sont quatre-vingt-huit. Toi, tu es infini. Voilà ce qui me plaît. Ca, c'est quelque chose qu'on peut vivre. Mais si tu/
Mais si je monte sur cette passerelle, et que devant moi/
Mais si je monte sur cette passerelle et que devant moi se déroule un clavier de millions de touches, des millions, des millions et des milliards/
Des millions et des milliards de touches, qui ne finissent jamais, c'est la vérité vraie qu'elles ne finissent jamais, et ce clavier-là, il est infini, alors/
Sur ce clavier-là, il n'y a aucune musique que tu puisses jouer. Tu n'es pas assis sur le bon tabouret : ce piano-là, c'est Dieu qui y joue/
Nom d'un chien, mais tu les as seulement vues, ces rues?
Rien qu'en rues,
 il y en avait des milliers, comment vous faites là-bas pour en choisir une/
Pour choisir une femme/
Une maison, une terre qui soit la vôtre, un paysage à regarder, une manière de mourir/
Tout ce monde, là/
Ce monde collé à toi, et tu ne sais même pas où il finit/
Jusqu'où il y en a/
Vous n'avez pas peur, vous, d'exploser, rien que d'y penser, à toute cette énormité, rien que d'y penser? D'y vivre.../

Moi, j'y suis né, sur ce bateau. Et le monde y passait, mais par deux mille personnes à la fois. Et les désirs, il y en avait aussi, mais pas plus que ce qui pouvait tenir entre la proue et la poupe. Tu jouais ton bonheur, sur un clavier qui n'était pas infini.
C'est ça que j'ai appris, moi. La terre, c'est un trop long voyage. Une femme trop belle. Un parfum trop fort. Une musique que je ne sais pas jouer. Pardonnez-moi. Mais je ne descendrai pas.


Alessandro Baricco, Novecento: pianiste







Vous qui vivez en toute quiétude

Bien au chaud dans vos maisons,

Vous qui trouvez le soir en rentrant

La table mise et des visages amis,

Considérez si c'est un homme

Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui ou pour un non.
Considérez si c'est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu'à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N'oubliez pas que cela fut,
Non, ne l'oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre cœur,
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant ;
Répétez-les à vos enfants,
Ou que votre maison s'écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous.


Primo Levi, Si c'est un homme

mardi, février 24, 2015

Lire

Marathon lecture à voix haute

Samedi 31 janvier 2015

ici
parmi les couleurs de l'école de dessin de Saint-Lô

Les amies de la bibliothèque d'Avranches

ont choisi , entre autres textes, ce  pamphlet, dont l'ironie est toujours actuelle:



De l'horrible danger de la lecture

Nous Joussouf-Chéribi, par la grâce de Dieu mouphti du Saint-Empire ottoman, lumière des lumières, élu entre les élus, à tous les fidèles qui ces présentes verront, sottise et bénédiction.

Comme ainsi soit que Saïd-Effendi, ci-devant ambassadeur de la Sublime-Porte vers un petit État nommé Frankrom, situé entre l’Espagne et l’Italie, a rapporté parmi nous le pernicieux usage de l’imprimerie, ayant consulté sur cette nouveauté nos vénérables frères les cadis et imans de la ville impériale de Stamboul, et surtout les fakirs connus par leur zèle contre l’esprit, il a semblé bon à Mahomet et à nous de condamner, proscrire, anathématiser ladite infernale invention de l’imprimerie, pour les causes ci-dessous énoncées.

1° Cette facilité de communiquer ses pensées tend évidemment à dissiper l’ignorance, qui est la gardienne et la sauvegarde des États bien policés.

2° Il est à craindre que, parmi les livres apportés d’Occident, il ne s’en trouve quelques-uns sur l’agriculture et sur les moyens de perfectionner les arts mécaniques, lesquels ouvrages pourraient à la longue, ce qu’à Dieu ne plaise, réveiller le génie de nos cultivateurs et de nos manufacturiers, exciter leur industrie, augmenter leurs richesses, et leur inspirer un jour quelque élévation d’âme, quelque amour du bien public, sentiments absolument opposés à la saine doctrine.

3° Il arriverait à la fin que nous aurions des livres d’histoire dégagés du merveilleux qui entretient la nation dans une heureuse stupidité. On aurait dans ces livres l’imprudence de rendre justice aux bonnes et aux mauvaises actions, et de recommander l’équité et l’amour de la patrie, ce qui est visiblement contraire aux droits de notre place.

4° Il se pourrait, dans la suite des temps, que de misérables philosophes, sous le prétexte spécieux, mais punissable, d’éclairer les hommes et de les rendre meilleurs, viendraient nous enseigner des vertus dangereuses dont le peuple ne doit jamais avoir de connaissance.

5° Ils pourraient, en augmentant le respect qu’ils ont pour Dieu, et en imprimant scandaleusement qu’il remplit tout de sa présence, diminuer le nombre des pèlerins de la Mecque, au grand détriment du salut des âmes.

6° Il arriverait sans doute qu’à force de lire les auteurs occidentaux qui ont traité des maladies contagieuses, et de la manière de les prévenir, nous serions assez malheureux pour nous garantir de la peste, ce qui serait un attentat énorme contre les ordres de la Providence.



A ces causes et autres, pour l’édification des fidèles et pour le bien de leurs âmes, nous leur défendons de jamais lire aucun livre, sous peine de damnation éternelle. Et, de peur que la tentation diabolique ne leur prenne de s’instruire, nous défendons aux pères et aux mères d’enseigner à lire à leurs enfants. Et, pour prévenir toute contravention à notre ordonnance, nous leur défendons expressément de penser, sous les mêmes peines; enjoignons à tous les vrais croyants de dénoncer à notre officialité quiconque aurait prononcé quatre phrases liées ensemble, desquelles on pourrait inférer un sens clair et net. Ordonnons que dans toutes les conversations on ait à se servir de termes qui ne signifient rien, selon l’ancien usage de la Sublime-Porte.

Et pour empêcher qu’il n’entre quelque pensée en contrebande dans la sacrée ville impériale, commettons spécialement le premier médecin de Sa Hautesse, né dans un marais de l’Occident septentrional; lequel médecin, ayant déjà tué quatre personnes augustes de la famille ottomane, est intéressé plus que personne à prévenir toute introduction de connaissances dans le pays; lui donnons pouvoir, par ces présentes, de faire saisir toute idée qui se présenterait par écrit ou de bouche aux portes de la ville, et nous amener ladite idée pieds et poings liés, pour lui être infligé par nous tel châtiment qu’il nous plaira.

Donné dans notre palais de la stupidité, le 7 de la lune de Muharem, l’an 1143 de l’hégire.

Voltaire (1765)

samedi, février 21, 2015

Planer






L’avion
    Français, qu’avez-vous fait d’Ader l’aérien ?
    Il lui restait un mot, il n’en reste plus rien.
    Quand il eut assemblé les membres de l’ascèse
    Comme ils étaient sans nom dans la langue française
    Ader devint poète et nomma l’avion.
    O peuple de Paris, vous, Marseille et Lyon,
    Vous tous fleuves français, vous françaises montagnes,
    Habitants des cités et vous, gens des campagnes,
    L’instrument à voler se nomme l’avion.
    Cette douce parole eût enchanté Villon,
    Les poètes prochains la mettront dans leurs rimes.
    Non, tes ailes, Ader, n’étaient pas anonymes.
    Lorsque pour les nommer vint le grammairien
    Forger un mot savant sans rien d’aérien,
    Où le sourd hiatus, l’âne qui l’accompagne
    Font ensemble un mot long comme un mot d’Allemagne.
    Il fallait un murmure et la voix d’Ariel
    Pour nommer l’instrument qui nous emporte au ciel.
    La plainte de la brise, un oiseau dans l’espace
    Et c’est un mot français qui dans nos bouches passe.
    L’avion ! l’avion ! qu’il monte dans les airs,
    Qu’il plane sur les monts, qu’il traverse les mers,
    Qu’il aille regarder le soleil comme Icare
    Et que plus loin encore un avion s’égare
    Et trace dans l’éther un éternel sillon
    Mais gardons-lui le nom suave d’avion
    Car du magique mot les cinq lettres habiles
    Eurent cette vertu d’ouvrir les ciels mobiles.
    Français qu’avez-vous fait d’Ader l’aérien ?
    Il lui restait un mot, il n’en reste plus rien.
    Guillaume Apollinaire, Poèmes retrouvés

jeudi, février 19, 2015

Rouler

http://zazipo.net/

Voulez-vous savoir ce qu’est un poème de vélo ?

A la manière de ...



Voulez-vous savoir ce qu’est un poème de vélo ? Admettons que la réponse soit oui. Voici donc ce qu’est un poème de vélo.
Un poème de vélo se compose à l’école du vent.
Il compte deux strophes, une relative, une objective.
L’une s’inspire (sens propre et figuré) de la mécanique du monde.
L’autre exprime l’œuvre du cycliste tout seul, son chef-d’œuvre pourrait-on dire.
Car aussitôt élancé, il la compose dans la tête, et plus il sera rapide, plus cinglant en sera le souffle.
La strophe du monde reviendra en boomerang.
Mieux vaut l’inventer secouru d’amitié et de solidarité.
Les jours de grand vent du nord, compter sur un camarade aux larges épaules, se faire petit derrière lui et attendre que ça passe, car une fois en tête il sera trop tard pour composer à la légère.
Cette strophe se prémédite en attendant qu’il s’écarte et cède le relais ; elle soupire l’appréhension d’aller au charbon à son tour.
Si par malchance on crève, c’est toujours un moment délicat du poème de vélo.
Jaul Fournet & Paques Jouel, Besoin de métro, Poeil.

À la manière de Jacques Jouet, Poème de métro.

samedi, février 14, 2015

Mots fleuris pour la Saint-Valentin
















Je vis, je meurs; je me brûle et me noie

***
Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;
J'ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m'est et trop molle et trop dure.
J'ai grands ennuis entremêlés de joie.

Tout à un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j'endure ;
Mon bien s'en va, et à jamais il dure ;
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène ;
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être au haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.

Louise Labé (1524-1566)



lundi, février 09, 2015

Une page sur la plage

Parmi les noms de villas balnéaires:
La grève d'Or,
la Rose des Vents,
les Pins,
Les Hublots,
La Fourmi,
Villa Denise,
le classique "Abri côtier" 
et l'inévitable "Sam'Suffit"

en voici un  qui sort des sentiers (de douaniers) battus:
Jalna.


 Avec ses quatre fenêtres ou portes-fenêtres  en façade, autant sur l'un des pignons
- combien sur les autres, non visibles de la plage- 
la villa aux volets bleu-layette, un long moment plus ou moins délaissée, aujourd'hui retapée et agrandie , affiche les goûts de ceux qui l'ont construite:

un hommage à la saga  en 16 volumes de  Mazo De la Roche
                               et qui sait?le rêve de fonder une dynastie, à l'instar des Whiteoak.



"Les Whiteoak avaient vécu pendant plusieurs siècles du revenu de leurs terres. Ils n’avaient jamais envié personne, persuadés qu’ils étaient les égaux de qui que ce fût et de plus ancien lignage que la plupart des nobles du comté. Ils avaient, jadis, possédé une fortune considérable qui s’était transmise de père en fils dans toute son intégrité ; leurs enfants, peu nombreux, étaient tous beaux, et leurs affaires étaient demeurées prospères jusqu’au jour où le grand-père de Philippe s’adonna à la passion du jeu, si répandue à cette époque."


"Lorsque la guerre civile américaine éclata, la maison Jalna, dans l'Ontario, n'était pas achevée depuis de nombreuses années. Le propriétaire, le capitaine Whiteoak, avec sa famille, s'y était installé après la naissance de son second fils. Accompagné de sa femme, Adeline Court, une Irlandaise, il arrivait des Indes, et, par sentimentalité, avait donné à la maison le nom du dernier endroit où son régiment avait été en garnison. Le capitaine Whiteoak, las des contraintes militaires aspirait à la vraie liberté, aux vastes espaces du Nouveau Monde et Adeline avait toujours été tentée par l'aventure. Tous deux se sentaient maintenant animés d'une ardeur de pionniers. Mais ils avaient conservé les habitudes de confort dont ils jouissaient dans leur pays natal."

Source des citations: Babelio


essai paru  aux Editions de Minuit , dans la collection Paradoxe.
Un titre provocateur qui pourrait faire croire à des recettes pour paraître , pour bluffer, mais 
qui parle plutôt des codes culturels communs , de la liberté de lire ou de ne pas lire, et des mots pour le dire.

Comment parler de Jalna, chronique que je n'ai jamais lue?

Etait-ce -ce à cause du nombre de  pages  à dévorer
- et pourtant la Chronique des Pasquier de Georges Duhamel  (10 volumes) n'avait pas été un obstacle-

du  thème dynastique, trop conformiste à mon goût, à l'époque, 
de la couleur mièvre des volets bleu-layette, 
des vacances,
 de la  blondeur 
et la  chaleur de l'été?



Cette villa un tant soit peu délabrée, trop grande pour ses occupants diffusait  toutefois  un charme mystérieux ... Quels  regrets de ne pas avoir lu Jalna !

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