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mercredi, décembre 07, 2016

A Juaye-Mondaye




Visite de l'abbaye prémontrée, Saint-Martin de Mondaye




    Une trentaine des Amis des musées a bravé le froid de novembre pour visiter l'abbaye de Juaye-Mondaye, guidés par frère Julien qui nous a exposé son intérêt historique, architectural et artistique.



    En plein essor au XII ème siècle, à son apogée au XVII ème siècle, l'abbaye a connu bien des aléas et vicissitudes, de la guerre de cent ans aux guerres de Religion, de la Révolution à la séparation de l'Eglise et de l'Etat, pour connaître à présent un renouveau tant spirituel que culturel et touristique: les chantiers de rénovation en sont la preuve.




La pierre de Creully, blanche à impressions veinées, les verrières très claires valorisent, dans la nef et le choeur,

 le buffet d'orgue Parisot, 


l'autel "romain", c'est--à -dire non adossé à un mur, ce qui permet au regard d'embrasser les stalles boisées, dans le choeur,






et, dans les chapelles latérales, un groupe sculpté en terre cuite blanche de Noron- la- Poterie, 
les tableaux de Jean Restout, chanoine au début du XVIII ème siècle, peintre et architecte 




qui repose sous le dallage de la nef.






    Dans la bibliothèque, riche de plus de 60 000 ouvrages, de nombreuses questions ont fusé sur la vie intellectuelle au monastère, auxquelles frère Julien a répondu avec précision et aménité.




Le réfectoire, 




la sacristie, 




nous ont  fait découvrir certains aspects de la  vie monastique et de la liturgie.



Les armoires normandes spacieuses, inutilisables dans les appartements actuels, trouvent ici une nouvelle fonction: entreposer les vêtements sacerdotaux, alors que le rangement à l'horizontale, trop encombrant  n'était plus possible.
Ci-dessous, des crosses de prélats, symboles de pouvoir religieux, mais exclusivement dans leur diocèse.




    Une belle surprise nous attendait dans la salle du chapitre: les fresques réalisées en 1937 par André Frébourg (frère Maurice en religion), marqué par l'enseignement et la personnalité de Maurice Denis.

Elégantes et claires, elles  illustrent sa concepion de l'oeuvre d'art: "C'est d'être à la fois décoration et expression, ornement et poésie".




    et rappellent la fondation de l'ordre par saint Norbert, recevant ici la règle des mains de Saint Augustin.




    Très bien menée  par notre guide, cette visite a complété les expositions d'art sacré, vues à Hambye cette année et à Caen l'an dernier. 







samedi, décembre 03, 2016

De la couleur avant toute chose


"La présence physique de la couleur, la joie qu'elle me procure est au cœur de mes préoccupations. La couleur participe de ce que je vois, j'ai donc photographié en tenant compte de sa présence dans l'épaisseur matérielle des choses". John BathoHistoire de couleurs,

au  musée de Normandie, du 16 avril au 26 septembre 2016

La couleur est au centre du travail de photographe de John Batho, quel qu'en  soit le sujet et le cadre: les objets du  quotidien ou les paysages de sa Normandie natale, à laquelle il reste attaché.



Giverny, 1908-1984


Déchiré, 1986

Un paysage du bocage normand, vert pomme, vert pré, "byi  de tcheu nouos" a été photographié avec, devant l'objectif, un papier déchiré rouge, pour jouer  avec les complémentaires.






Nageuses, 1990

Le hors-champ suggère le mouvement des corps, la fluidité de l'élément aquatique  





Parasols , 1977-2011
Titre d'une série, qui nous renvoie aux tentes et cabanes de plage, florissants sur la côte normande depuis les débuts des bains de mer.

(Lien  ici  )






                                                    
                                                        Nuages peintures,1998-1999



La technique de cette série évoque impressionnisme et pré-impressionnisme, clin d'oeil aux ciel de Monet et d'Eugène Boudin, à qui le musée André Malraux du Havre a consacré une importante rétrospective.




Nous y avons retrouvé l'une des pièces maîtresses du musée deSaint-Lô:

Le Havre, Coucher de soleil, marée basse  (Salon de 1884)








mercredi, novembre 30, 2016

L'atelier du temps (2)


Exposition de Gaspare Manos
Lien ici 


Memento Mori



Venise






Changement d'échelle





Le pont des soupirs, les fers, le crâne 

"J'ai fixé le moment de mon évasion dans la nuit précédant la fête de saint Augustin, non pas tant parce qu'il y avait déjà plus de quatre semaines que je l'avais fait mon protecteur, comme parce que je savais que dans cette fête-là le Grand Conseil s'assemblait, et que par conséquent il n'y aurait pas de monde à la boussole contiguë (1) à la chambre par laquelle je devais nécessairement passer en me sauvant. J'ai donc fixé de sortir dans la nuit du vingt-sept.
La journée du vingt-cinq, à midi, il m'arriva ce qui me fait frissonner encore dans ce moment où je vais l'écrire. À midi précis j'ai entendu le glapissement des verrous : j'ai cru de mourir. Un violent battement de cœur, qui frappait plus de six pouces plus bas que sa région, me fit craindre mon dernier moment : je me suis jeté éperdu sur mon fauteuil. Laurent en entrant me dit, mettant la tête à la grille, et avec un ton de jouissance : Je viens, Monsieur, vous porter une bonne nouvelle, dont je vous félicite. J'ai d'abord cru que c'était celle de ma liberté, car je n'en connaissais pas d'autre qui pût être bonne ; et je me voyais perdu : la découverte du trou aurait fait révoquer ma grâce. Laurent entre et me dit d'aller avec lui ; je lui réponds d'attendre que je m'habille : N'importe, me dit-il, puisque vous ne faites que passer de ce vilain cachot à un autre clair et tout neuf où par deux fenêtres vous verrez la moitié de Venise, où vous pourrez vous tenir debout, où... Mais je n'en pouvais plus, je mourais ; je le lui ai dit. J'ai demandé du vinaigre (2) en le priant d'aller dire à M. le Secrétaire que je remerciais le tribunal de cette grâce, en le suppliant au nom de Dieu de me laisser là. Laurent me dit avec un grand éclat de rire que j'étais fou : que le cachot où j'étais s'appelait l'enfer, et que celui où il avait ordre de me mettre était délicieux. Allons, allons, ajouta-t-il, il faut obéir, levez-vous. Je vous donnerai le bras, et je vous ferai d'abord porter toutes vos hardes (3), et tous vos livres. Etonné et en devoir de ne plus répliquer le moindre mot je suis sorti, et j'ai dans l'instant ressenti un petit soulagement en l'entendant ordonner à un des siens de le suivre avec mon fauteuil. Mon esponton (4) était caché dans sa paille : c'était toujours quelque chose. J'aurais voulu me voir suivi par le beau trou que j'avais fait avec tant de peine, mais c'était impossible : mon corps allait, mais mon âme restait là."
Giacomo Casanova, Histoire de ma fuite des Plombs, première partie, pp.89-90



dimanche, novembre 27, 2016

De l'atelier au musée (1)

"L'artiste doit se taire et laisser parler ses oeuvres", 

 ce précepte fut l'introduction  de Gaspare Manos  au vernissage de  l'exposition de ses collections et de ses oeuvres, visible au musée des Beaux-Arts de Saint-Lô jusqu'au 23 avril.



Né en Thaïlande,  son goût des collections lui vient de ses parents italiens - diplomates- amateurs de statuettes asiatiques du X ème au XV ème siècle.




     Si Daniel Hurstel achetait et collectionnait par "coups de coeur", Gaspare Manos, lui, fait de ses collections internationales (art africain, objets du quotidien, vases orientaux, tableaux contemporains...) une source d'inspiration pour ses propres créations- une trentaine sont présentées ici.
     Comment l'artiste ne développerait -il pas de goûts cosmopolites, ayant connu les cinq continents et eu l'occasion de grandir dans huit pays différents?











     Ainsi, au gré des coulures et des entailles, des masques-araignées africains deviennent-ils feuillage d'ananas, les scarifications sur la peau des femmes africaines se métamorphosent-elles en fenêtres de gratte-ciel.








Masques ou monstres ?
(Cacher/montrer)







    L'exposition est une façon de montrer ce qu'il y a dans le cerveau d'un artiste au moyen de la reconstitution de son atelier, dans un coin du musée.



Peut-être y peindra -t-il devant le public ?