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lundi, août 23, 2010

Journal de Festival (4) -Les Travailleurs de la Mer, l'exil, la rage, le rêve, d'après Victor Hugo, mise en scène :Daniel Briquet

Le 24 juillet2010-
Rencontre avec Paul Fructus, qui a mis en scène cette adaptation et incarné Gilliat le Malin.
Une véritable performance, un corps à corps avec le verbe hugolien, l'esprit de la tempête, et les objets, proches du bric- à- brac du génial bricoleur que fut l'auteur...


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Aux trois-quarts du spectacle, la régisseuse, Florence Pasquet est entrée en scène pour changer, avec grâce, le décor et préparer l'épilogue: le dénouement ne pouvant plus être interprété corporellement , le retour au texte, posé sur un lutrin et lu par l'acteur, était nécessaire pour le retour au calme après la tempête ou du moins, pour mettre à distance la tempête intérieure que va vivre Gilliat dans son renoncement à Déruchette.

Derrière elle , se trouve une sculpture de 80 kgs, réalisée par un ami du metteur en scène, sculpteur pour les monuments historiques. Cette masse , qui tient du rocher (le rocher Douvres, la chaise Gild-Holm Ur) et du coffre s'ouvre au cours de l'action et devient barque dans la tempête, boîte à outils, support d'un mât ou d'un gibet , croix pour le sacrifice christique du personnage principal.
Cette trouvaille apporte à la représentation une dimension graphique en relation avec les lavis de Victor Hugo, dessinateur inspiré.


Les choix musicaux sont tout aussi remarquables. Il fallait éviter l'illustration, les musiques trop anciennes ou trop récentes, et traduire les différentes atmosphères du drame .
La mélodie traditionnelle "Bonny Dundie"que joue pendant 4 ans, le mystérieux joueur de Bag Pipe -alias Gilliat- sous les fenêtres de Déruchette, au grand dam de Mess Lethierry a été un fil conducteur de la création musicale, marquée également par les chants de marins .
Patrick Fournier sait tirer de son accordéon et du moindre objet-en l'occurrence une tôle-des sons étonnants et suggestifs: le souffle du vent annonçant la tempête et s'amplifiant a impressionné les spectateurs.

Comme le montre la photo ci-dessus (numéro 3) d'Emilie Fructus, une complicité se noue entre le comédien et les musiciens, parfois personnages ou témoins de l'histoire .

Bravissimo!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
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Pourquoi avoir adapté le roman Les Travailleurs de la Mer?
Paul Fructus a expliqué que cette lecture était pour lui un souvenir très fort d'adolescent et qu'il avait été ému par la transposition romanesque du vécu de l'auteur.

Il a rapproché cette
Lettre de Victor Hugo à sa fille Léopoldine en 1837, écrite à Étaples près de Boulogne-sur-Mer :

" J’ai cueilli pour toi cette fleur dans la dune. C’est une pensée sauvage qu’a arrosée plus d’une fois l’écume de l’océan. (…) Et puis, mon ange, j’ai tracé ton nom sur le sable : DIDI. La vague de la haute mer l’effacera cette nuit, mais ce que rien n’effacera, c’est l’amour que ton père a pour toi (…) ".


avec le début du premier chapitre du roman :

"Tout à coup, près d’un bouquet de chênes verts qui est à l’angle d’un courtil, au lieu dit les Basses-Maisons, elle se retourna, et ce mouvement fit que l’homme la regarda. Elle s’arrêta, parut le considérer un moment, puis se baissa, et l’homme crut voir qu’elle écrivait avec son doigt quelque chose sur la neige. Elle se redressa, se remit en marche, doubla le pas, se retourna encore, cette fois en riant, et disparut à gauche du chemin, dans le sentier bordé de haies qui mène au château de Lierre. L’homme, quand elle se retourna pour la seconde fois, reconnut Déruchette, une ravissante fille du pays. Il n’éprouva aucun besoin de se hâter, et, quelques instants après, il se trouva près du bouquet de chênes à l’angle du courtil. Il ne songeait déjà plus à la passante disparue, et il est probable que si, en cette minute-là, quelque marsouin eût sauté dans la mer ou quelque rouge-gorge dans les buissons, cet homme eût passé son chemin, l’oeil fixé sur le rouge-gorge ou le marsouin. Le hasard fit qu’il avait les paupières baissées, son regard tomba machinalement sur l’endroit où la jeune fille s’était arrêtée. Deux petits pieds s’y étaient imprimés, et à côté il lut ce mot tracé par elle dans la neige : Gilliatt. Ce mot était son nom. Il s’appelait Gilliatt. Il resta longtemps immobile, regardant ce nom, ces petits pieds, cette neige, puis continua sa route, pensif" .....................................................................................................................................................................
Si l' on retient l'analyse sur le lavis qui représente Déruchette, comme une transposition
d'une photo de son autre fille, Adèle, les jeux de masques et de miroirs deviennent vertigineux .
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Déruchette
Illustrations sur Gallica
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Isabelle Roche a écrit sur ce spectacle un article dans le littéraire .com

6 commentaires:

  1. C'était une des lecture préférée de mon enfance!
    Le spectacle continu...
    AH oui : J'ai rajouté une image sur Saint Gilles croix de Vie qui j'espère sera plus lisible!

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  2. Je n'ai jamais lu "les travailleurs de la mer" mais d'après tes commentaires sur le spectacle, tu me donnes envie de voir cette pièce et d'aller au théâtre. Y a t il des pièces que tu aurais remarquées sur la programmation de St Lô?
    Et celle ci pourra t on la voir qq part?
    Bonne journée

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  3. *** Très intéressant, merci à toi Miss_Yves et GROS BISOUS !!! ***

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  4. C'est dommage que je ne sais pas assez de français pour lire les livres de Victor Hugo. Le français je peux lire est très simple, mais j'essaie toujours de lire, entendre et comprendre ce que je vois à télévision. J'ai compris que la performance était un grand succès!! Votre contribution est très intéressante comme toujours! Merci de votre visite à mes voiliers! C'etait vraiment un grand spectacle.

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  5. "Génial bricoleur", amant fidèle, tendre père et grand père...
    Certaines personnes cumulent tous les talents ; de plus elles ont parfois la chance de vivre longtemps... De plus leurs oeuvres sont non seulement étudiées mais réinterprétées. J'imagine qu'Hugo aurait aimé être "rajeuni" pour atteindre un nouveau public en sollicitant tous ses sens.

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  6. Je suis contente d'avoir quelques instants pour m'imprégner de ton post d'aujourd'hui. La description de Déruchette est si forte. Une extraordinaire mise en scène sous le génie de Paul Fructus paraît-il.
    Tout cela donne envie de lire ce roman de prose poétique "Les travailleurs de la mer." Et puis ce pouvoir pour Victor Hugo de rester dans l'actualité grâce à son génie multiple.

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