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mercredi, mai 11, 2011

Illusion

Ce mage, qui d'un mot renverse la nature,/
N'a choisi pour palais que cette grotte obscure./
La nuit qu'il entretient sur cet affreux séjour,/
N'ouvrant son voile épais qu'aux rayons d'un faux jour,/
De leur éclat douteux n'admet en ces lieux sombres /
Que ce qu'en peut souffrir le commerce des ombres./
N'avancez pas : son art au pied de ce rocher /
A mis de quoi punir qui s'en ose approcher ;/
Et cette large bouche est un mur invisible,/
Où l'air en sa faveur devient inaccessible,/
Et lui fait un rempart, dont les funestes bords/
Sur un peu de poussière étalent mille morts./
Jaloux de son repos plus que de sa défense,/
Il perd qui l'importune, ainsi que qui l'offense ;/
Malgré l'empressement d'un curieux désir,/
Il faut, pour lui parler, attendre son loisir :/
Chaque jour il se montre, et nous touchons à l'heure/
Où pour se divertir il sort de sa demeure./
Ce mage, qui d'un mot renverse la nature,/
N'a choisi pour palais que cette grotte obscure./
La nuit qu'il entretient sur cet affreux séjour,/
N'ouvrant son voile épais qu'aux rayons d'un faux jour,/
De leur éclat douteux n'admet en ces lieux sombres /
Que ce qu'en peut souffrir le commerce des ombres./
N'avancez pas : son art au pied de ce rocher /
A mis de quoi punir qui s'en ose approcher ;/
Et cette large bouche est un mur invisible,/
Où l'air en sa faveur devient inaccessible,/
Et lui fait un rempart, dont les funestes bords/
Sur un peu de poussière étalent mille morts./
Jaloux de son repos plus que de sa défense,/
Il perd qui l'importune, ainsi que qui l'offense ;/
Malgré l'empressement d'un curieux désir,/
Il faut, pour lui parler, attendre son loisir :/
Chaque jour il se montre, et nous touchons à l'heure/
Où pour se divertir il sort de sa demeure./


Corneille, L'Illusion Comique, Acte I, Sc.1

5 commentaires:

  1. Bien entendu tout n'est qu'illusion même lorsque tout semble clair. Ne serait-ce que parce qu'on a choisi de montrer ou de voir ou même pas choisi d'ailleurs mais il faut bien "cadrer" son regard comme en photo, et voir loin ou près, en haut le ciel ou en bas le marais ou l'étang aux nymphéas de Giverny.
    Même lorsque nous conversons, nous échangeons des zones d'ombres, même lorsque nous pensons, en notre for intérieur nous nous mentons ou nous illusionnons nous-même.
    Mais si tout était cartésien, la vie ne serait-elle pas infiniment plus triste ?

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  2. La magie de l'instant! Au vu de la photo on se retourne sur ce qui fut et parfois meme on a une envie de revivre le moment, etait-ce vraiment ainsi?
    Je n'aijamais lu l'illusion comique...

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  3. En dehors du Corneille appris au collège, je ne connaissais pas ce beau texte. Je n'ai pas l'art de disserter comme Cergie et Thérèse, surtout que je n'ai ni le temps ni la tête à ça today, ni en ce moment d'ailleurs.

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  4. La photo trois n'est pas un triplon, une des hirondelles n'a pas la même position.
    Tu t'appelles Yves tout court maintenant !

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  5. Super cette prise de vue!!!
    Tu dégote toujours de beaux écrits...
    Bonne journée a +

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