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vendredi, juillet 19, 2013

Trécoeur







Trécoeur est le nom du château de Madame de Quigny, grand-mère (en réalité grand-tante) de Valérie Dubois. Il joua un rôle important dans son histoire familiale.
En effet, sa mère, Elvire Le Conte de Sainte-Suzanne, orpheline de mère  à deux ans ,  y avait été élevée par sa tante, Sophie de Sainte-Suzanne et  y  demeura jusqu'au  mariage de celle-ci  avec M. de Quigny.   Valérie, enfant, avait passé des étés pleins d'insouciance et  de bonheur en ce lieu où les de Quigny devaient finir leur vie.
Madame de Quigny,  royaliste bon teint,  n'avait pas admis le mariage de Valérie avec Octave Feuillet."Elle ne pouvait pardonner à (son) futur beau-père d'avoir été le chef du parti libéral dans la Manche, à la Révolution de Juillet 1830; d'avoir fait arrêter le prince de Polignac fuyant vers Granville, d'être resté en relations suivies avec M. Guizot qui songeait à en faire un ministre". Selon  madame de Quigny , il fallait"avoir la rage de marier sa fille (...) pour la donner en mariage à ce fils de mangeurs de rois!Malgré une  tentative pour adoucir madame de Quigny, le mariage se fit sans elle, et sans sa bénédiction. "On dut laisser le temps effacer les haines "
Effectivement, "La naissance d'André (1852) nous ouvrit de nouveau la porte de Trécoeur  et les bras de ma chère grand-mère, mais hélas! le revoir fut de courte durée , Madame de Quigny succomba aux suite d'une attaque de paralysie, quelques mois après avoir pardonné" (Chapitre XIII, P.162)

De longs mois après le décès de sa grand-mère, Valérie Feuillet y revient en pèlerinage et crut "mourir d'émotion".Puis vient , avec le temps, la mélancolie et l'indifférence.




"J'amenai des amis pour visiter le château que mon mari avait rendu célèbre en le décrivant dans Monsieur de Camors"

On y organisa des parties de campagne: goûters, jeux, pêche dans l'étang ,  un bal y sera même donné:
"Que de fois depuis je me suis reproché ce bal, le ménétrier et la légèreté de mon coeur"
Chapitre XIII-Quelques Années de Ma Vie.



(Carte postale ancienne du château de Trécoeur)




(Photo de la propriété actuelle, sur le site du château) 
Les propriétaires ont très gentiment le petit groupe des amis des musées municipaux ,
 pour une causerie historique et littéraire, 
suivie d'un délicieux goûter....................................................................................................................................................

Julia de Trécoeur, Octave Feuillet

L'action de ce roman ne se déroule pas à Trécoeur, (c'est Monsieur de Camors, qui a "rendu célèbre"  ce lieu) mais le nom du personnage éponyme traduit l'attachement des Feuillet au cadre de la jeunesse  de Valérie, symbole des jours heureux.

En témoigne cette lettre d'Octave Feuillet à son épouse pendant les répétitions de Julie, représentée le 4 mai:

Paris, avril 1869
« Que je t'envie, ma chère, tes promenades à Trécoeur !
Hélas , que je me sens loin de ces douces campagnes !
Chaque brin d'herbe m'est cher. Dieu, comme je compte m'en régaler cet été ! Quelle indigestion de verdure, de petits ruisseaux, de coins solitaires je me promets dans mon cœur ! En attendant , n'y pensons pas !


Dans quelques Quelques années de ma vie, Valérie Feuillet raconte la genèse de ce roman:
1871
« Ce fut vers le milieu de l'automne que je retrouvai ma demeure, bien attristée par le départ des enfants et par les mélancolies croissantes de mon mari. Cependant, il s'était remis au travail et avait repris Julia de Trécoeur, commencée avant la guerre ; mais il était frappé de l'idée , qu' ébranlé par tant d'émotions successives, il ne pourrait plus rien écrire de bon, que le succès était perdu pour lui comme le reste !
Presque chaque jour, il me faisait la lecture des pages écrites. J'essayais de le relever par mes compliments. Parfois, je réussissais , alors il me disait :
« -Tu es un bon public et je t'aime bien ! »

Julia de Trécoeur parut enfin (1872) et son succès ressuscita son auteur.

Cette oeuvre, très éloignée de la fadeur du célèbre Roman d'un jeune homme pauvre, a des accents aurevilliens. Jugez plutôt:

Raoul de Trécoeur, destiné à la célébrité par ses dons remarquables, mourut en pleine jeunesse « sans avoir rien laissé d'autre qu'une centaine de vers et deux ou trois esquisses »
Il avait épousé à 25 ans sa cousine Clotilde Andrée de Pers, brisée par ses frasques, mais toujours fidèle.
Leur fille, Julia, gâtée à outrance par son père, fantasque, « véritable petite peste » pour les amies de sa mère, le pleura avec transports et voua à sa mémoire un véritable culte.
Clotilde étant veuve à 28 ans, sa mère, la baronne de Pers, qui avait son franc-parler, lui enjoignit de se remarier car « c'est encore ce qu'on a trouvé de mieux jusqu'ici pour jouir honnêtement de la vie entre gens comme il faut. »
Devant la résistance de sa fille, elle argumenta : « Tu as peur de Julia ». Pourtant, « elle sera riche de son propre chef », ; « dans deux ou trois ans, elle se mariera à son tour (je souhaite bien du plaisir à son mari , par parenthèse) et puis enfin, un beau-père n'est pas une belle-mère »
Clotilde lui avoua qu'elle avait bien un penchant, non pour son cousin Pierre, comme le supposait la baronne, mais pour l'ami de celui-ci, Monsieur de Lucan, beau ténébreux, qui, d'après elle , ne l'aimait pas.
L'enquête de la baronne dissipa un malentendu:si Monsieur de Lucan ne manifestait pas son attirance pour Clotilde, c'était par délicatesse pour son ami Pierre, qu'il croyait -à tort- épris de sa cousine. 
  1. de Lucan se déclara donc à la jolie veuve, quand, au milieu de son ravissement, elle entendit « un cri étouffé suivi ded'un bruit de chute » : celle de Julia , évanouie dans le salon voisin. Dans les yeux de l'adolescente de quinze ans, sa mère pouvait lire « une lutte de sentiments contraires. »(...) Tu me fais bien mal, dit-elle, oh bien mal ,plus que tu ne peux croire, mais je t'aime bien...je t'aime bien »

Malgré tout, le mariage eut lieu, à la condition, imposée par la jeune fille de ne pas y assister et de se retirer auparavant dans un couvent du Boulevard St Germain.
Or, la retraite de Julia se prolonge car  « l'ancienne diablesse veut se faire religieuse », ce qui ravive le chagrin de sa mère et l'ironie de sa grand-mère .Coup de théâtre ! Le bon cousin Pierre, amoureux fou du « joli monstre » souhaite l'épouser !
La veille de la prise de voile de sa fille, Clotide joue timidement les intermédiaires. « Pourquoi pas ? répondit Julia d'un ton de voix sérieux , autant lui qu'un autre »
Le mariage eut lieu dans l'intimité trois mois plus tard, Julia tint à ce que son beau-père en fût absent , puis le couple partit pour l'Italie.

Clotilde rejoignit alors son époux dans une ancienne résidence familiale, Vastville, « dont la vue , au au-delà d'un massif boisé s'étend sur les vastes landes qui forment le plateau triangulaire de la Hague ».
Conquise d'avance par l'enthousiasme de son mari, Clotilde éprouva pourtant , la nuit de son arrivée, « une impression de froid dans la sombre avenue en pente qui conduisait au château » .
Puis elle s'accoutuma à cette atmosphère romantique, contrairement à la baronne qui voyait en cette demeure « une vraie maison à crimes », semblable au « Château d'Udolphe ».

Au bout d'un an de voyage en Italie et en Suisse, et de lettres fantasques à sa mère, Julia annonça abruptement son retour , en précisant dans un post-scriptum : «Je prie Monsieur de Lucan de ne pas m'intimider »
C'est au x premiers jours de juin qu'eurent lieu les retrouvailles : une rencontre amicale bien que M . de Lucan sentît sa bru, devenue très belle, se crisper au moment du baiser de réconciliation.
D'emblée, l'atmosphère romantique du domaine plut à Julia et les journées s écoulèrent dans la bonne entente avec son beau-père ; toutefois, « quand elle ne pouvait échapper à quelques moments de tête à tête , elle laissait voir tantôt un malaise irrité, tantôt une impertinence railleuse. »

Un soir de retour de bal où le tête à tête fut inévitable, Julia déclara à son beau-père : « Vous êtes un très mauvais mari pour ma mère. Ma mère est une créature angélique, et vous, un romantique, un tourmenté. Un jour ou l'autre, vous la trahirez. »
Le lendemain, Pierre confie à son ami son malheur : sa femme est pour lui une énigme. «Je l'adore et je suis jaloux. De qui ? De Quoi ? »et il ajoute : «Si elle donnait à un autre tout ce qu'elle me refuse ! Je la tuerais »
Lucan rassure son ami : les bizarreries de la jeune femme viennent tout simplement de son imagination exaltée.
Celle-ci, un peu plus tard, ne lui confie -t-elle pas s'être imaginé, depuis le voyage en Italie, que sa grande beauté serait l'enjeu de rivalités amoureuses allant jusqu'au crime ?

Par la suite, au grand désespoir de Clotilde, Julia multiplie les incartades vis -à -vis de son beau-père . Comment interpréter ses pâleurs ses larmes, ses faiblesses qui vont jusqu'à l'évanouissement , ses paroles ambiguës, agressives ou provocantes, sa danse de bacchante, un beau soir?
M.de Lucan n'ose pas donner un nom à tous ces symptômes.. « Soyez honnête homme »   glisse la baronne de Pers à celui qui , au début de l'histoire , s'était dépeint à Pierre comme « un être né avec de détestables instincts » et, sans le secours de sa volonté, « un scélérat en puissance, comme Trécoeur »

Tous les éléments du drame sont en place.
Au cours d'une balade sur les hauteurs de la Hague, Julia entraîne son beau-père au bord de l'abîme.
« Je suis si heureuse », murmure-t-elle, « je voudrais mourir là...(...) Avec vous(...) Quelle joie... »
Troublé, Lucan résiste pourtant à son étreinte et l'entend murmurer « d'un accent doux et fier » en s'éloignant: « sans vous, alors »

Quand, au petit matin, Lucan aperçut Julia traverser la cour de Vastville, habillée comme pour monter à cheval, il prévint le comte de Moras, curieusement déjà prêt. Pierre attacha sur son ami « un regard pénétrant et visiblement troublé »
Tous deux se dirigèrent du haut des falaises : quel spectacle saisissant ! « Julia cravachait les flancs de son cheval pour hâter encore son allure vers le gouffre. »
Au moment où Lucan allait se précipiter vers la cavalière, il sentit la main la main de M. de Moras le retenir et lut dans ses yeux une « résolution inexorable ». (...)« Comprenant qu'il n'y avait plus de secret entre eux, il obéit à ce regard »
« Le cheval, fumant, cabré, se levait presque droit et se dessinait de toute sa hauteur sur le ciel gris du matin
Enfin le cheval fut vaincu, ses deux pieds de derrière quittèrent le sol et rencontrèrent l'espace. Il se renversa, ses jambes de devant battirent l'air convulsivement.
L'instant d'après , la falaise était vide. Aucun bruit ne s'était fait,.
Dans ce profond abîme, la chute et la mort avaient été silencieuses »


En 1873 , après la chute de l'Empire, Valérie Feuillet rendit visite à l'ex Impératrice Eugénie (devenue veuve) retirée en Suisse, à Arenenberg .
« Elle me parla avec bonté des travaux littéraires de mon mari, de Julia de Trécoeur, qu'elle trouvait une de ses plus belles oeuvres mais qu'elle appelait cependant un « mauvais livre »
- « On dirait, ajoutait-elle en souriant que Feuillet a voulu goûter des choses immorales.
Je suis sûr qu'il est fier d'avoir été mauvais sujet une fois dans sa vie »

Si le moralisme étroit de ce commentaire fait sourire de nos jours, le fond n'en est pas moins pertinent:dans Julia de Trécoeur se dessine le goût du Romantisme noir, le sens du secret qui parcourt Les Diaboliques de Barbey d'Aurevilly et une obscure fascination pour le mal.

M.S.
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Pour lire M. de Camors et Julia de Trécoeur:

http://beq.ebooksgratuits.com/vents-xpdf/Feuillet-Camors.pdf

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Et pour écouter, ce lien ici  et là 





10 commentaires:

  1. Coucou Miss Yves.
    Tu nous oblige à nous instruire...
    Très bon weekend. A + :))

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  2. C'est comme chez moi, il y a de la lecture ce matin.
    LE château transformé est du plus bel effet, et la Campagne de Valérie est bien belle.
    Je repasse ce tantôt, plus le temps maintenant.

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  3. indigestion de verdure.. jamais!

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  4. La maison actuelle me plairait presque plus que le château d'autrefois.

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  5. Je vais revenir ce soir pour lire tranquillement :-)

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  6. Tu m donnes vraiment envie de lire. J'ai parcouru Mr de Camors, je crois que ça va me plaire.
    Le hic est qu'il faudrait que j'ai le temps. Peut-être une nuit d'insomnie. C'est super de pouvoir lire sur ordi.
    C'est vrai que la maison est plus belle que le château, mais bonjour les carreaux à faire !

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  7. Au fait je t'ai répondu sur mon blog.
    J'ai entendu tout l l'heure à la radio que plus cela allait plus il y avaient de gens qui avait envie d'éacrire, j'ai du attraper la maladie.

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  8. Je t'ai encore répondu sur mon blog, mais tu as raison l'écran d'un ordi ne vaut un bouquin.
    Bons week-end !

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  9. Pour tout à l'heure sur le canapé après la tonte de l'herbe.

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