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mardi, mars 01, 2016

Coups de coeur au musée

Les coups de cœur
d'un dimanche au musée des Beaux-Arts.

Si collectionner rime souvent avec «spéculer », ce n'est pas le cas de Daniel Hurstel, avocat d'affaire parisien qui, depuis une trentaine d'années s'adonne à cette activité sans but mercantile, se définissant, non pas comme un collectionneur, mais comme « un amateur qui accumule les coups de cœur ».
Son fil directeur ? L'éclectisme: techniques et styles divers ( photographie, peinture figurative ou abstraite), artistes variés, célèbres ou inconnus. Le mode d'acquisition des œuvres diffère lui aussi : parfois achetées directement aux artistes, le plus souvent à des galeristes.
Daniel Hurstel prête pour la première fois sa collection, dont certaines pièces avaient déjà été exposées au Grand Palais. C'est grâce à l'entregent de M. Valentin Goëthals, conseiller municipal délégué au patrimoine et à la culture que le public pourra apprécier cette collection, visible du 17 septembre au 20 décembre 2015. Elle provient de son appartement parisien du XVème arrondissement et de son château près de Lyon, ouvert à la visite et aux manifestations culturelles.

Ces explications ont été données par M. Robert Blaizeau (nommé  conservateur des musées municipaux  de Saint-Lô  en préambule à la visite guidée qu'il organisait, le dimanche 11 septembre, à laquelle assistaient 45 personnes, pour moitié, des adhérents de notre association.
Entré en fonctions le 1er septembre, le nouveau conservateur a bien sûr procédé à l'accrochage .
Plutôt que se laisser guider par le collectionneur, l'option retenue par l'équipe du musée a été d'appliquer ses propres critères : le résultat, approuvé par Daniel Hurstel n'a donné lieu qu'à d'infimes retouches.

Quels choix ont donc déterminé l'accrochage ?



Un jeu sur la verticalité rythme le grand mur de gauche (en direction de la salle des tapisseries) Aux lignes de force de la scène de Bagarre d'Hervé Ingrand répondent les arêtes des livres d'une photographie anonyme et un diptyque de Daniel Clarke, scène de plage avec des cabines de bain, en écho avec le grand tableau d'Eugène Boudin que possède notre musée.
Sur le mur qui clôt partiellement l'espace d'exposition s'accumulent des portraits, ou paradoxale- -ment, des anti-portraits puisque les codes du genre sont subvertis.


Exemple le plus significatif, une toile de Georg Baselitz, peinte à l'envers, caractéristique de sa manière.
Significative également, une œuvre d'Annette Messager, technique mixte, où des superpositions de gazes créent un effet de relief et laissent deviner un visage de trois-quarts, balafré de coulures rouge sang. Le fond, dans des tonalités de gris et de noir traduit l'univers oppressant de cette artiste .
Isolé sur le mur de droite trône le tableau préféré du collectionneur, mis ainsi à l'honneur à sa demande, Frère et sœur, de Claire Tabouret, artiste française peu connue jusqu'à ce que son travail entre dans la prestigieuse collection de François Pinault.



La question du Sacré est posée dans un recoin aménagé dans le même espace, avec deux photographies d'Andres Serrano :The Church, et Church Trinity . Le visage du moine âgé de la première photo, valorisé par le clair-obscur répond à la photographie anonyme qui plus loin lui fait face, un élégant Portrait de femme finlandaise, reproduction d'un tableau de l'Ecole du Nord . Le problème du flou est suggéré dans l'huile sur toile de Carole Benzaken, Etamin 2, proche de l'abstraction.


Voici la toute dernière acquisition du collectionneur, Carafe, une photographie de V. Belin qui, par ses contrastes entre les verres du premier et de l'arrière-plan rend monumental un objet du quotidien. A proximité, voilà le premier tableau acheté pour la collection, Abstraction Bleu , de Pierre Celice.
Au centre de la salle est exposé sous vitrine un livre d'art d'Anselme Kiefer qui se déploie hors d'un boîtier de métal, tandis que des grains de sable collés sur les pages les fragilisent.

L'éclectisme est bien le maître mot de la collection : François Morellet, célèbre partisan de l'abstraction géométrique au XXème siècle côtoie Paul Nicolas, artiste dont le talent prometteur ne s'est pas épanoui. Son huile sur toile, April avait été achetée au peintre dans sa phase ascendante, alors qu'il fréquentait l'école des Beaux-Arts de Paris.



Cette visite, dynamique et pédagogique a constitué un véritable coup de cœur pour le public, enchanté à l'idée que Daniel Hurstel vienne lui-même commenter sa collection, le 4 novembre au soir.


M. Simon.



6 commentaires:

  1. j'aime beaucoup la formule : « un amateur qui accumule les coups de cœur » qui devrait être la seul raison d'être du collectionneur ...
    Belle exposition Miss-Yves, merci de nous la faire partager

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  2. Un très bel article de référence, j'aimerais bien savoir quelles toiles ont été exposées au Grand Palais... Les commentaires du collectionneur seront passionnants à entendre. C'est un mécène d'aujourd'hui, je me demande s'il a des liens privilégiés avec les artistes (j'avais vu l'exposition au Grd Palais consacrée à la famille de collectionneurs Stein dont surtout Gertrude)

    http://www.grandpalais.fr/fr/evenement/matisse-cezanne-picasso-laventure-des-stein

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  3. je viens de finir mes lectures des 2 derniers messages.. Bravo Miss pour tout ce travail de synthèse et de présentation. tout est très très intéressant et j'aime carrément beaucoup cette série.

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  4. Tes explications sont plus emballantes que les tableaux.

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  5. Coucou Miss Yves.
    Il y à toujours des découvertes à faire chez toi.
    Très bonne journée, A + ♣ ☼

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  6. La meilleur façon d'aller voir une telle exposition mais souvent peu réalisable. De plus ton propre exposé est excellent.

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