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dimanche, septembre 23, 2007

Blanchelande

1852- L'Ensorcelée

'Chapitre II- Un voyageur- dans lequel on pourra reconnaître l'auteur, en quête des récits , traditions et légendes du Cotentin- traverse l'inquiétante lande de Lessay sous la conduite de maître Louis Tainnebouy (dont le nom rappelle celui d'un des fermiers du père de Barbey: Dennebouy).

"Il y avait à peu près une heure que nous chevauchions dans la lande, et le brouillard avait fini par nous envelopper complètement de son réseau diaphane.La lune filtrait dans la vapeur une lumière pâle et incertaine " (p.57, GF)

Tout à coup , la Blanche, jument de Maître Tainnebouy trébucha et se mit à boiter, accident attribué à un sort jeté par l'un "de ces bergers errants qui se taisent sur leurs origines , et qui se louent pour un mois ou deux dans les fermes , tantôt plus, tantôt moins "Contraints à une halte, le voyageur et son guide sont amenés à évoquer la guerre des chouans , le fameux Des Touches , le combat de la Fosse , près de Saint-Lô , l'intrépide Bras-de-Violon dont maître Tainnebouy est le neveu . Or, au dernier coup de minuit résonnent les neuf coups d'une cloche de mauvais présage :

-"  C'est la cloche de Blanchelande qui sonne la messe de l'abbé de la Croix-Jugan (...) Une messe des morts sans répons et sans assistance , une terrible et horrible messe, si ce qu'on en rapporte est vrai ".

 Ainsi se mettent en place dans ce roman la structure narrative des récits emboités, chère à Barbey , la nostalgie d'une époque révolue ( la chouannerie), le personnage et la messe de l'abbé de la Croix -Jugan (titre initial) et le thème ambigu de la sorcellerie .

En 1849, Barbey envisage de créer un ensemble romanesque- qui s'intitulerait Ouest sur
la Normandie à l'époque de la Chouannerie . Pour ce faire, il demande à Trébutien de chercher dans Gerville, Caumont, Cassini, des informations sur l'abbaye de Blanchelande, la lande et l'abbaye de Lessay, La Haye -du- Puits, de même que sur "Les récits, les traditions domestiques, les choses qu'on se raconte de génération en génération , les commérages, tout ce qui peut bien ne pas avoir l'exactitude bête du fait brut , mais qui a la grande vérité humaine d'imagination, le sentiment de la réalité de moeurs et d'histoire "

Négligeant "l'exactitude bête du fait brut", Barbey combine donc réalité, fiction, souvenirs et poésie, notamment dans la peinture des lieux du roman : c'est le cas le vieux presbytère, mais aussi "de la terrible lande de Lessay dont j'ai tant entendu parler dans mon enfance" qu'il recompose à partir de la lande de Mortefemme, à Vindefontaine.3-La butte des bergers à Vindefontaine (L'ensorcelée)

" Le Hardouey y atteignait un de ces replis de terrain que j'avais, si je me rappelle, remarqués dans ma traversée avec Louis Tainnebouy, et il avisa, très bien cachés par ce mouvement du sol, comme une barque est cachée par une houle, trois mauvaises mines d'hommes couchéscomme des reptiles " .

       L'un d'eux- "le pâtre rencontré par Jeanne sous la porte du vieux presbytère " lui montre, dans un miroir, Jeanne et l'abbé de la Croix-Jugan en train de tourner-horrible spectacle- un coeur à la broche !
GF p.173, p.179)

-"Vère, c'est un coeur qu'ils cuisent, fit le pâtre , et ch'est levôtre, maître Thomas le Hardouey !"
2-l'abbaye de Blanchelande
-

Cette photo, prise au crépuscule, n'évoque-t-elle pas le lavoir d'où le maléfique berger retire la coiffe de Jeanne Le Hardouey et "supe" "l'ieau de mort" ?

"Et de fait, le lavoir, encaissé , encaissé par un côté dans l'herbe, étincelait sous de beaux reflets d'agate, sous le ciel d'opale d'une aube d'été. Sa surface lisse et pure n'avait ni une ride , ni une tache, ni une vapeur. Quant à l'autre côté du lavoir, comme l'eau de pluie qui le formait n'était pas contenue par un bassin pavé à cet effet, elle allait se perdre dans une espèce de grand fossé couvert de joncs, de cresson et de nénuphars"(G.F. p.189)





1- l'entrée de l'abbaye
"Plus tard, j'ai voulu me justifier ma croyance, par une suite des habitudes et des manies de ce triste temps, et je revins vivre quelques mois dans les environs de Blanchelande. J'étais déterminé à passer une nuit aux trous du portail, comme Pierre Cloud, le forgeron, et à voir de mes yeux ce qu'il avait vu .Mais comme les époques étaient fort irrégulières et distantes auxquelles sonnaient les neuf coups de la messe de l'abbé de la Croix-Jugan, quoiqu'on les entendît retentir parfois encore, me dirent les anciens du pays , mes affaires m'ayant obligé à quitter la contrée, je ne pus jamais réaliser mon projet ."(G.F.p.250)

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