Dernière rencontre et débat
à propos de:
le guide et la danseuse , écrit par R. KNarayan , traduit de l'anglais.
L'auteur, romancier nouvelliste (1906-2001) qui allie "l'art minutieux d'un Tchékov et la force d'un Faulkner" fait dire au narrateur:
"Je suis arrivé à la conclusion que rien en ce monde ne peut être caché ou supprimé, c'est comme si on tentait de masquer le soleil avec une ombrelle"
Ce roman, très agréable à lire, a suscité des jugements contrastés sur le personnage principal,
Raju du chemin de fer, autrefois guide touristique improvisé, devenu par un concours de circonstances, guide spirituel , après avoir fait de deux ans de prison .
Personnage sympathique ou non? Imposteur ou simple affabulateur ? Peut -on faire le bien en répondant tout bonnement à ce que les autres attendent de vous?
Qu'est-ce qu'un sage ?
Et que penser de l' illumination éprouvée par Raju à la fin de son jeûne forcé ?
Simple signe de faiblesse ou bien, comme dans le pari pascalien Raju devient-il croyant, à force d'accomplir les gestes de la piété ?
J'ai personnellement beaucoup aimé ce roman et le personnage principal- imposteur , certes, mais sympathique, par sa débrouillardise, mélange amusant de mauvaise foi et de lucidité , comme le souligne le narrateur .
Un exemple, lorsque Raju incite les villageois à accompagner leurs enfants aux cours du soir qu'il a amené l'instituteur à donner bénévolement:
"D'ailleurs, vous aussi tirerez profit de ces leçons si vous ouvrez vos oreilles...On va loin quand on ouvre ses oreilles et qu'on ferme sa bouche...ajouta-t-il , improvisant un brillant aphorisme"
(...)
"Tout en parlant, il ne put s'empêcher de se dire qu'il donnait des ordres au maître qui n'avait nul besoin de lui obéir, qu'il s'agissait d'enfants qui n'étaient pas à lui et qu'il désignait une lampe qui ne lui appartenait pas."
Notons que le titre original , traduit en anglais était "The guide""(le guide"), la danseuse paraissant alors accessoire dans l'itinéraire de Raju, pour qui , cependant, rien ne serait arrivé sans Rosie ( alias la danseuse Nalini, dangereuse femme-serpent ,selon la mère du jeune homme)
Les relations orageuses entre Rosie, son mari archéologue comparé à "Marco Polo"et Raju (admirateur/amant/imprésario) apportent une touche comique, digne d'un vaudeville.
Rosie/ Nalini, quant à elle, voit leur histoire autrement:" J'ai toujours pensé que tu n'agissais pas comme il fallait. C'est notre Karma. Que pouvons-nous y faire ?"
Dès le premier chapitre alors que Raju, réfugié dans un temple , est pris pour un Swami (guide, guru ) par un villageois, présent et passé alternent ou s'entrecroisent, ce qui souligne la permanence de sa personnalité: serviable, combinant mensonges pieux et système D, et ce, jusqu'en prison.
"Oubliez les murs et vous serez heureux" conseille -t-il aux détenus.
Au-delà du simple opportunisme, n'est-ce pas une leçon de sagesse ?
Et , dans le dialogue suivant, au tout dernier chapitre, se dessine l'humour ambigu du narrateur:
-" Avez-vous toujours été un yogi ?
- Oui, plus ou moins"
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30
Je suis sorti tout seul pour aller à ce rendez-vous.
Mais qui donc est celui qui me suit dans l'obscurité silencieuse?
Je m'écarte pour éviter sa présence mais je ne lui échappe pas.
Il fait se soulever la poussière avec ses fanfaronnades.
Il double de sa voix bruyante chaque parole que je dis.
Il est mon propre moi misérable, ô Seigneur! Il ne connaît aucune honte; mais j'ai honte de venir à ta porte en sa compagnie"
Rabindranath Tagore, l'Offrande lyrique , Traduit de l'anglais par André Gide, Poésie Gallimard
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