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mardi, avril 17, 2012

Rencontre avec Maylis de Kérangal


Vendredi 6 avril 2012, à la médiathèque, Maylis de Kérangal a répondu aux questions de Pascale Navet avec  une  gentillesse et un  naturel qui n'excluaient nullement la rigueur.

Dans l'après-midi, elle avait rencontré  des lycéens de seconde qui ,  avec  leur professeur avaient travaillé sur le projet"Ecrire avec, lire pour",  cette  demande de collaboration est parmi celles qu'elle privilégie.




 Il a d'abord été question de  son parcours : avant de publier ses deux premiers romans  aux éditions Verticales , elle a édité des guides de voyages issus de  la collection Gallimard découvertes,   et  a créé les éditions du Baron Perché .

Editrice pour la jeunesse, elle a également écrit un livre "un peu spécial" aux illustrations très douces, Nina et les oreillers,  "qui aurait dû être co- signé à deux"  car  nous confie-t-elle ,  le véritable auteur est  sa fille qui un beau jour a eu cette idée géniale "depuis que j'ai un nouveau matelas, je fais des rêves nouveaux"

 Trois   romans , de 2000 à 2008 ( Je marche sous un ciel de traîne, La vie  voyageuse, Corniche Kennedy)  un ouvrage collectif sur Les Femmes et le sport  plus  un recueil de nouvelles (  ni fleurs ni couronnes) ont précédé le très remarqué Naissance d'un pont,  couronné en 2010 par  le Prix  Médicis, qualifié de "roman-fleuve à l'américaine" .





A la question de Pascale:"Y a -t-il un point commun entre ces différents romans  et le dernier, "Tangente vers l'Est" ,  Maylis de Kérangal parle de son "besoin de maîtriser l'espace pour écrire", de la différence de son  utilisation  littéraire dans les premiers,  où les lieux- lieux du passé-  servent de cadre et les suivants où ce sont  les lieux  qui  conduisent le récit.
Dans les deux cas, sa relation à la géographie est essentielle.
 Elle met en scène  de façon récurrente, un personnage qui rêve de prendre la fuite.  Ce qui l'intéresse dans ce type, ce n'est pas" le fait de  se dérober, mais la ligne d'imaginaire, les points de fuite  qui se déroulent  ,comme dans l'architecture". 

Autre différence:" la traçabilité biographique", perceptible du moins  pour les proches de  l'auteur, disparaît à partir de  Ni fleurs, ni couronnes .

Si autoportrait il y a , déclare-elle, " c'est sans correspondance factuelle: je suis un peu dans tous mes personnages, actions ou faits"




 Pascale Navet a souligné cette  "écriture alerte, incisive, reconnaissable  comme les premières mesures d'une chanson",  et a enchaîné sur le défi qu'a représenté Naissance d'un Pont .



Bien que née au Havre, à l'ombre des ponts de Tancarville et de Normandie, Maylis de Kérangal  précise qu'elle était  la personne la moins indiquée, la moins armée pour parler architecture, béton,  travaux publics.
Il lui a fallu se plonger dans une énorme documentation  qui,une fois assimilée, maîtrisée, a pu devenir  langue poétique et épopée.

 Son désir de vivre  l'aventure l'a menée jusqu' au pont de San Francisco. Les récits de sa construction et les mythes amérindiens amalgamés à d'autres histoires de ponts
 ont   indirectement nourri  son  propos:  "Pourquoi un pont ? Comment, de deux entités, de deux paysages , un troisième paysage peut-il naître?

 De ce rapport dialectique,de  cette tension découle  la construction du livre:  de petits chapitres non numérotés, qui suivent la construction du pont et  au milieu desquels apparaît un moment non linéaire, le récit mythique de la ville de Coca.

« À l’aube du second jour, quand soudain les buildings de Coca montent, perpendiculaires à la surface du fleuve, c’est un autre homme qui sort des bois, c’est un homme hors de lui, c’est un meurtrier en puissance. Le soleil se lève, il ricoche contre les façades de verre et d’acier, irise les nappes d’hydrocarbures moirées arc-en-ciel qui auréolent les eaux, et les plaques de métal taillées en triangle qui festonnent le bordé de la pirogue, rutilant dans la lumière, dessinent une mâchoire ouverte. » 

Qu'un  événement aussi insignifiant qu'un vol d'oiseaux protégés puisse  enrayer le mécanisme  prodigieux de  la  construction du pont  est un  élément fascinant pour une romancière.
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Autre défi  pour  son dernier ouvrage,

"Tangente vers l'Est"
 qui correspond à une commande

 A l'origine, un voyage organisé en 2010  pour l'année  France- Russie par le  transsibérien   -auquel étaient invités  plusieurs écrivains.

 De son journal de bord, Maylis de Kérangal, à la demande de France culture, a tiré la matière d'une série d'émissions en  5 heures et demie de temps radiophonique diffusées du lundi au vendredi.



Puis, un an après,  à partir de ce  texte écrit pour être lu  de sa propre voix, elle a composé un court roman construit  selon un parallèle qui crée une tension:
Kaliocha, un jeune conscrit russe qui  échafaude un plan avec ses camarades pour échapper à l'armée rencontre Hélène,  qui elle, veut échapper à son compagnon.




P. N.-"Le rythme du récit  adopte celui du  train. C'est comme les battements d'un coeur"

M de K  -"Le transsibérien est un train assez lent (60 Km à l'heure) , c'est un rythme inexorable, mais lent. On éprouve  de l'engourdissement , un vertige monotone. 
C'est une expérience spatio- temporelle particulière , je n'aurais pas écrit ce texte sans avoir fait ce voyage"


Page 32 : « Aliocha est là en bonne place qui croise les bras sur son tee-shirt, et rit lui aussi, un rire forcé, râpeux dans sa gorge serrée. Il n’a rien enfilé avant de descendre, n’a pas même pris son sac de peur d’attirer l’attention, il est le plus léger possible, rien dans les mains, rien dans les poches, délesté de tout ce qui lui donnerait un nom – a plié la photo de sa mère au fond de sa chaussure – mais pourvu d’un téléphone portable, d’un chargeur et de cent roubles ; le jeune conscrit désespéré n’existe plus, c’est un autre homme. »
 Le paysage, lui, défile. Jour, nuit. La forêt russe à perte de vue. Et ce train, imperturbable.
Page 45 : « [...] la forêt se dresse dans la lumière rasante du premier jour, et c’est encore la même forêt, les mêmes arbres élancés, les mêmes, fûts orangés, une forêt identique à ce point à elle-même c’est à devenir dingue, on aura beau apercevoir une rivière qui sourd sous la glace, des buissons de fleurs pâles, de la neige en plaques marronnasses le long de la piste boueuse, des toits, des palissades, c’est  la même forêt, encore et encore, non plus l’océan mais la peau de la Terre, l’épiderme de la Russie, les griffes et la soie [...] »
http://www.nrblog.fr/quatrieme-de-couv/2012/01/19/prendre-la-tangente-avec-maylis-de-kerangal/


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 Les lectures préparées par les Haut Parleurs ont contribué au plaisir de cette rencontre   .

M. S.
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A écouter:

mercredi, mai 18, 2011

Un écrivain cavalier (2/2)


C'est grâce à la ténacité de  Madame Suzanne Leclerc , présidente des amis des musées,qui avait écrit , à Jérôme Garcin au Nouvel Observateur, un an auparavant , qu'une date a pu être trouvée pour cette invitation. La causerie-débat devait avoir pour sujet l'Ecuyer mirobolant , paru  en 2010 mais a été  bien sûr  élargie à Olivier, publié depuis .

Ma première question a concerné le genre de cet ouvrage consacré à Etienne Beudant: est-ce bien un roman, comme il est mentionné sur la couverture,  ne serait-ce  pas  plutôt une biographie, voire   une autobiographie déguisée ?
Question assez paradoxale, certes, mais suscitée par cette réflexion du personnage principal sur l'écriture:"Il hésitait entre le traité et l'autobiographie, entre la première et la troisième personne".

-  Légèrement  surpris, Jérôme Garcin a affirmé qu'il s'agit incontestablement d'un  roman , le personnage  évoqué étant  si peu connu que l'on peut   combler les blancs de la biographie,broder, inventer . Par exemple, cette rencontre impossible chronologiquement  , pendant l'exposition de Chicago,entre Beudant et  Calamity Jane .Ou , invraisemblables , les face-à face  avec Liautey,  assorties  de conversations complices "malgré tout ce qui les séparait, les origines sociales, la hiérarchie militaire, le tempérament ".
-Cependant, a reconnu volontiers l'écrivain , il est indéniable que des éléments personnels  ont nourri ce portrait fictif: l'amour  et le respect des chevaux, une éthique qui fait  dire  au jeune capitaine et à l'illustre maréchal que" l'on ne préside pas  aux destinées d'un pays (Ici, le Maroc), si l'on ne sait monter". Et notre invité de  d'élargir le propos, passant du Maroc du début du siècle  à la France contemporaine  ,  de soutenir - mi sérieux, mi badin - que des cours d'équitation devraient figurer au programme des écoles destinées à  former les élites de notre pays !

 - J'avais  également été sensible au fait qu'un personnage secondaire-mais l'est-il vraiment, lui qui adopte Vallerine , la jument égarée d'Etienne Beudant  et qui devient l'héritier spirituel de son traité - se prénomme Philippe...
- A la fois souriant et ému, Jérôme Garcin a évoqué ce prénom , qui est   non seulement celui de son père, victime  à 45 ans, d'un cheval tueur, mais encore le patronyme de son  épouse Anne-Marie Philip(pe) , fille de  Gérard Philippe, décédé à 37 ans .
Jérôme, adolescent, avait noué une correspondance avec Anne Philippe, après avoir lu  avec émotion Le temps d 'un soupir;  (sans savoir que l'auteur  était la veuve du comédien ) , des invitations chez celle-ci devaient  aboutir   au coup de foudre du  jeune homme pour  Anne-Marie , grande  et fière jeune fille aux  hautes cuissardes  comme  celles que portait son père dans le rôle du Cid .

Aussi la boîte aux lettres  de l'écrivain  réunit-elle   aujourd'hui deux patronymes ,Philippe Garcin , reconstituant  le nom de son propre père.... Signe du destin ?





Pour faire la transition entre l' Ecuyer mirobolant et Olivier, Jean-Noël  Bernicot a lu, de facàon sobre et convaincante, un passage clef du premier ouvrage ;  un même travail de mise en voix devait conclure la causerie autour du   deuxième livre,  Olivier.

la  dénomination de érécit"   n'est-elle pas  limitative ? D'autres termes ne pourraient-ils pas convenir?
Confession ?Lamento ? Essai sur la gémellité ?Peut-on vraiment  parler de confession- qui suppose une culpabilité ? En quoi peut-on se sentir coupable de la mort de son jumeau ?

A toutes ces questions, Jérôme Garcin  a répondu avec autant de pudeur que de sincérité, parlant de la culpabilité du survivant , de sa quête des doubles de substitution- son épouse Anne-Marie ," jumelle positive ",  Bartabas -  de l'écriture  tâtonnante de ce texte, dialogue imaginaire avec son jumeau de plus en plus présent avec les années,  "bilan provisoire" du sens à donner à son intimité  avec le cheval.

"J'ai peiné à chaque phrase de ce livre, me maudissant de l'avoir commencé" ,  ce commentaire concerne aussi bien la chute  de cheval  qu 'Olivier, et pourtant, parce que "l'écriture n'est pas si différente de l'équitation", la conclusion de ce travail tant thérapeutique qu'artistique pourrait être cette  belle  phrase :"Avec lui , je galope en arrière dans la poussière du temps".

L'humanité, la simplicité, la courtoise de Jérôme Garcin ainsi que son sens  très vif de l'humour ont conquis l 'auditoire qui lui a posé de nombreuses  questions: d'où lui venait son amour des livres ? Où et comment écrivait-il ?Quel sera le sujet de son prochain roman ?

-Cet amour des livres- qui l'a  d'ailleurs sauvé- il le doit à son père ,  éditeur de son métier, et à la fréquentation  familière des écrivains "à qui, enfant,  il passait les cacahuètes à l'heure de l'apéritif "
 -Impossible d'écrire à Paris , et "si je ne monte pas à cheval,je ne peux pas écrire une ligne".
- Concession accordée  à ceux qui trouvent  que  toujours parler de sa passion traduit quelque  folie, le prochain roman ne parlera pas de chevaux!

         L'écrivain cavalier tiendra t-il  vraiment ce pari  ?


M.S.


lundi, mai 16, 2011

Rencontre littéraire au haras (1/2)



Samedi 9 mars 2011, un hôte de marque était attendu à l'écurie Numéro 5 du haras national :
  l'écrivain  Jérôme Garcin, venu parler de son roman L'écuyer mirobolant (Gallimard  2010) consacré à Etienne Beudant, ainsi que  de son dernier ouvrage , Olivier, récit autobiographique publié chez Gallimard en 2011.

Un lieu accordé à  la passion de Jérôme Garcin pour les chevaux et que celui -ci avait d'ailleurs eu l'occasion de visiter , à l'âge de dix ans en compagnie de son père. Il y avait assisté pour la première fois à une saillie et en avait été fortement impressionné. Non sans malice, l'écrivain s'est étonné  - et amusé- de la fréquente reconversion d'anciens couvents   voués à la chasteté en haras voués... à la reproduction.

Dans  La chute de cheval , (paru en 1998 chez Gallimard et réédité dans Le  livre de poche avec une postface  essentielle écrite en 1999), Jérôme Garcin évoquait  un double traumatisme: en 1973, la mort de son père, tué, à 45 ans  par un cheval vicieux, et celle de son frère jumeau, Olivier,  fauché  en 1962 à  l'âge de six ans  sous ses yeux et ceux  de ses parents par un chauffard. .
Deux drames qui l'ont fragilisé, persuadé qu' à tout instant un père pouvait être enlevé à sa famille, un frère arraché à son  besson, le rendant sensible aux signes auxquels il refuse une signification religieuse, mais qu'il souligne, assemble, recompose dans sa création littéraire.Si ces deux épisodes tragiques  n'apparaissent explicitement qu'au deuxième chapitre de ce recueil, et comme incidemment,  parmi des textes consacrés au cheval dans l'art équestre , la peinture  la littérature et la vie, ils  en sont  bel et bien   le moteur . En effet, après l'accident de son père, et un  rejet inconscient des chevaux  pendant vingt ans, l'auteur les a redécouverts grâce l'attirance de son fils pour cet animal transformant   ainsi les fantômes du passé en "une promesse d'avenir". Le lieu  de cette redécouverte, Ouilly -du-Houley fait écho à celui où  dans la fiction de l'écuyer mirobolant , un  certain Philippe  Meurdrac (au  prénom prédestiné et doublement cher à notre auteur..)  découvre enfin  l'identité de  Vallerine, la jument d'Etienne Beudant, qu'il avait trouvée  du côté de chez Julien Gracq à Saint-Florent -Le Vieil, le 22 juin 1940, en pleine débâcle.

Le chapitre de la Chute de cheval joliment intitulé "Un rêve passe, il va l' amble" fait écho au dernier chapitre de l'Ecuyer mirobolant,dans lequel, à la faveur de la naissance d'un poulain, Philippe âgé de quarante ans-en 1962- revient sur cette   rencontre décisive,   sur le sens sa vie, et comprend  en relisant extérieur et Haute école, le traité de Beudant "que rien n'effacerait jamais les traces des chevaux sur la terre des hommes".



(A suivre)






M. Vignaut, directeur du haras, ravi  de recevoir une personnalité aussi attachée à l'univers  du cheval  que Jérôme Garcin ,avait obligeamment mis à notre disposition l'écurie numéro cinq  , et  Mme Catherine Barbey, directrice de l'Office du tourisme avait excellemment préparé cette rencontre, avec l'aide précieuse des services technique de la ville.


Signe faste ?Cette rencontre littéraire coïncidait avec la reprise des visites guidées du haras.

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Signes, fils et tissages:

Le journal Ouest France publiait le même jour un article sur la publication  aux éditions José Corti des Manuscrits de guerre de Julien Gracq.(né en 1940 à Saint -Florent-le -Vieil, mort à Angers en 2007)
Il s'agit de son journal de guerre, rédigé au retour de captivité en 1942, découvert à la BNF par Bernild Boie, l'éditrice de Gracq à la Pléiade.
Dans ce cahier d'écolier rouge, de marque Conquérant, Louis Poirier, qui n'avait pas encore pris le nom de plume qu'on lui connaît, raconte en 77 pages trois semaines de campagne en Flandre, débâcle parachevée le 2 juin 1940,avec la défaite de sa section 
Or,  c'est en pleine débâcle,à l'entrée de St -Florent le 21 juin 1940 que Vallerine fausse compagnie à Madame Lajoinie qui devait restituer la jument à son maître, le capitaine Beudant...Disparition inexplicable,inexpliquée, dont on découvrira , au dernier chapitre  quel  cadeau prédestiné a été fait , mystérieusement, à Philippe Meurdrac, devenu , à 17 ans, puis 22 ans plus tard, le fils spirituel  que rêvait d'avoir  l'Ecuyer mirobolant .

" Un Fabuleux cadeau  de Gracq  à ses lecteurs", commente joliment Daniel Morvan dans O.F, ce 9 mars 2011, jour  où nous recevions au haras, un peu comme chez lui,  le gracquien Jérôme Garcin .

samedi, février 12, 2011

Une rencontre avec François Bégaudeau

venu présenter son dernier roman,
La blessure la vraie (Verticales)
jeudi, 27 janvier, à la médiathèque de Saint-Lô

Pascale Navet, directrice de la médiathèque a rappelé
le contexte de cette rencontre:
François Bégaudeau  (Biographie ici)a parrainé le  projet d'écriture intitulé"Ecrire avec, lire pour"des 29 élèves d'une classe de seconde du lycée Le Verrier.
Ce projet , lancé par le rectorat de Caen, a été mis en oeuvre par le professeur de Lettres , Nicolas Guillemain et  préparé dans un atelier d'écriture animé par Guillaume Dress, à la médiathèque.

Le principe était d'écrire une nouvelle, selon des contraintes, qui, quoi qu'on en pense, favorisent la créativité.

Jugez-en:
Le personnage fictif imposé était Béatrice Merkel, Parisienne d'origine allemande, conseillère clientèle dans une banque , de droite, et propriétaire d'un chien !(Cette dernière contraint a été retenue par tous les élèves, preuve que l'on a envie de parler de ce que l'on connaît)

L'écrivain avait préalablement reçu par mail les créations des lycéens , les avait annotées pour en discuter avec eux ce jeudi.
Le but  ?Dédramatiser le rapport à l'écriture .
Un point de vue de François Bégaudeau: "faire mourir  son personnage est une solution de facilité"

Le soir, il devait animer un débat après la projection , au Cinémoviking, du documentaire réalisé par le collectif OTHON, "On est en démocratie" (ici)


Revenons à
la blessure, la vraie. (Article de Télérama ici)


Pascale Navet s'est intéressée aux raisons qui ont conduit l'auteur-à l'aube de la quarantaine- à se pencher sur ses quinze ans, sur les rapports entre narrateur adulte et  narrateur adolescent, sur les liens entre fiction et réalité- sur la dimension comique de ce roman

Voici une synthèse des réponses de son invité:

"J'avais en tête un petit récit fictionnel, qui s'est par la suite étoffé de souvenirs plus précis, relatifs à mes vacances d' adolescent dans le petit village de Saint-Michel-en -l'Herm...Et les gens de St -Michel -en-L'Herm ne comprennent pas ce qui est arrivé à leur village !"

Parmi vos personnages truculents (Jo le Tombeur, Greg le Rateau ) et vos personnages féminins certains , certaines se sont-ils, se sont -elles reconnu(e)s?
"Ce sont des greffes de personnages réels, c''est un village recomposé" ."


(Lecture d'un passage: le portrait de François, par Philippe Papin)

Le narrateur est-il François, adolescent de 15 ans ou Bégaudeau qui regarde François ?
"Je n'adhère pas tout à fait au contrat de lecture reposant sur une identification du lecteur au personnage.

J'avais à l'esprit  l'Enfant de Jules Vallès, et  son écriture au présent de narration : j'ai voulu me mettre à la place du narrateur de 15 ans et le signaler à mon lecteur, qui n'est pas dupe.
Le petit jeu sur"j'vois ça d'ici" permet une projection dans le futur tout en étant dans le passé.
On ne peut pas se départir de l'adulte qu'on est devenu."




Est-ce une chronique des années 80 ?"
Certes, les adolescents sont preneurs de tous les trucs à la mode.
Ils  abondent , dans cette histoire de dépucelage (Canal +, Madonna, les chaussettes Burlington, les sacs Dorothée bis) tout comme les expressions propres à une époque ("J'te raconte pas") Un tour de table entre amis m'avait  permis d'en lister une dizaine, ce qui fait de ce récit une mémoire des expressions orales .

D'autre part, que signifie "être de son temps" ? A l'époque de la guerre au Liban, dans ce village de 2000 ha en hiver (5000 en été) combien étaient "dans les années 80 ?
Une décennie n'est pas habitée par chacun. Par exemple au niveau de la musique, on écoutait Bob Marley, qui appartenait à la décennie précédente, ce n'était pas le cas des vieux-des "plus de 50 ans"-ni même le mien ou celui de mon narrateur, fan de Punk Rock (années 76 )
Aucun de nous n'habitait la même époque ."




L'adolescence: l'âge de tous les excès"?

"Incontestablement.
Sur le plan politique, j'ai été très tôt très politisé (communiste tendance léniniste) . Comme j'admirais les justiciers et que pour moi, la gauche incarnait la Justice, j'étais à la gauche de la gauche.
Dans un cerveau de quinze ans, tous les lexiques s'entrechoquent: passion politique et passion amoureuse.
Bien qu'ayant eu une éducation très féministe, le but pour un garçon de quinze ans,et pour mon personnage c'est de faire du chiffre-coucher avec le plus de filles possible- cette attitude machiste est en fait une position de faiblesse.
Même si l'amour , qui tombe du ciel apparaît comme un immense "Luna Park", l''état amoureux est  un état d'inconfort, on regrette un peu la paix d'avant.
C'est un livre sans parents, un espace créé pour la camaraderie adolescente."



L'humour est-il pour vous un ingrédient ?
"Ce n'est pas un ingrédient nécessaire, c'est un sujet central.
Fondamentalement, la littérature est  de l'ordre de l'humour: je suis contre ce cliché qui veut que la littérature ait quelque chose  à voir avec la douleur.
Même s'il y a des passages lyriques ou tragiques, j'aurais trouvé bizarre d'écrire un livre sur l'adolescence sans drôlerie".



Après cette agréable interview et cette présentation des plus sympathiques, il reste à lire ce roman dont la fin est très surprenante.

vendredi, mars 07, 2008

Jaune, conférences , Borges, Folio

12 conférences prononcées dans sa ville natale entre 1977 et 1978
Cécité



..."Je peux encore distinguer quelques couleurs, je peux encore distinguer le vert et le bleu.Il y a encore une couleur qui ne m'a jamais été infidèle, c'est le jaune . Je me souviens qu'enfant, (si ma soeur est là, elle s'en souviendra elle aussi) je m'attardais devant certaines cages du jardin zoologique de Palermo et c'étaient celles du tigre et du léopard.Je m'attardais devant l'or et le noir du tigre; aujourd'hui encore, le jaune me tient compagnie.J'ai écrit un poème qui s'intitule
:"l'or des tigres " où j'évoque cette amitié.
(...)
L'aveugle vit dans un monde assez incommode, un monde imprécis duquel émergent quelques couleurs : dans mon cas, encore le jaune, encore le bleu (mais ce bleu peut être du vert, encore le vert (mais ce vert peut être du bleu) Le blanc a disparu ou se confond avec le gris. Quant au rouge, il a complètement disparu mais j'espère qu'un jour - je suis un traitement-il y aura une amélioration et que je pourrai voir cette grande couleur, cette couleur qui resplendit dans la poésie et qui a de si beaux noms dans tant de langues . Pensons à Scharlach, en allemand, à scarlet, en anglais, escarlata, en espagnol, écarlate, en français . Mots qui tous semblent dignes de cette grande couleur. le jaune, par contre est le terme amarillo, en espagnol; yellow, en anglais, qui ressemble tellement à amarillo;je crois qu'en viel espagnol on disait amariello ."






melimailart.blogspot.com/2008/03/borgs-fictions.html

SOIS BELLE! (1)

                    Du 1er avril au 1er novembre 2026 au musée de Vire-Normandie Le titre de l'exposition est un brin provocateur (avec ...