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samedi, février 21, 2015

Planer






L’avion
    Français, qu’avez-vous fait d’Ader l’aérien ?
    Il lui restait un mot, il n’en reste plus rien.
    Quand il eut assemblé les membres de l’ascèse
    Comme ils étaient sans nom dans la langue française
    Ader devint poète et nomma l’avion.
    O peuple de Paris, vous, Marseille et Lyon,
    Vous tous fleuves français, vous françaises montagnes,
    Habitants des cités et vous, gens des campagnes,
    L’instrument à voler se nomme l’avion.
    Cette douce parole eût enchanté Villon,
    Les poètes prochains la mettront dans leurs rimes.
    Non, tes ailes, Ader, n’étaient pas anonymes.
    Lorsque pour les nommer vint le grammairien
    Forger un mot savant sans rien d’aérien,
    Où le sourd hiatus, l’âne qui l’accompagne
    Font ensemble un mot long comme un mot d’Allemagne.
    Il fallait un murmure et la voix d’Ariel
    Pour nommer l’instrument qui nous emporte au ciel.
    La plainte de la brise, un oiseau dans l’espace
    Et c’est un mot français qui dans nos bouches passe.
    L’avion ! l’avion ! qu’il monte dans les airs,
    Qu’il plane sur les monts, qu’il traverse les mers,
    Qu’il aille regarder le soleil comme Icare
    Et que plus loin encore un avion s’égare
    Et trace dans l’éther un éternel sillon
    Mais gardons-lui le nom suave d’avion
    Car du magique mot les cinq lettres habiles
    Eurent cette vertu d’ouvrir les ciels mobiles.
    Français qu’avez-vous fait d’Ader l’aérien ?
    Il lui restait un mot, il n’en reste plus rien.
    Guillaume Apollinaire, Poèmes retrouvés

mardi, mai 11, 2010

Mai




Les pétales tombés des cerisiers de mai
Sont les ongles de celle que j'ai tant aimée
les pétales flétris sont comme ses paupières .

Apollinaire, Alcools

lundi, novembre 02, 2009

Rhénane d'Automne, Apollinaire

A Toussaint-Luca

les enfants des morts vont jouer
Dans le cimetière
Martin Gertrude Hans et Henri
Nul coq n'a chanté aujourd'hui
Kirikiki

Les vieilles femmes
Tout en pleurant cheminent
Et les bons ânes
Braillent hi han et se mettent à brouter les fleurs
Des couronnes mortuaires
C'est le jour des morts et de toutes leurs âmes
Les enfants et les vieilles femmes
Allument des bougies et des cierges
Sur chaque tombe catholique
Les voiles des vieilles
Les nuages du ciel
Sont comme des barbes de biques
L'ait tremble de flammes et de prières
Le cimetière est un beau jardin
Plein de saules gris et de romarins
Il vous vient souvent des amis qu'on enterre
Ah! que vous êtes bien dans le beau cimetière
Vous mendiants morts saouls de bière
Vous les aveugles comme le destin
Et vous petits enfants morts en prière
Ah! que vous êtes bien dans le beau cimetière
Vous bourgmestres vous bateliers
Et vous conseillers de régence
Vous aussi tziganes sans papiers
La vie vous pourrit dans la panse
La croix vous pousse entre les pieds
Le vent du Rhin ulule avec tous les hiboux
Il éteint les cierges que toujours les enfants rallument
Et les feuilles mortes
Viennent couvrir les morts
Des enfants morts parlent parfois avec leur mère
Et des mortes parfois voudraient bien revenir
Oh! je ne veux pas que tu sortes
L'automne est plein de mains coupées
Non non ce sont des feuilles mortes
Ce sont les mains des chères mortes
Ce sont tes mains coupées
Nous avons tant pleuré aujourd'hui
Avec ces morts leurs enfants et les vieilles femmes
Sous le ciel sans soleil
Au cimetière plein de flammes
Puis dans le vent nous nous en retournâmes
A nos pieds roulaient des châtaignes
Dont les bogues étaient
Comme le coeur blessé de la madone
Dont on doute si elle eut la peau
Couleur des châtaignes d'automne
Alcools

vendredi, février 13, 2009

Bleu, indigo, pastel , tournesol, Bleu de Prusse


Lessivé, le ciel gris ,
passé au bleu.
Et resplendit un décor
Blanc comme neige
Miss Yves


A Irène Lagut*

Il  neige et cette nuit est très noire très noire
R ien ne nous fait plaisir si vous n'êtes pas là
E t nous nous embêtons de façon péremptoire
N e reviendrez-vous pas ô belles dents d'ivoire
E merveillements d'yeux voix qui donnez de la

Guillaume Apollinaire

*"Irène Lagut réalisa deux portraits du poète avec la tête bandée, suite à sa blessure à la tête par un éclat d'obus en 1916. Le tableau est accompagné de l'inscription:"Bonjour, mon poète, je me souviens de votre voix."
Apollinaire organisa une exposition pour Irène Lagut en 1917; il préfaça le catalogue et écrivit des calligrammes à cette occasion "


Lu dans lettres d'Adieu, textes réunis et présentés par
Agathe Colombier Hochberg , Hugo et CieP.140

vendredi, février 06, 2009

Un soupçon de neige



La blanche neige

Les anges les anges dans le ciel/
l'un est vêtu en officier/
L'un est vêtu en cuisinier/
Et les autres chantent /

Bel officier couleur du ciel /
le doux printemps longtemps après Noël/
Te médaillera d'un beau soleil/
D'un beau soleil/

Le cuisinier plume ses oies/
Ah! Tombe Neige/
Tombe et que n'ai-je /
Ma bien -aimée entre mes bras /

Guillaume Apollinaire, Alcools






















" Il secoue ses pattes
surpris, mon chat sur le seuil
première neige"

Miss Yves

Poète de l'automne, Guillaume Apollinaire a également écrit de jolis vers
sur l'hiver :

Marie
"Les brebis s'en vont dans la neige
flocons de laine et ceux d'argent
Des soldats passent et que n'ai-je
Un coeur à moi ce coeur changeant
changeant et puis encor que sais-je "



(Billet 505)


Monet au fil de l'eau

                                                                         Nymphéas                                                           ...