L'artiste collectionneur Gaspare Manos a livré les clés de son processus créatif à 28 adhérents des amis des musées. L'enfant qui jadis jouait avec les statuettes, les vases asiatiques collectés par ses parents diplomates en Thaïlande, puis en contact étroit avec la civilisation africaine s'émerveille aujourd'hui de voir ces simples objets entrer au musée. Mi-abstrait, mi-figuratif, l'artiste a intégré dans son oeuvre les entailles de masques, les scarifications africaines, les glacis de poteries, devenus tableaux représentant ou évoquant
des feuillages d'ananas,
des décors urbains , des sites vénitiens,
des coulures , des taches susceptibles d'inspirer d'autres créateurs.
Ce fut le cas pour une jeune couturière, à qui les taches fluides d'un de ses tableaux (ci-dessous à gauche) vont inspiré des motifs textiles en vue d'une collection de mode. A l'inverse, la célèbre styliste Sonia Rykiel lui avait demandé de créer une manière de poupée vaudou, à partir de ses chutes ou échantillons de tissus. Collectionner signifie pour Gaspare Manos engranger des objets, mais surtout souvenirs et émotions, dans un dialogue avec autrui pour échapper au temps qui passe et briser ainsi la solitude. Admiratif des représentations du corps humain, sensible aux hasards déterminants (objectifs? aurait dit André Breton ...) aux rencontres - celle de Lucian Freud par exemple, qui l'a incité à peindre- il estime que "l'art est fait pour s'amuser." Ses projets? Trouver un lieu adéquat pour ses collections, ses archives, constituer un catalogue raisonné de ses carnets de dessins.
Quatre mois après le vernissage de l'exposition, un retour sur images passionnant !
http://photograff.blogspot.fr/2016/11/latelier-du-temps-2.html http://photograff.blogspot.fr/2016/11/de-latelier-au-musee-1.html |
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samedi, mars 18, 2017
Retour sur ... (3)
mercredi, novembre 30, 2016
L'atelier du temps (2)
Exposition de Gaspare Manos
Lien ici
Memento Mori
Vue de Toscane (paysage en rose)
Venise
Changement d'échelle:
IBN Batuta n°1
L'énigme de l'homme... (Bruxelles 1991)
IBN Batuta n°1
L'énigme de l'homme... (Bruxelles 1991)
Le pont des soupirs, les fers, le crâne
"J'ai fixé le moment de mon évasion dans la nuit précédant la fête de saint Augustin, non pas tant parce qu'il y avait déjà plus de quatre semaines que je l'avais fait mon protecteur, comme parce que je savais que dans cette fête-là le Grand Conseil s'assemblait, et que par conséquent il n'y aurait pas de monde à la boussole contiguë (1) à la chambre par laquelle je devais nécessairement passer en me sauvant. J'ai donc fixé de sortir dans la nuit du vingt-sept.
La journée du vingt-cinq, à midi, il m'arriva ce qui me fait frissonner encore dans ce moment où je vais l'écrire. À midi précis j'ai entendu le glapissement des verrous : j'ai cru de mourir. Un violent battement de cœur, qui frappait plus de six pouces plus bas que sa région, me fit craindre mon dernier moment : je me suis jeté éperdu sur mon fauteuil. Laurent en entrant me dit, mettant la tête à la grille, et avec un ton de jouissance : Je viens, Monsieur, vous porter une bonne nouvelle, dont je vous félicite. J'ai d'abord cru que c'était celle de ma liberté, car je n'en connaissais pas d'autre qui pût être bonne ; et je me voyais perdu : la découverte du trou aurait fait révoquer ma grâce. Laurent entre et me dit d'aller avec lui ; je lui réponds d'attendre que je m'habille : N'importe, me dit-il, puisque vous ne faites que passer de ce vilain cachot à un autre clair et tout neuf où par deux fenêtres vous verrez la moitié de Venise, où vous pourrez vous tenir debout, où... Mais je n'en pouvais plus, je mourais ; je le lui ai dit. J'ai demandé du vinaigre (2) en le priant d'aller dire à M. le Secrétaire que je remerciais le tribunal de cette grâce, en le suppliant au nom de Dieu de me laisser là. Laurent me dit avec un grand éclat de rire que j'étais fou : que le cachot où j'étais s'appelait l'enfer, et que celui où il avait ordre de me mettre était délicieux. Allons, allons, ajouta-t-il, il faut obéir, levez-vous. Je vous donnerai le bras, et je vous ferai d'abord porter toutes vos hardes (3), et tous vos livres. Etonné et en devoir de ne plus répliquer le moindre mot je suis sorti, et j'ai dans l'instant ressenti un petit soulagement en l'entendant ordonner à un des siens de le suivre avec mon fauteuil. Mon esponton (4) était caché dans sa paille : c'était toujours quelque chose. J'aurais voulu me voir suivi par le beau trou que j'avais fait avec tant de peine, mais c'était impossible : mon corps allait, mais mon âme restait là."
La journée du vingt-cinq, à midi, il m'arriva ce qui me fait frissonner encore dans ce moment où je vais l'écrire. À midi précis j'ai entendu le glapissement des verrous : j'ai cru de mourir. Un violent battement de cœur, qui frappait plus de six pouces plus bas que sa région, me fit craindre mon dernier moment : je me suis jeté éperdu sur mon fauteuil. Laurent en entrant me dit, mettant la tête à la grille, et avec un ton de jouissance : Je viens, Monsieur, vous porter une bonne nouvelle, dont je vous félicite. J'ai d'abord cru que c'était celle de ma liberté, car je n'en connaissais pas d'autre qui pût être bonne ; et je me voyais perdu : la découverte du trou aurait fait révoquer ma grâce. Laurent entre et me dit d'aller avec lui ; je lui réponds d'attendre que je m'habille : N'importe, me dit-il, puisque vous ne faites que passer de ce vilain cachot à un autre clair et tout neuf où par deux fenêtres vous verrez la moitié de Venise, où vous pourrez vous tenir debout, où... Mais je n'en pouvais plus, je mourais ; je le lui ai dit. J'ai demandé du vinaigre (2) en le priant d'aller dire à M. le Secrétaire que je remerciais le tribunal de cette grâce, en le suppliant au nom de Dieu de me laisser là. Laurent me dit avec un grand éclat de rire que j'étais fou : que le cachot où j'étais s'appelait l'enfer, et que celui où il avait ordre de me mettre était délicieux. Allons, allons, ajouta-t-il, il faut obéir, levez-vous. Je vous donnerai le bras, et je vous ferai d'abord porter toutes vos hardes (3), et tous vos livres. Etonné et en devoir de ne plus répliquer le moindre mot je suis sorti, et j'ai dans l'instant ressenti un petit soulagement en l'entendant ordonner à un des siens de le suivre avec mon fauteuil. Mon esponton (4) était caché dans sa paille : c'était toujours quelque chose. J'aurais voulu me voir suivi par le beau trou que j'avais fait avec tant de peine, mais c'était impossible : mon corps allait, mais mon âme restait là."
Giacomo Casanova, Histoire de ma fuite des Plombs, première partie, pp.89-90
dimanche, novembre 27, 2016
De l'atelier au musée (1)
"L'artiste doit se taire et laisser parler ses oeuvres",
ce précepte fut l'introduction de Gaspare Manos au vernissage de l'exposition de ses collections et de ses oeuvres, visible au musée des Beaux-Arts de Saint-Lô jusqu'au 23 avril.
Né en Thaïlande, son goût des collections lui vient de ses parents italiens - diplomates- amateurs de statuettes asiatiques du X ème au XV ème siècle.
Si Daniel Hurstel achetait et collectionnait par "coups de coeur", Gaspare Manos, lui, fait de ses collections internationales (art africain, objets du quotidien, vases orientaux, tableaux contemporains...) une source d'inspiration pour ses propres créations- une trentaine sont présentées ici.
Comment l'artiste ne développerait -il pas des goûts cosmopolites, ayant connu les cinq continents et eu l'occasion de grandir dans huit pays différents?
Tableau de Laura Garcia Karras (2016)
Ainsi, au gré des coulures et des entailles, des masques-araignées africains deviennent-ils feuillage d'ananas, les scarifications sur la peau des femmes africaines se métamorphosent-elles en fenêtres de gratte-ciel.
Masques ou monstres ?
(Cacher/montrer)
L'exposition est une façon de montrer ce qu'il y a dans le cerveau d'un artiste au moyen de la reconstitution de son atelier, dans un coin du musée.
Peut-être y peindra -t-il devant le public ?
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Dernière nouvelle:
Le 8/03/17, Gaspare Manos est revenu au musée des beaux-arts de Saint-Lô, non pour peindre devant le public mais pour parler de sa démarche aux adhérents des Amis des Musées, trahissant le principe énoncé plus haut, mais pour le plus grand plaisir des 28 happy few!
Photos et article à suivre (3)
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Dernière nouvelle:
Le 8/03/17, Gaspare Manos est revenu au musée des beaux-arts de Saint-Lô, non pour peindre devant le public mais pour parler de sa démarche aux adhérents des Amis des Musées, trahissant le principe énoncé plus haut, mais pour le plus grand plaisir des 28 happy few!
Photos et article à suivre (3)
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