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mercredi, février 20, 2013

Octave Feuillet (1) : Collection au musée

    Né le 11 août 1821 à Saint- Lô, Octave Feuillet, issu d'une vieille famille bas-normande ,é tait destiné à la carrière  diplomatique, mais il abandonna  ses études de Droit pour satisfaire sa vocation littéraire.
Ses nouvelles, ses contes pour enfants et sa collaboration à un feuilleton collectif n'eurent pas l'heur de plaire à son père, Jacques Feuillet, Secrétaire Général de la Manche de 1830 à 1848: celui-ci  rappela  près de lui à Saint-Lô  son rejeton qui venait de connaître un premier succès au Théâtre de l'Odéon en 1845.

Ce n'est qu'à la mort de Jacques Feuillet qu'Octave retourna à Paris veiller à ses intérêts d'auteur à succès, élu à l'Académie Française en 1862, au fauteuil  de Scribe  ( Lien ici )
Auparavant, son frère avait joué pour lui  à Paris le rôle d'agent littéraire.

Ecrivain oublié, fort apprécié en son temps et jusqu'à la seconde guerre mondiale, surnommé "Le Musset des familles", il dépeint les milieux raffinés qu'il fréquente  et place ses personnages dans des situations dramatiques.
Le Roman d'un jeune homme pauvre , Monsieur de Camors  et Julia de Trécoeur  comptèrent parmi  ses plus grands succès; plusieurs de ses oeuvres furent jouées ou adaptées dans les salons mondains et  même à la cour, à Compiègne  et à Fontainebleau où il assura les fonctions de bibliothécaire.


  
  De son mariage le 25 mars 1851  avec sa cousine  Valérie Dubois (fille d'Ernest Dubois, maire de Saint-Lô de 1849 à 1866) naquirent trois enfants:
André, mort très jeune, Jacques et Richard - Octave qui légua à la ville de Saint-Lô la collection  familiale.

"Léguée à la ville par Valérie Feuillet, sous réserve d'usufruit à son fils, le Commandant Richard-Octave Feuillet, la collection quitta Bayonne en 1950, à la demande de madame Richard-Octave Feuillet à laquelle l'usufruit avait été étendu "indique la brochure du Musée des Beaux-Arts de Saint-Lô, mise à la disposition des visiteurs.



Cette même brochure nous apprend qu'Octave Feuillet fut un "collectionneur aux goûts très éclectiques"et que les quelque 333  pièces de sa collection  sont de qualité inégale.

La possession du tableau de Gustave Moreau, La mort de Sapho, (voir lien ici )
manifeste une indépendance d'esprit certaine pour l'époque, de même que celle du peintre bas-Normand, Charles Pécrus,  teintée d'Impressionnisme.

Ces deux oeuvres sont exposées dans d'autres salles et la première a fait l'objet 
d'une conférence  -déclamation par Philippe Brunet, invité par les amis des musées municipaux de Saint-Lô . 
lien ici
et




    L'espace consacré à la donation contient 
 des tableaux,
 des sculptures de Gustave Crauk (1827-1905): ci-dessus, buste posthume, en marbre,  d'Octave Feuillet - et buste de Valérie Feuillet (dans la vitrine),
des souvenirs littéraires , politiques et personnels, 
des photographies,
 des miniatures,
 tabatières , bijoux, et une bonbonnière (improprement désignée comme   "tabatière") offerte par l'Impératrice Eugénie qui avait joué un rôle dans la pièce d'Octave Feuillet Les Portraits de la Marquise, à Compiègne. (13 novembre 1859)
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Valérie Dubois -Feuillet, elle même écrivain , douée d'un style alerte et d'un regard vif évoque  ce bibelot à deux reprises dans les deux volumes de son autobiographie.

Cf Articles  à suivre:

Portraits croisés
Fleurs et poésies
La maison du malheur
  livres et bibelots

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http://www.inlibroveritas.net/auteur9296.html


mardi, mars 01, 2011

Conférence-déclamation de Philippe Brunet:"Psappho, toujours vivante"





La présidente de l'Association des Amis des musées Saint-Lois, Madame Suzanne Leclerc , devant le tableau de Gustave Moreau présente le thème de la conférence de
Philippe Brunet



déjà venu l'an dernier au musée, déclamer en Grec ancien devant le célèbre tableau de Corot, Homère et les Bergers
après avoir analysé la composition de l'Iliade et de l'Odyssée

(Article de O.F sur sa  traduction versifiée , aux éditions du Seuil  )



(liens vers Homère + le vers grec)
"Sappho toujours vivante

"Tel est le titre paradoxal choisi par Philippe Brunet pour sa conférence, avec chants et danse.

Contrairement à L'Iliade et à l'Odyssée,aux Travaux d'Hésiode, à l'oeuvre de Pindare, le texte de Sappho ne nous est parvenu que d'une manière fragmentaire: on en retient essentiellement l'Hymne à Aphrodite, et une ode incomplète au rayonnement exceptionnel. Restitutions, restaurations, interprétations conçues pour combler les trous des papyrus rendent aléatoire le livre initial.La transmission orale n'a pu jouer un rôle de conservation puisque, contrairement aux épopées d'Homère, Sappho a composé des chansons,des pièces de circonstance ou centrées sur des sentiments personnels.
Pourtant, à la différence d'Homère, dont l'existence est problématique, la vie de Sappho nous est connue. On sait qu'elle est née dans l'île de Lesbos- d'où l'expression qui la désigne, "La Lesbienne" -probablement à Mytilène. On connaît le nom de son père , celui de ses trois frères. Elle eut une fille, qu'elle nomma Cléis, du nom de sa propre mère. Elle fut accusée d'être une tribade, alors qu'en réalité , elle était entourée d'un cercle de jeunes filles à qui elle enseignait l'art de la poésie . De son vivant (VI I ème siècle avant J-C.), elle fut reconnue comme poète, à l'égal d'Alcée. Elle est la créatrice de la strophe hendécasyllabique dite "saphique", se composant de 3 vers hendécasyllabes saphiques (ou grands saphiques) et d'un vers adonique de 5 syllabes.Selon la tradition, "Sappho se jeta dans la mer du haut du rocher de Leucate par amour pour Phaon, le Mytilien", et c'est précisément le sujet du tableau de Gustave Moreau, La mort de Sapho,(1872) accroché au musée des Beaux-Arts de Saint-Lô , devant lequel Philippe Brunet a chanté sur sa lyre des extraits de poèmes, et souligné le rythme de la syllabe accentuée d'un pas dansant .Détournant les valeurs épiques et viriles, La poésie de Sappho exalte le lyrisme , le désir, la passion et ses symptômes dont la description réaliste, voire crue a inspiré à Racine les affres de Phèdre face à Hippolyte:

"Car à peine je t'aperçois,je reste toute muette:
et ma langue est comme brisée; se glisse, sous ma peau,/
soudain , une fine flamme; et mes yeux, aveugles,/
se vident;mes oreilles bourdonnent;:
la sueur ruisselle sur tous mes membres /
un frisson me prend;plus livide encore /
qu'herbe jaunissante; je crois sentir la mort qui s'approche"

(Quatrième strophe de l'Ode II-Traduction de Philippe Brunet)

Mais au-delà de la simple biographie, que recouvre le "Je" et à qui s'adressent les vers sensuels des poèmes de Sappho?"Je resterai toujours vierge "écrit-elle, tandis qu'Alcée la décrit ainsi:"Sappho souriante, aux tresses violettes, pure ",- ou "chaste"-épithète plus appropriée à la déesse Aphrodite qu'à une  mortelle, mère d'une fille , comme nous le savons ...

Les différents destinataires de ses vers, la future épouse, une jeune fille exilée, différemment  identifiée, ce Phaon ("Le brillant",  surnom d'Apollon) dont on sait peu de choses, Artémis ou Aphrodite, ne se résolvent-ils pas tous dans un même idéal, celui de la Beauté?

De même, dans le tableau de Gustave Moreau la figure de Sappho ne se confond-elle pas avec celle d' Orphée et la lumière qui baigne la scène n'est-elle pas celle de l'Art ?

M.S.

Bibliographie
:
Sappho, poèmes et fragments, Edition bilingue, texte établi et traduit par Philippe Brunet, Bibliothèque L'Âge d'Homme (1991) /(Epuisé)
Histoire de la littérature grecque, Suzanne Saïd, Monique Trédé, Alain Le Boulluec, PUF(1991).
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P. BRUNET, L'égal des dieux. Cent versions d'un poème de Sappho, préface de K. HADDAD-WATLING Paris, Allia, 1998.

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 Les vidéos ci-dessous ont été  réalisées par Enitram que je remercie chaleureusement :

Philippe Brunet  a évoqué le style de Psappho, ses juxtapositions de mots qui appellent une traduction plus libre que celles qui ont été jusqu'ici proposées.

 Déclamation de
"l'Hymne à Aphrodite et l'Ode à l'aimée, en strophes sapphiques, c'est-à-dire
3 fois 11 syllabes et une clausule de 5 syllabes.

- u - - - u u - u - -
puis - u u - -
- est une syllabe longue ; u une syllabe brève.

Toutes les strophes ont la même structure rythmique et orchestique, puisque j'ai montré que ces vers se dansent ; je les chante, les joue sur la lyre et les danse en même temps, ce qui signifie que les trois dimensions coexistent, s'accomplissent en même temps."
(Philippe Brunet)




Ecoutez quelques vers , chantés sur la lyre éthiopienne du moderne aède  et rythmés d'un pas cadencé.




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Philippe Brunet, rappelons-le , a publié une traduction versifiée de l'Iliade aux éditions du Seuil .(500 pages )

vendredi, février 25, 2011

Gustave Moreau, Mort de Sapho (1872) Musée des Beaux-Arts de Saint-Lô

Conférence de Philippe Brunet au musée des Beaux-Arts de Saint-lô
(1/2)
 Déclamation de
"l'Hymne à Aphrodite et l'Ode à l'aimée, en strophes sapphiques
3 fois 11 syllabes et une clausule de 5 syllabes.
- u - - - u u - u - -
puis - u u - -
- est une syllabe longue ; u une syllabe brève.

Toutes les strophes ont la même structure rythmique et orchestique, puisque j'ai montré que ces vers se dansent ; je les chante, les joue sur la lyre et les danse en même temps, ce qui signifie que les trois dimensions coexistent, s'accomplissent en même temps."(Philippe Brunet)



(Doc: "Au tableau!Le paysage dans les collections du musée de Saint-Lô "- Service éducatif du musée de Saint-Lô, avril 1995)

(Photo personnelle:
Madame Suzanne Leclerc, Présidente de l'association des amis des musées Saint-lois présente les activités de l'association, Philippe Brunet et le thème de sa conférence)
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Cette huile sur toile de petit format fait partie du fonds Feuillet.

L'académicien Octave Feuillet l'avait reçue du peintre , par l'intermédiaire de Flore Singer,une amie de son épouse . Dans une lettre à Valérie Feuillet , Flore Singer présente ainsi ce tableau "(...) Je ne connais rien de plus touchant que cette petite femme rejetée par la mer sur le rivage et qui, morte, tient encore la lyre du poète sur son coeur. Vous verrez que le sentiment est partout, jusque dans le soleil doucement couché et qui ressemble à la lune".Si l'épistolière réduit le sujet à une anecdote et la poétesse à "une petite femme", elle souligne cependant la fonction de la lyre et perçoit la dimension symbolique des couleurs et des astres.
Le musée Gustave Moreau à Paris possède un dessin préparatoire au crayon (16/27,2 cm) de Sapho , dont la position allongée , l'attitude alanguie -dignes d'une Ophélie- sont celles de notre tableau, tandis que la version à l'aquarelle (18, 4/12,4 cm) (ici) du Victoria et Albert Museum, Sapho sur le rocher présente celle-ci juste avant le saut fatal, dans une position bien différente: épousant la verticalité de la roche sur laquelle elle s'accoude, le visage penché, tourné vers la gauche, les yeux clos, elle médite, avec, à l'arrière-plan , droite et ciselée, la colonne surmontée d'un cheval ailé que l'on devine , dans la peinture à l'huile sous les brumes sanglantes du soleil couchant.Une gouache aquarellée de 1880 (Collection particulière, 33/20 cm), Sapho se précipitant dans la mer, montre sa chute ( qui sans le titre pourrait tout aussi bien être un envol, voire l'arrivée d'un ange exterminateur,à l'instar des Anges de Sodome (93/62) du musée G.Moreau)
Ces quelques exemples révèlent la fascination du peintre pour ce thème , traité pour la première fois en 1846, et pour la dernière en 1893.
La présence d'une lyre monumentale et richement décorée offre un rapprochement saisissant avec la figure récurrente d'Orphée, particulièrement dans cette huile sur bois du Musée du Louvre datant de 1865 (154/99,5 cm), où la tête coupée du poète recueillie par une jeune fille thrace et posée sur sa lyre rappelle étrangement le personnage de Sapho à la dérive ainsi que  la composition horizontale du tableau saint-lois.
Si l'on ajoute que, dans le mythe, la tête d'Orphée flottait sur les eaux de l'Erèbe, l'assimilation entre ces deux poètes est parfaite, accentuée par leur allure androgyne .

Peinture littéraire ? Gustave Moreau a souffert de ce point de vue sur son oeuvre, lui dont l'ambition était de "rendre visibles les éclairs intérieurs qu'on ne sait à quoi rattacher, qui ont quelque chose de divin (..) et qui, traduits par les effets de la pure plastique, offrent des horizons magiques"(Philippe Jullian, Esthètes et magiciens, 1969) et qui disait à son élève Evenepoel:"Notez bien une chose:il faut penser la couleur, en avoir l'imagination."

Au-delà du sujet , la magie de ce petit tableau n'est-elle pas due au traitement de la lumière, à ces effets de" pure plastique" , à "la couleur pensée, rêvée, imaginée" dont parle le peintre ?


M.S.


Bibliographie
Art de Basse -Normandie, numéro 124-Quatrième trimestre 2001, Histoire des collections du Musée des Beaux-Arts de Saint-Lô
Gustave Moreau, Jean Selz, Flammarion (1978)
Paris, Musée Gustave Moreau , édition de la Réunion des musées nationaux, paris, mai 1994, avril 1998
L'Univers symboliste, José Pierre, Editions du Club France Loisirs , Paris





(Photo personnelle)

Les deux vidéos ont été réalisées le dimanche 5 décembre 2011 par Enitram que je remercie chaleureusement :

1-Au cours de sa conférence -déclamation intitulée Psappho toujours vivante,Philippe Brunet a analysé le style de la poétesse,ses juxtapositions de mots (proches de celles de Victor Hugo évoquant "pâtre -promontoire") qui appellent une traduction plus libre que celles qui ont été jusqu'ici proposées.

2-Ecoutez quelques vers , chantés sur la lyre éthiopienne du moderne aède et rythmés d'un pas cadencé.

(A suivre)
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.Dessin au crayon du musée Gustave Moreau
(Gustave Moreau, Jean Selz, Flammarion (1978))

Victoria et Albert Museum, Sapho sur le rocher (ibidem)




Sapho se précipitant dans la mer (ibidem),
les anges de Sodome (93/62) Musée G.Moreau (ibidem)


Orphée, huile /bois, musée du Louvre (ibidem)

(Cliquez pour agrandir les reproductions)
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dimanche, février 20, 2011

Gustave Moreau: mort de Sapho

http://lesamisdesmusees-saint-lo.jimdo.com/



(Doc: "Au tableau!
Le paysage dans les collections du musée de Saint-Lô "- Service éducatif du musée de Saint-Lô, avril 1995)

(Cliquez pour agrandir)






(Doc:ibidem)

Sueur 


Projet Homère 


"Sappho toujours vivante"

Tel est le titre paradoxal choisi par Philippe Brunet pour sa conférence, avec chants et danse.

Contrairement à L'Iliade et à  l'Odyssée,aux Travaux d'Hésiode, à l'oeuvre de Pindare, le texte de Sappho ne  nous est parvenu que d'une manière fragmentaire: on en retient essentiellement l'Hymne à Aphrodite, et une ode incomplète au rayonnement exceptionnel. Restitutions, restaurations, interprétations conçues pour combler les trous des papyrus  rendent aléatoire le livre initial.La transmission orale n'a pu jouer un rôle de conservation puisque, contrairement  aux épopées d'Homère,Sappho  a composé des chansons,des  pièces de circonstance ou centrées sur  des sentiments personnels.

Pourtant, à la différence d'Homère, dont l'existence est problématique, la vie de Sappho nous est connue. On sait qu'elle est née dans l'île de Lesbos- d'où l'expression qui la désigne, "La Lesbienne"  -probablement à Mytilène. On connaît le nom de son père , celui de ses  trois frères. Elle eut une fille, qu'elle nomma Cléis, du nom de sa propre mère. Elle fut accusée d'être une tribade, alors qu'en réalité , elle était entourée d'un cercle de jeunes filles  à qui elle enseignait l'art de la poésie .De son vivant (VI I ème siècle avant J-C.), elle fut reconnue comme poète, à l'égal d'Alcée. Elle est la créatrice de la strophe hendécasyllabique  dite  "saphique".

Détournant les valeurs épiques et viriles, sa poésie exalte le lyrisme , le désir,  la passion  et ses symptômes dont la  description réaliste, voire crue  a inspiré à  Racine les affres de Phèdre face à Hippolite:

"Car à peine je t'aperçois, je reste toute muette
et ma langue est comme brisée; se glisse, sous ma peau,
soudain , une fine flamme; et mes yeux, aveugles,
se vident; mes oreilles bourdonnent;
la sueur ruisselle sur tous mes membres
un frisson me prend; plus livide encore
qu'herbe jaunissante; je crois sentir la mort qui s'approche"


(Quatrième strophe de l'Ode II-Traduction de Philippe Brunet)

A qui s'adresse  Sappho?

Selon la légende, "Sappho se jeta dans la mer du haut du rocher de Leucate par amour pour Phaon, le Mytilien", et c'est précisément le sujet du tableau de Gustave Moreau, La mort de Sapho, accroché  au musée des Beaux-Arts de Saint-Lô ,devant lequel Philippe  Brunet a chanté sur sa lyre des extraits de poèmes, et souligné le rythme d'un pas dansant

Cette huile sur toile de petit format fait partie du fonds Feuillet .L'académicien Octave Feuillet  l'avait  reçue   du peintre , par l'intermédiaire de Flore Singer,une  amie  de son épouse . Dans une lettre à Valérie Feuillet , Flore Singer présente ainsi  ce tableau "(...) Je ne connais rien de plus touchant que cette petite femme rejetée par la mer sur le rivage et qui, morte, tient encore la lyre du poète sur son coeur. Vous verrez que le sentiment est  partout, jusque dans le soleil doucement couché et qui ressemble à la lune".Si l'épistolière réduit le sujet à une anecdote et la poétesse à "une petite femme", elle souligne cependant  la fonction de la lyre et  perçoit  la dimension symbolique des couleurs et des astres.
Le musée Gustave Moreau à Paris possède  un dessin  préparatoire au crayon (16/27,2 cm) de   Sapho , dont  la position allongée , l'attitude alanguie  -dignes d'une Ophélie- sont celles  de notre tableau, tandis  que la  version à l'aquarelle (18, 4/12,4 cm) du Victoria et Albert Museum, Sapho sur le rocher présente celle-ci    juste avant le saut fatal, dans une position bien différente: épousant la verticalité de la roche sur laquelle elle s'accoude, le visage  penché, tourné vers la gauche, les yeux clos, elle médite, avec, à l'arrière-plan , droite et ciselée, la colonne surmontée d'un cheval  ailé que l'on devine, dans la peinture  à l'huile sous les brumes sanglantes du soleil couchant.


Gustave Moreau

 Sapho=Ophélie
Albert museum 
Sapho londres 
orphée
sapho dessin 

Elle se compose de 3 vers hendécasyllabes saphiques (ou grands saphiques) et d'un vers adonique de 5 syllabes.

mercredi, novembre 18, 2009

A la recherche de la voix d'Homère-Conférence-déclamation de Philippe Brunet

Conférence-déclamation
de Philippe Brunet-Musée des Beaux-Arts de Saint-Lô-Vendredi 6 novembre 2009,
à l'initiative des amis  des musées municipaux de Saint-Lô.

(Sur Youtube, vous pouvez entendre un extrait de l'Iliade, chanté en grec ancien par ce moderne et talentueux aède)


C'est en Ethiopie, sur le tournage d'Oedipe -Roi que Philippe Brunet a eu la surprise de découvrir des lyres identiques à celles qui décorent les vases grecs , et c'est sur l'une d'elles qu'il accompagne son chant .
Sur le tableau de Corot, conformément à la tradition et au poème d'André Chénier, Homère est représenté comme un aveugle, et sous les traits de Bélisaire, ce que reproche d'ailleurs Baudelaire au peintre .
A partir de ce détail, Philippe Brunet a parlé du mystère de la biographie d'Homère, puis a exposé avec pédagogie et brio la thèse uniciste concernant l'Iliade et l'Odyssée.

Enfin, il nous a fait entendre la voix d'Homère, en pinçant les cordes de sa lyre et en déclamant plusieurs chants.
Si l'on demande aux petits écoliers de France les dates de naissance et de mort d'Homère, tous répondent qu'il n'a jamais existé et que son oeuvre est un assemblage de morceaux composés par différents poètes à différentes époques.

Tel n'était pas l'avis de Madame Dacier, traductrice et préfacière de l'Iliade au XVIII ème siècle qui raconte la vie d'Homère et les légendes qui lui sont associées, comme celle-ci ( attribuée à Hérodote.) relatant la mort d'Homère dans l'île d'Ios :

Homère, se voyant attaqué d’une maladie grave, se fit porter à terre. Les vents contraires ne permettant pas de continuer la navigation, on resta plusieurs jours à l’ancre. Homère reçut la visite de quelques habitants de l’île d’Ios, qui ne l’eurent pas plutôt entendu parler qu’ils furent pénétrés d’admiration.
XXXV. Pendant que les matelots et quelques-uns des habitants de la ville s’entretenaient avec Homère, des enfants de pêcheurs abordèrent en ces lieux ; et étant descendus sur le rivage, ils leur adressèrent ces paroles :
« Écoutez-nous, étrangers ; expliquez, si vous le pouvez, ce que nous allons vous proposer. » Alors quelqu’un de ceux qui étaient présents les engagea à parler. « Nous laissons, dirent-ils, ce que nous prenons, et nous emportons ce que nous ne prenons pas. » Ne pouvant rien comprendre à cette énigme, les enfants des pêcheurs la leur expliquèrent. « Notre pêche ayant été malheureuse, leur dirent ils, nous nous sommes assis sur le rivage ; et comme nous étions tourmentés par la vermine, ce que nous avons pris, nous l’avons laissé en ces lieux, et nous remportons chez nous ce que nous n’avons pu prendre. »
Incapable d'éclaircir l'énigme, et faisant le rapprochement avec ce que lui avait prédit la Pythie, Homère, de chagrin, meurt trois jours plus tard .

Cette thèse d'un auteur unique et bien réel a prévalu jusqu'à ce qu'au XIXème siècle, Wolf , dans ses Prolégomènes, la remette en question . Schiller et Goethe, quant à eux, n adhérèrent pas à cette vision nouvelle.
(Sur la question homérique, voir le lien)

Pour les anciens , Homère avait existé, et ce qui explique l'importance , le rayonnement de son oeuvre, c'est la manière de raconter qui cimente l'Iliade et l'Odyssée.

Stimulé par quelques pistes de réflexion émises par son professeur de lettres classiques en classe prépa, quant à l'unité de L'Iliade et l'Odyssée, Philippe Brunet a conçu et développé une théorie des parallèles dont voici plusieurs exemples:

Iliade, Chant IV: Ménélas, égratigné par une flèche, est soigné grâce à un baume de Machaon , hérité du savoir médical que son père tenait de Chiron.
Odyssée, chant IV, Télémaque , reçu chez Ménélas, verse des pleurs qu'apaise Hélène grâce à un baume.

I, X: Pourquoi Diomède franchit-il les frontières de l'animalité en se couvrant de peaux de fauves ?n'est-ce pas une anticipation de l'animalité qui règne dans le chant correspondant de l'Odyssée ?
O,X: ...Où Ulysse découvre, chez Circé les hommes transformés en lions et loups de montagne, tandis que ses compagnons seront métamorphosés en pourceaux...

I, le chant XI conte les exploits d'Agamemnon
O, XI: Ulysse , au royaume d'Hadès, rencontre l'ombre d'Agamemnon qui lui révèle son assassinat par Clytemnestre.

I, XXII:Mort de Patrocle.
O, XXII:Mort des prétendants

I,XXIII:Il est question du lit funèbre de Patrocle, des chênes abattus des flancs de l'Ida pour ce bûcher .
O, XXIII: Ulysse met à l'épreuve Pénélope en évoquant leur lit nuptial, construit à partir d'un rejet d'olivier.

Au dénouement , les chants XXIV des deux oeuvres scellent la réconciliation, la réunion des générations, Priam se faisant remettre le corps dHector des mains d'Achille, Ulysse retrouvant à Ithaque son fils Télémaque ainsi que son père, Laërte .

Autant d'analyses passionnantes pour lire ou relire Homère ("en trois jours !") dans les traductions de du Bellay ,d'Hugues Salel, et, bien sur , celle de l'Iliade par Philippe Brunet, (le Seuil).

De plus, en lecture complémentaire, une épopée comique et parodique, attribuée à Homère, La Batrachomyomachie, traduite Philippe Brunet en hexamètre dactyliques.


(Billet précédent: Commentaire du tableau de Camille Corot, Homère et les Bergers .)

Philippe Brunet est également metteur en scène et comédien: Compagnie Démodocos
Voir également son site consacré à la métrique grecque et latine



mardi, novembre 17, 2009

Homère et les Bergers, Corot (1) Musée des Beaux-Arts de Saint-Lô(1/2)


Homère et les Bergers, de Jean-Baptiste Corot (1796-1875) fut présenté au salon de 1845, et suscita l'admiration de Baudelaire, à une réserve près.
(Cliquez pour agrandir )

Le peintre l'offrit à la ville de saint-Lô, vers 1863, par l'intermédiaire de la famille d'Isidore Elie, négociant en vins et spiritueux, chez il il résidait souvent .

Cette huile sur toile, appartenant au grand genre de la peinture d'histoire, s'inspire d'un poème d'André Chénier, l'Aveugle (XXIVème Bucolique).
Homère, parvenu dans l'île de Syros, raconte à trois bergers qu'il a rencontrés, les infortunes de son odyssée, les déboires et insultes qu'il a subis.

"Je ne suis qu'un mortel et des plus malheureux!/
Mais les Dieux tout puissants gardaient à mon déclin/
Les ténèbres, l'exil, l'indigence et la faim " (...)

"Dieu dont l'arc est d'argent, Dieu de Clarus écoute,/
O Sminthée-Apollon, je périrai sans doute /
Si tu ne sers de guide à cet aveugle errant.
/
C'est ainsi qu'achevait l'aveugle en soupirant,/
Et près du bois marchait, faible sur une pierre /
S'asseyait. Trois pasteurs, enfants de cette terre
/

Le suivaient, accourus aux abois turbulents/
De molosses, gardiens de leurs troupeaux bêlants ."


Vendredi 6 novembre 2009,
répondant à la triple invitation de la société d'histoire et d'archéologie de la Manche, des Amis des musées municipaux et de Lire à Saint-Lô, http://lesamisdesmusees-saint-lo.jimdo.com/

M.Philippe Brunet, Professeur ,traducteur et comédien a proposé à un auditoire de quelque 80 personnes une conférence-déclamation,
"A la recherche de la voix d'Homère", devant le tableau de Jean-Baptiste Camille Corot.

En introduction, M. J.L. Dufresne a présenté le tableau de Corot et a souligné quelle chance avait le public de le contempler , car ce chef-d'oeuvre, très coté, voyage souvent: tout juste revenu du Japon, il doit s'envoler pour Venise !

(A suivre)

Monet au fil de l'eau

                                                                         Nymphéas                                                           ...