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mardi, février 14, 2012

Dessiner, y a que ça que j'aime!




Cette déclaration de Marcel Storr (1911-1976) traduit ce  qu'incarnait   l'art pour lui : une évasion, une  revanche sur sa vie marquée par l'abandon, les mauvais traitements, la surdité, l'illettrisme, la solitude.

La biographie romancée de  la psychanalyste Françoise Cloarec, paru en 2010, s'était attaché à reconstituer la personnalité de ce peintre visionnaire, parfois   classé - abusivement ?-dans la catégorie   de l'art brut  de Jean Dubuffet.


Hommage posthume émouvant des  collectionneurs , Liliiane et  Bertrand Kempf qui ont découvert, par hasard en 1971 l'oeuvre de cet autodidacte , simple cantonnier, qui  répugnait d'ailleurs à la montrer, mais qui la considérait à partir de 1965 (date de  construction des premières tours de la Défense) comme  un ensemble de projets architecturaux destinés  à être présentés au  président des Etats -Unis, une fois  Paris détruit par une catastrophe nucléaire .



Deux  tableaux  inachevés permettent de comprendre la démarche de  Marcel Storr: commençant par le coin inférieur gauche, sans plan préétabli, il remplit  l'espace par des dessins finement crayonnés  pour être ensuite aquarellés puis vernis.


Stupeur et émerveillement se lisaient  dans les  regards des nombreux visiteurs de ce  samedi 29 janvier 2012,en  découvrant  environ soixante dessins classés par ordre chronologique: des  monuments religieux   de style  naïf  jusqu'aux aux grands formats des villes futuristes  traitées en  couleurs chaudes et mordorées.



 A l'instar du facteur Cheval, Marcel Storr s'est  constitué un monde parallèle  compensateur ,
et ses cités  babeliennes me font penser, curieusement , au poème de Charles Baudelaire:

 "Rêve parisien "




À Constantin Guys.

De ce terrible paysage,
Tel que jamais mortel n'en vit,
Ce matin encore l'image,
Vague et lointaine, me ravit.
Le sommeil est plein de miracles !
Par un caprice singulier
J'avais banni de ces spectacles
Le végétal irrégulier,



Et, peintre fier de mon génie,
Je savourais dans mon tableau
L'enivrante monotonie
Du métal, du marbre et de l'eau.

Babel d'escaliers et d'arcades,
C'était un palais infini,
Plein de bassins et de cascades
Tombant dans l'or mat ou bruni ;
Et des cataractes pesantes,
Comme des rideaux de cristal,
Se suspendaient, éblouissantes,
À des murailles de métal.
Non d'arbres, mais de colonnades
Les étangs dormants s'entouraient,
Où de gigantesques naïades,
Comme des femmes, se miraient.
Des nappes d'eau s'épanchaient, bleues,
Entre des quais roses et verts,
Pendant des millions de lieues,
Vers les confins de l'univers ;
C'étaient des pierres inouïes
Et des flots magiques ; c'étaient
D'immenses glaces éblouies
Par tout ce qu'elles reflétaient !
Insouciants et taciturnes,
Des Ganges, dans le firmament,
Versaient le trésor de leurs urnes
Dans des gouffres de diamant.
Architecte de mes féeries,
Je faisais, à ma volonté,
Sous un tunnel de pierreries
Passer un océan dompté ;
Et tout, même la couleur noire,
Semblait fourbi, clair, irisé ;
Le liquide enchâssait sa gloire
Dans le rayon cristallisé.
Nul astre d'ailleurs, nuls vestiges
De soleil, même au bas du ciel,
Pour illuminer ces prodiges,
Qui brillaient d'un feu personnel !
Et sur ces mouvantes merveilles
Planait (terrible nouveauté !
Tout pour l'œil, rien pour les oreilles !)
Un silence d'éternité.
II
En rouvrant mes yeux pleins de flamme
J'ai vu l'horreur de mon taudis,
Et senti, rentrant dans mon âme,
La pointe des soucis maudits ;
La pendule aux accents funèbres
Sonnait brutalement midi,
Et le ciel versait des ténèbres
Sur le triste monde engourdi.

Baudelaire, Les fleurs du Mal




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 Au    Pavillon Carré de Baudouin,
du 16 décembre 2011 au 31 mars 2012 (prolongation).

L'exposition Marcel Storr, bâtisseur visionnaire est présentée par la mairie du 20e arrondissement et la mairie de Paris, avec la collaboration de Liliane et Bertrand Kempf (les collectionneurs), Laurent Danchin (commissaire de l'exposition) et Géraldine Gauvin (coordination muséographique).
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liens/ ouvrage collectif ici
      Biographie romancée de  Marcel Storr par Françoise Cloarec

/Blog  le poignard subtil  ici
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   Articles / blog d'Enitram ici et


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Parenthèse citadine

CLOU à l'emblème de Saint-Lô                            En écho à un billet de Josette, qui a photographié un joli clou à Orléans .