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samedi, avril 04, 2015

Formes et matières



    Pour qui n´aurait  pas découvert l'exposition de Philippe Gooderidge, Matières premières, lors  du vernissage à l'école de dessin le 6 mars, le film de Laurent Ménochet, « A hauteur d'homme » 
( Almérie films, 90 mn.) éclaire parfaitement la démarche  de cet artiste initialement  artisan potier, rêvant de le redevenir pour créer  "une urne, un pot idéal,"bien à lui.



Paradoxe ? boutade?

Cohérence d'un  travail constitué autour de trois axes: l'agriculture vivrière, suggérée dans quelques séquences, la vie communautaire de deux familles , fondatrice d'une utopie  et  bien sûr la poterie.




    Dans une perspective plus sensualiste que documentaire, Laurent  Ménochet nous donne à voir et à entendre le processus créatif  de l'artiste. 
Les plans silencieux  sur la campagne et la ferme alternent avec dialogues, points de vue, lectures de textes  du céramiste (conçus comme  un"travail sur soi" ) et  plusieurs étapes de la céramique: modelage , cuisson ,sortie de l'atelier où le public  ne se contente pas toujours de les contempler les pièces, mais a parfois la chance les  tenir en main .


Une séquence très émouvante nous montre Philippe Godderidge récoltant  dans une maison en ruines de la terre glaise, la même terre que celle du chemin menant à la maison .
Forte est la charge symbolique de cette terre toute imprégnée des bruits de ses habitants disparus.
En écho, je songe à ce quatrain du poète persan, Khayam:

"Prends le flacon, la tasse, ô désir de mon choix
 Joyeux, promène-toi dans les prés et les bois.
                     En tasses et flacons changés cent et cent fois
                    Combien d'êtres  charmants le ciel a, moquerie »
                           

   "Née de la sédentarisation, pour conserver les récoltes " nous rappelle le sculpteur, la poterie est une affaire de paysan, or, dans l'ancrage rural qu'il a choisi, tout a du sens. 

"Est ce que la nature est belle"?"se demande Philippe Goodridge, pour interroger ses créations.

« Je ne sais pas ce qu'est une belle pièce. il y a beaucoup de formes, parmi ces formes, il y en a qui m'intéressent, mais ce qui m´intéresse, c'est d'en voir le plus possible ."

  Si la forme  qui naît n'est pas totalement maîtrisée, raison pour  laquelle elle se rapproche de la pierre, le propos reste humain.
 La poterie se construit autour du vide et reste à notre mesure: son vocabulaire (« lèvre », « col », « cul ») est celui de notre corps, notre corps qui se penche sur le bol comme on se penche sur un livre .



   
    Expérimenter, voilà le maitre mot, loin des solutions convenues.

L'enjeu, c'est que tout le corps soit présent ici et maintenant à l'image de « la vache qui sait ce qu'elle a à faire :vivre, guetter la lenteur de l'herbe. Elle entre dans le paysage, comme  le paysage entre en elle.

  


      Dans le désordre de son atelier, l'artiste  discerne malaisément ce qui est oeuvre . 
Pour qu'elle se  révèle  comme telle, la blancheur du lieu d'exposition est nécessaire, fonction parfaitement remplie par la salle intimiste  et claire de l'école de dessin, dont le directeur, Monsieur David Lewis a ménagé cette belle découverte artistique et philosophique.


"



vendredi, mars 27, 2015

la lèvre, le pied, le col et le vase (1)

Exposition de Philipe Godderidge
"Matières premières" 
à
l'école municipale de dessin 
de Saint-Lô

Première approche, premières impressions, en confrontant  ses propos  à quelques   quatrains
de Khayyam:


"le pot est quelque chose de très proche de nous. C'est une enveloppe constituée autour d'un vide. Il y a une relation anthropomorphique très forte entre le corps et a poterie. 
Le vocabulaire de la poterie avec "le cul", "le col "ou" la lèvre"est celui du corps humain" 
.....
IX
"Ce vase, ainsi que moi, fut autrefois un douloureux amant 
   Avidement il s’est penché vers quelque cher visage.
Cette anse que tu vois à son col,
C'est un bras qui jadis enlaçait un cou bien-aimé."

Khayam, Quatrains



"Je m’aventurai un jour dans l’atelier d’un potier
J’y vis le maître à son tour assidûment travailler
Il pétrissait insoucieux pour en former col ou anse
Le crâne vide des princes et les phalanges des gueux "

Khayyam (ibidem)


"
"La coloration au silicate d'alumine est un travail proche de la peinture (...)

La céramique est une pratique lourde et complexe à mettre en oeuvre.
Il y a beaucoup de temps d'attente entre le séchage et la cuisson.

Le dessin m'a toujours servi à ne pas perdre  le fil du travail pendant ce temps d'attente.
Avec le dessin, je garde a même relation à la terre puisque j'utilise tout ce qui traîne dans l'atelier:de la terre, du brou  de noix, etc."





"Lorsque je crée une pièce, je tape dessus, je recommence, je me débrouille.

L'expérimentation fait que l'on arrive à des recettes. Je cuis et je recuis jusqu'à ce que je décide que c'est bon ou raté "

........

"Hier au bazar, je vis un potier qui, fébrile
De nombreux coups de pieds frappant un tas d’argile
Et cette boue alors s’est mise à murmurer
Las ! J’étais comme toi, laisse-moi tranquille ! "

Khayyam 
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"Est-ce que la nature est belle?" se demande Philippe Godderidge




Réflexions sur la forme et l'informe:


 (...) "ma pensée se la représentait sous une infinité de formes diverses; ou plutôt ce n’était pas elle que ma pensée se représentait, c’était un pêle-mêle de formes horribles, hideuses, mais pêle-mêle de formes que je nommais informe, non pour être dépourvu de formes, mais pour en affecter d’inouïes, d’étranges, et telles qu’une réalité semblable offerte à mes yeux eût rempli ma faible nature de trouble et d’horreur. Cet être de mon imagination n’était donc pas informe par absence de formes, mais par rapport à des formes plus belles. Et cependant la raison me démontrait que, pour concevoir un être absolument informe, il fallait le dépouiller des derniers restes de forme, et je ne pouvais; j’avais plutôt fait de tenir pour néant l’objet auquel la forme était refusée, que de concevoir un milieu entre la forme et rien, entre le néant et la réalité formée, une informité, un presque néant.
Et ma raison cessa de consulter mon esprit tout rempli d’images formelles, qu’il varie et combine à son gré. J’attachai sur les corps eux-mêmes un regard plus attentif, et je méditai plus profondément sur cette mutabilité qui les fait cesser d’être ce qu’ils étaient, et devenir ce qu’ils n’étaient pas; alors je soupçonnai que ce passage d’une forme à l’autre se faisait par je ne sais quoi d’informe, qui n’était pas absolument rien. Mais le soupçon ne me suffisait pas; je désirais une connaissance certaine."
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A propos de Khayyam

http://www.khayyam.info/french/default.htm

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A propos de Khayyam

http://www.khayyam.info/french/default.htm



Monet au fil de l'eau

                                                                         Nymphéas                                                           ...