"Les lignes du chapiteau, de la cannelure des colonnes du Parthénon sont si déliées, qu'on serait tenté de croire que la colonne entière a passé au tour. "
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jeudi, novembre 29, 2018
lundi, décembre 19, 2016
A livre ouvert , Fougères (2/2)
Sur les pas de Chateaubriand à Fougères.
Lien ici
L’hôtel Danjou de la Garenne occupe depuis le XIXe siècle l’emplacement de l’hôtel de Julie de Châteaubriand, soeur de François-René et comtesse de Farcy, 32 rue Nationale.
Dans une vitrine, Bertrand Meslet livre aux regards du passant le poète Yvon Le Men
Extrait :Besoin de poème d’Yvon Le Men. Éditions Seuil 2006.
Pourquoi n’ai-je pas pris une autre route, pourquoi n’ai-je pas cherché un travail normal, comme on disait, comme si écrire et dire des poèmes n’était pas un travail. J’aurais pu être…
Mais je ne voulais, pour rien au monde, changer de cap.
Peut-être parce que depuis ma sortie, mon évasion de la pension où je m’étais senti très malheureux, je ne voulais plus recevoir d’ordre de quiconque, sauf ceux que je me donnerais à moi- même. Sûrement parce que j’avais trouvé dans la poésie, la mienne et surtout celle des autres, une consolation, une énergie et une mise en forme de la vie, de ma vie. En ce temps, je naviguais entre deux titres : Le pays derrière le chagrin et A l’entrée du jour, le premier précédant heureusement le second. Personne n’aurait pu deviner dans les poèmes de A l’entrée du jour, sinon un vers par ci, un autre par là, le contexte de leur écriture : l’isolement de la maison dont le loyer était plus que modeste, l’état de son toit, de ses toilettes qui imperceptiblement s’écroulaient au milieu des bois et l’évacuation de ses eaux. Mêmes les rats prenaient la fuite.
Il ne m’était pas possible de parler de ma pauvreté en étant pauvre, il était salutaire de traquer la moindre trace de confort comme ce couteau à pain que j’achetai un jour de soldes. Grâce à ses dents et malgré l’humidité, je réussissais à me couper de belles tartines qui déclenchèrent ces deux vers :
Mais je ne voulais, pour rien au monde, changer de cap.
Peut-être parce que depuis ma sortie, mon évasion de la pension où je m’étais senti très malheureux, je ne voulais plus recevoir d’ordre de quiconque, sauf ceux que je me donnerais à moi- même. Sûrement parce que j’avais trouvé dans la poésie, la mienne et surtout celle des autres, une consolation, une énergie et une mise en forme de la vie, de ma vie. En ce temps, je naviguais entre deux titres : Le pays derrière le chagrin et A l’entrée du jour, le premier précédant heureusement le second. Personne n’aurait pu deviner dans les poèmes de A l’entrée du jour, sinon un vers par ci, un autre par là, le contexte de leur écriture : l’isolement de la maison dont le loyer était plus que modeste, l’état de son toit, de ses toilettes qui imperceptiblement s’écroulaient au milieu des bois et l’évacuation de ses eaux. Mêmes les rats prenaient la fuite.
Il ne m’était pas possible de parler de ma pauvreté en étant pauvre, il était salutaire de traquer la moindre trace de confort comme ce couteau à pain que j’achetai un jour de soldes. Grâce à ses dents et malgré l’humidité, je réussissais à me couper de belles tartines qui déclenchèrent ces deux vers :
On trouve toujours au fond d’un pain
une belle journée à partager.
une belle journée à partager.
Je mettais mes pages à l’école du ciel bleu. C’est ainsi que j’écrivais contre le malheur, c’est ainsi que je lisais même et surtout les livres désespérés dont les auteurs avaient eu, au moins, le courage d’achever leurs livres.
*
« Qu’en est-il de celle, de celui qui jamais ne lit ? Dans quelle langue son poème s’écrit-il ? Celle des nuages, qui dans le ciel bleu ressemblent à des montagnes ? Celle de la neige, qui sur le sol ressemble à un manteau blanc ? Celle de la mer qui à l’horizon ressemble à du ciel tombé par terre ?
D’où viennent les images de celui qui ignore le poème et dont la langue est faite de phrases mortes et mille fois récitées ?
Elle tourne autour du temps qu’il fait, fera, faisait, de la vie qui passe, passera, passait. Ses yeux regardent mais ne voient pas et, s’ils voient, ne savent pas nommer. Sa langue connaît les mots mais pas les verbes qui les tiennent, les montent, les chantent. Elle passe du rire au larme, sans rien dire, alors que les larmes et les rires auraient besoin de notes justement placées dans la phrase.
S’il n’y avait la météo, le chômage, la guerre ici ou là, les enfants des autres qui naissent, les parents des autres qui meurent, il n’y aurait aucun sujet de conversation. Pourtant celui qui ignore le poème connaît le silence. Celui qui ignore le poème sait, malgré lui, que le silence est au coeur du poème.
Et pourtant celui qui ignore le poème n’ignore pas le jaune de la rose du jardin, le rouge de la pomme à couteaux et le parfum du lys qui s’accroche à la robe de la jeune femme. Celui qui ignore le poème n’ignore pas le chant de l’alouette dans le lointain du ciel, l’ombre du nuage sur l’herbe de la prairie, le départ de l’hirondelle à la fin de l’été et le retour de l’enfant à la sortie de l’école.
Celui qui ignore le poème n’ignore pas le travail de la mort sur le visage de l’épouse, du chagrin dans le corps de la veuve. Celui qui ignore le poème sait cueillir un bouquet de fleurs et une poignée de haricots pour le retour de sa fille.
Mais si tu lui demandes des mots, son regard s’assombrit et ses poings se referment sur des paroles qui ne seront pas dites et dont les noms ne connaissent pas d’adjectifs.
Mais quand celui qui ignore le poème pleure, même en silence, le poème en lui trouve sa route, même dans le silence de ses larmes. »
D’où viennent les images de celui qui ignore le poème et dont la langue est faite de phrases mortes et mille fois récitées ?
Elle tourne autour du temps qu’il fait, fera, faisait, de la vie qui passe, passera, passait. Ses yeux regardent mais ne voient pas et, s’ils voient, ne savent pas nommer. Sa langue connaît les mots mais pas les verbes qui les tiennent, les montent, les chantent. Elle passe du rire au larme, sans rien dire, alors que les larmes et les rires auraient besoin de notes justement placées dans la phrase.
S’il n’y avait la météo, le chômage, la guerre ici ou là, les enfants des autres qui naissent, les parents des autres qui meurent, il n’y aurait aucun sujet de conversation. Pourtant celui qui ignore le poème connaît le silence. Celui qui ignore le poème sait, malgré lui, que le silence est au coeur du poème.
Et pourtant celui qui ignore le poème n’ignore pas le jaune de la rose du jardin, le rouge de la pomme à couteaux et le parfum du lys qui s’accroche à la robe de la jeune femme. Celui qui ignore le poème n’ignore pas le chant de l’alouette dans le lointain du ciel, l’ombre du nuage sur l’herbe de la prairie, le départ de l’hirondelle à la fin de l’été et le retour de l’enfant à la sortie de l’école.
Celui qui ignore le poème n’ignore pas le travail de la mort sur le visage de l’épouse, du chagrin dans le corps de la veuve. Celui qui ignore le poème sait cueillir un bouquet de fleurs et une poignée de haricots pour le retour de sa fille.
Mais si tu lui demandes des mots, son regard s’assombrit et ses poings se referment sur des paroles qui ne seront pas dites et dont les noms ne connaissent pas d’adjectifs.
Mais quand celui qui ignore le poème pleure, même en silence, le poème en lui trouve sa route, même dans le silence de ses larmes. »
jeudi, décembre 15, 2016
A livre ouvert,Fougères (1/2)
En tant que fils d'un pauvre cordonnier de Fougères, le parcours de Jean Guéhenno (1898-1978), écrivain, humaniste, académicien est un modèle de la réussite par l'école de la République et une figure emblématique de la Résistance.
« Quelque mal que vous pensiez de l’Académie, dans une vie exemplaire comme celle de Guéhenno, elle apporte une consécration irremplaçable. Le petit ouvrier breton qui, par la puissance de son esprit et par sa persévérance, est devenu ce maître éminent, ce haut fonctionnaire, et surtout cet écrivain, dessine sous nos yeux une image d’Épinal où la Coupole doit apparaître dans la dernière case. »
François Mauriac
Parcours littéraire, avec ces ces citations extraites des Chouans, de Balzac, disséminées sur les hauteurs du jardin public de Fougères.
Lien ici , résumé là
vendredi, juillet 04, 2014
La Vallée-aux-loups (3/3) La Tour Velléda
maison de Chateaubriand,
à Chatenay-Malabry.
Selon une tradition recueillie et entretenue par Madame de Chateaubriand cette tour aurait été édifiée par le brasseur Acloque, propriétaire à la fin du XVIIIe siècle du domaine, juste avant la Révolution, pour y accueillir la reine Marie-Antoinette.
Dans cette construction en briques, située au milieu du parc de son domaine, Chateaubriand commença en 1809 la rédaction des Mémoires d'Outre-Tombe.
Il y écrivit
Le dernier Abencérage,
Itinéraire de Paris à Jérusalem
et
Les Martyrs (1809),
dont Velléda, druidesse et prophétesse germanique du 1er siècle de notre ère
est le personnage principal.
"Sa taille était haute ; une tunique noire, courte et sans manches, servait à peine de voile à sa nudité. [...]
La blancheur de ses bras et de son teint, ses yeux bleus, ses lèvres de rose, ses longs cheveux blonds qui flottaient épars, annonçaient la fille des Gaulois, et contrastaient, par leur douceur, avec sa démarche fière et sauvage. Elle chantait d'une voix mélodieuse des paroles terribles, et son sein découvert s'abaissait et s'élevait comme l'écume des flots. »
Cette héroïne ardente et fidèle donne son nom à la tour qu'occupait le bureau de Chateaubriand au rez-de -chaussée , tandis que sa bibliothèque était située au premier étage.
(Lecture d'un large extrait ici "Apparition de Velléda , livre X )
En face de cette tour poussent des arbres remarquables, qui eux aussi ,cultivent les Belles Lettres
(Cliquez sur le panneau explicatif)
"Ce lieu me plaît ; il a remplacé pour moi les champs paternels ; je l'ai payé de mes rêves et de mes veilles..."
(Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe)
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mardi, juillet 01, 2014
La vallée aux loups (2 /3)
maison de Chateaubriand
"La sculpture donne de l'âme au marbre""
Le salon de thé attenant à la maison de Chateaubriand ménage une agréable pause...sous le regard pensif du grand homme !
« Les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent. »
« Les biens de la terre ne font que creuser l’âme et en augmentent le vide. »
Le Génie du Christianisme
samedi, juin 28, 2014
La vallée -aux- loups (1/3)
La vallée -aux-loups, maison de Chateaubriand
"Je pars pour ma vallée, quel bonheur de rentrer dans la paix et de retrouver mes petits arbres!"
Chateaubriand, Lettre à Madame de Duras, 1811
""Tout chevalier errant que je suis, j'ai les goûts sédentaires d'un moine. Depuis que j'habite cette retraite, je ne crois pas avoir mis trois fois les pieds hors de mon enclos"
Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe
"Je pars pour ma vallée, quel bonheur de rentrer dans la paix et de retrouver mes petits arbres!"
Chateaubriand, Lettre à Madame de Duras, 1811
""Tout chevalier errant que je suis, j'ai les goûts sédentaires d'un moine. Depuis que j'habite cette retraite, je ne crois pas avoir mis trois fois les pieds hors de mon enclos"
Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe
"C'est aujourd'hui une maison agréable, placée dans un parc...on trouve , dans l'intérieur; au rez-de -chaussée, un vestibule avec un escalier à deux branches, et disposé pour y mettre des fleurs... une salle à manger, un salon..."
(Extrait du texte de mise en vente de la vallée -aux-Loups rédigé par Chateaubriand , 1818)
"La Vallée aux loups , de toutes les choses qui me sont échappées, est la seule que je regrette"
Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe
samedi, juin 04, 2011
"C'est dans les bois de Combourg que je suis devenu ce que je suis"-Chateaubriand( 4/4)
est longuement décrit par Chateaubriand dans Les Mémoires d'Outre-Tombe (I, II, 1-Premier séjour, en 1777 , de courte durée-15 jours; celui de 1783 à 1785-1ère partie, livre III)
Les différents séjours de vacances entrecoupent les années d'études de Chateaubriand, au collège de Dol puis de Rennes .
"Le château entier avait la figure d'un char à quatre roues"(...)
Hier au soir je me promenais seul ; le ciel ressemblait à un ciel d'automne ; un vent froid soufflait par intervalles. A la percée d'un fourré, je m'arrêtai pour regarder le soleil : il s'enfonçait dans des nuages au-dessus de la tour d'Alluye, d'où Gabrielle, habitante de cette tour, avait vu comme moi le soleil se coucher il y a deux cents ans. Que sont devenus Henri et Gabrielle ? Ce que je serai devenu quand ces Mémoires seront publiés.
Je fus tiré de mes réflexions par le gazouillement d'une grive perchée sur la plus haute branche d'un bouleau. A l'instant, ce son magique fit reparaître à mes yeux le domaine paternel. J'oubliai les catastrophes dont je venais d'être le témoin, et, transporté subitement dans le passé, je revis ces campagnes où j'entendis si souvent siffler la grive. Quand je l'écoutais alors, j'étais triste de même qu'aujourd'hui. Mais cette première tristesse était celle qui naît d'un désir vague de bonheur, lorsqu'on est sans expérience ; la tristesse que j'éprouve actuellement vient de la connaissance des choses appréciées et jugées. Le chant de l'oiseau dans les bois de Combourg m'entretenait d'une félicité que je croyais atteindre ; le même chant dans le parc de Montboissier me rappelait des jours perdus à la poursuite de cette félicité insaisissable. Je n'ai plus rien à apprendre, j'ai marché plus vite qu'un autre, et j'ai fait le tour de la vie. Les heures fuient et m'entraînent ; je n'ai pas même la certitude de pouvoir achever ces Mémoires. Dans combien de lieux ai-je déjà commencé à les écrire, et dans quel lieu les finirai-je ? Combien de temps me promènerai-je au bord des bois ? Mettons à profit le peu d'instants qui me restent ; hâtons-nous de peindre ma jeunesse, tandis que j'y touche encore : le navigateur, abandonnant pour jamais un rivage enchanté, écrit son journal à la vue de la terre qui s'éloigne et qui va bientôt disparaître.
Copyright Oodoc - Mémoires d'outre-tombe : La grive de Montboissier (lecture analytique)
http://www.oodoc.com/51514-grive-montboissier-chateaubriand-memoires-outre-tombe.php
Je fus tiré de mes réflexions par le gazouillement d'une grive perchée sur la plus haute branche d'un bouleau. A l'instant, ce son magique fit reparaître à mes yeux le domaine paternel. J'oubliai les catastrophes dont je venais d'être le témoin, et, transporté subitement dans le passé, je revis ces campagnes où j'entendis si souvent siffler la grive. Quand je l'écoutais alors, j'étais triste de même qu'aujourd'hui. Mais cette première tristesse était celle qui naît d'un désir vague de bonheur, lorsqu'on est sans expérience ; la tristesse que j'éprouve actuellement vient de la connaissance des choses appréciées et jugées. Le chant de l'oiseau dans les bois de Combourg m'entretenait d'une félicité que je croyais atteindre ; le même chant dans le parc de Montboissier me rappelait des jours perdus à la poursuite de cette félicité insaisissable. Je n'ai plus rien à apprendre, j'ai marché plus vite qu'un autre, et j'ai fait le tour de la vie. Les heures fuient et m'entraînent ; je n'ai pas même la certitude de pouvoir achever ces Mémoires. Dans combien de lieux ai-je déjà commencé à les écrire, et dans quel lieu les finirai-je ? Combien de temps me promènerai-je au bord des bois ? Mettons à profit le peu d'instants qui me restent ; hâtons-nous de peindre ma jeunesse, tandis que j'y touche encore : le navigateur, abandonnant pour jamais un rivage enchanté, écrit son journal à la vue de la terre qui s'éloigne et qui va bientôt disparaître. "Montboissier, Juillet 1817- M. O. T.I, III, 1
Suit la description des soirées à Combourg, lugubres, en compagnie d'un père "à la figure longue et pâle"qui glaçait de terreur Lucile et son frère: "Le reste de la soirée, l'oreille n'était plus frappée que du bruit de ses pas, des soupirs de ma mère et du murmure du vent".(...)
Après son départ," le talisman était brisé; ma mère, ma soeur et moi, transformés en statues par la présence de mon père, nous recouvrions les fonctions de la vie".
Puis vient l'heure du coucher avec son cortège de terreurs :"les gens étaient persuadés qu'un certain comte de Combourg à jambe de bois, mort depuis trois siècles, apparaissait à certaines époques, et qu'on l'avait rencontré dans le grand escalier de la tourelle; sa jambe de bois se promenait aussi quelquefois seule avec un chat noir" M. O. T. I, III, 3
"Après quinze années d'absence, avant de quitter de nouveau la France et de passer en Terre-Sainte, je courus embrasser à Fougères ce qui me restait de ma famille. Je n'eus pas le courage d'entreprendre le pèlerinage des champs où la plus vive partie de mon existence fut attachée. C'est dans les bois de Combourg que je suis devenu ce que je suis, que j'ai commencé à sentir la première atteinte de cet ennui que j'ai traîné toute ma vie, de cette tristesse qui a fait mon tourment et ma félicité. Là, j'ai cherché un coeur qui pût entendre le mien ; là, j'ai vu se réunir, puis se disperser ma famille. Mon père y rêva son nom rétabli, la fortune de sa maison renouvelée : autre chimère que le temps et les révolutions ont dissipée. De six enfants que nous étions, nous ne restons plus que trois : mon frère, Julie et Lucile ne sont plus, ma mère est morte de douleur, les cendres de mon père ont été arrachées de son tombeau.
Si mes ouvrages me survivent, si je dois laisser un nom, peut-être un jour, guidé par ces Mémoires , quelque voyageur viendra visiter les lieux que j'ai peints. Il pourra reconnaître le château ; mais il cherchera vainement le grand bois : le berceau de mes songes a disparu comme les songes. Demeuré seul debout sur son rocher l'antique donjon pleure les chênes, vieux compagnons qui l'environnaient et le protégeaient contre la tempête. Isolé comme lui, j'ai vu comme lui tomber autour de moi la famille qui embellissait mes jours et me prêtait son abri : heureusement ma vie n'est pas bâtie sur la terre aussi solidement que les tours où j'ai passé ma jeunesse et l'homme résiste moins aux orages que les monuments élevés par ses mains."
1 L 3 Chapitre 16
Liens:
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1013503.zoom.langES.f36.pagination
www.combourg.net/francais.htm
vendredi, juin 03, 2011
"Je reposerai donc au bord de la mer que j’ai tant aimée."Chateaubriand -3/4
Mémoires d'Outre-Tombe, Chateaubriand
Avant-propos,
Paris, 14 avril 1846.
Revu le 28 juillet 1846.
Sicut nubes... quasi naves... velut umbra.
Avant-propos,
Paris, 14 avril 1846.
Revu le 28 juillet 1846.
Sicut nubes... quasi naves... velut umbra.
JOB
"Ces Mémoires ont été l’objet de ma prédilection : saint Bonaventure obtint du ciel la permission de continuer les siens après sa mort ; je n’espère pas une telle faveur, mais je désirerais ressusciter à l’heure des fantômes, pour corriger au moins les épreuves. Au surplus, quand l’Eternité m’aura de ses deux mains bouché les oreilles, dans la poudreuse famille des sourds, je n’entendrai plus personne. Si telle partie de ce travail m’a plus attaché que telle autre, c’est ce qui regarde ma jeunesse, le coin le plus ignoré de ma vie. Là, j’ai eu à réveiller un monde qui n’était connu que de moi, je n’ai rencontré, en errant dans cette société évanouie, que des souvenirs et le silence ; de toutes les personnes que j’ai connues, combien en existe-t-il aujourd’hui ? Les habitants de Saint-Malo s’adressèrent à moi le 25 août 1828, par l’entremise de leur maire, au sujet d’un bassin à flot qu’ils désiraient établir. Je m’empressai de répondre, sollicitant en échange de bienveillance, une concession de quelques pieds de terre, pour mon tombeau, sur le Grand-Bé. Cela souffrit des difficultés, à cause de l’opposition du génie militaire. Je reçus enfin, le 27 octobre 1831, une lettre du maire, M. Hovius. Il me disait : "Le lieu de repos que vous désirez au bord de la mer, à quelques pas de votre berceau, sera préparé par la piété filiale des Malouins. Une pensée triste se mêle pourtant à ce soin. Ah ! puisse le monument rester longtemps vide ! mais l’honneur et la gloire survivent à tout ce qui passe sur la terre." Je cite avec reconnaissance ces belles paroles de M. Hovius : il n’y a de trop que le mot gloire. Je reposerai donc au bord de la mer que j’ai tant aimée. Si je décède hors de France, je souhaite que mon corps ne soit rapporté dans ma patrie qu’après cinquante ans révolus d’une première inhumation. Qu’on sauve mes restes d’une sacrilège autopsie ; qu’on s’épargne le soin de chercher dans mon cerveau glacé et dans mon coeur éteint le mystère de mon être. La mort ne révèle point les secrets de la vie. Un cadavre courant la poste me fait horreur, des os blanchis et légers se transportent facilement : ils seront moins fatigués dans ce dernier voyage que quand je les traînais çà et là chargés de mes ennuis." .................................................................................................................................. Traditionnellement, lieu de sépulture ("Bez" en Breton signifie "tombe"), le Grand Bé est la dernière demeure de Chateaubriand et un lieu de pèlerinage littéraire depuis 1848. L'île du Grand Bé est située au Nord Ouest de Saint Malo. On y accède à pied à marée basse. |
mercredi, juin 01, 2011
Embarquer ...Chateaubriand- (2/4)
Comment ne pas songer, devant ce beau navire, à Saint-Malo, à l'embarquement de François-René de Chateaubriand pour l'Amérique, le 8 avril 1791?


Le Voyage en Amérique, de Chateaubriand relate son périple dans les « solitudes américaines » en 1791.
Son projet ( auquel il renonça sur place,) était de chercher le passage, découvert depuis, faisant communiquer la mer de Béring, dans le Pacifique, et la baie d'Hudson, dans l'Atlantique.
Epris de cette nature grandiose et sauvage, il étoffe sa narration de pittoresques détails sur la flore , la faune et les usages des pays explorés.
Fiction ou réalité ?
Certaines voix ont contesté la réalité des faits : entre la date de son départ (1791) et celle de son retour au Havre , le 2 janvier 1792, il est peu vraisemblable que Chateaubriand ait vu tout ce qu'il décrit , et ses descriptions ne seraient qu'une compilation de récits d'autres voyageurs.
Certes , de nombreux emprunts ont été faits aux récits de P. de Charlevoix, W. Bartram, ou Carver, mais faut-il pour autant nier toute réalité à ce voyage ?
Sa vision poétique et épique de la nature donne sa pleine mesure dans Atala, René et Les Natchez
Le Voyage en Amérique, de Chateaubriand relate son périple dans les « solitudes américaines » en 1791.
Son projet ( auquel il renonça sur place,) était de chercher le passage, découvert depuis, faisant communiquer la mer de Béring, dans le Pacifique, et la baie d'Hudson, dans l'Atlantique.
Epris de cette nature grandiose et sauvage, il étoffe sa narration de pittoresques détails sur la flore , la faune et les usages des pays explorés.
Fiction ou réalité ?
Certaines voix ont contesté la réalité des faits : entre la date de son départ (1791) et celle de son retour au Havre , le 2 janvier 1792, il est peu vraisemblable que Chateaubriand ait vu tout ce qu'il décrit , et ses descriptions ne seraient qu'une compilation de récits d'autres voyageurs.
Certes , de nombreux emprunts ont été faits aux récits de P. de Charlevoix, W. Bartram, ou Carver, mais faut-il pour autant nier toute réalité à ce voyage ?
Sa vision poétique et épique de la nature donne sa pleine mesure dans Atala, René et Les Natchez
lundi, mai 30, 2011
" la tempête dont le bruit berça mon premier sommeil... " Chateaubriand 1/4
Mémoires d'Outre-Tombe,Première partie,
"Ma jeunesse. Ma carrière de soldat et de voyageur"(1768-1800)
(Photos personnelles)
Maison natale de Chateaubriand à Saint-Malo.
"La maison qu’habitaient alors mes parents est située dans une rue sombre et étroite de Saint-Malo, appelée la rue des Juifs : cette maison est aujourd’hui transformée en auberge. La chambre où ma mère accoucha domine une partie déserte des murs de la ville, et à travers les fenêtres de cette chambre on aperçoit une mer qui s’étend à perte de vue, en se brisant sur des écueils. J’eus pour parrain, comme on le voit dans mon extrait de baptême, mon frère, et pour marraine la comtesse de Plouër, fille du maréchal de Contades. J’étais presque mort quand je vins au jour. Le mugissement des vagues, soulevées par une bourrasque annonçant l’équinoxe d’automne, empêchait d’entendre mes cris : on m’a souvent conté ces détails ; leur tristesse ne s’est jamais effacée de ma mémoire. Il n’y a pas de jour où, rêvant à ce que j’ai été, je ne revoie en pensée le rocher sur lequel je suis né, la chambre où ma mère m’infligea la vie, la tempête dont le bruit berça mon premier sommeil, le frère infortuné qui me donna un nom que j’ai presque toujours traîné dans le malheur. Le Ciel sembla réunir ces diverses circonstances pour placer dans mon berceau une image de mes destinées."
La vallée aux loups, le 31 décembre 1811
Mémoires d'Outre-Tombe, I, II, 3 (La vallée aux loups, le 31 décembre 1811)
"Nous étions un dimanche sur la grève, à l'éventail de la porte Saint-Thomas à l'heure de la marée. Au pied du château et le long du Sillon, de gros pieux enfoncés dans le sable protègent les murs contre la houle. Nous grimpions ordinairement au haut de ces pieux pour voir passer au-dessous de nous les premières ondulations du flux. Les places étaient prises comme de coutume ; plusieurs petites filles se mêlaient aux petits garçons. J'étais le plus en pointe vers la mer, n'ayant devant moi qu'une jolie mignonne, Hervine Magon qui riait de plaisir et pleurait de peur. Gesril se trouvait à l'autre bout du côté de la terre. Le flot arrivait, il faisait du vent ; déjà les bonnes et les domestiques criaient : « Descendez, Mademoiselle ! descendez, Monsieur ! » Gesril attend une grosse lame : lorsqu'elle s'engouffre entre les pilotis, il pousse l'enfant assis auprès de lui ; celui-là se renverse sur un autre ; celui-ci sur un autre : toute la file s'abat comme des moines de cartes, mais chacun est retenu par son voisin ; il n'y eut que la petite fille de l'extrémité de la ligne sur laquelle je chavirai qui, n'étant appuyée par personne, tomba. Le jusant l'entraîne ; aussitôt mille cris, toutes les bonnes retroussant leurs robes et tripotant dans la mer, chacune saisissant son magot et lui donnant une tape. Hervine fut repêchée ; mais elle déclara que François l'avait jetée bas. Les bonnes fondent sur moi ; je leur échappe ; je cours me barricader dans la cave de la maison : l'armée femelle me pourchasse. Ma mère et mon père étaient heureusement sortis. La Villeneuve défend vaillamment la porte et soufflette l'avant-garde ennemie. Le véritable auteur du mal, Gesril, me prête secours : il monte chez lui, et avec ses deux sœurs jette par les fenêtres des potées d'eau et des pommes cuites aux assaillantes. Elles levèrent le siège à l'entrée de la nuit ; mais cette nouvelle se répandit dans la ville, et le chevalier de Chateaubriand, âgé de neuf ans, passa pour un homme atroce, un reste de ces pirates dont saint Aaron avait purgé son rocher."
Chapitre V , livre I, Mémoires d'Outre-Tombe
La plage du Sillon (photo personnelle)
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