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samedi, octobre 05, 2013

Dans le livre des records ? (1/3)


En 1144, il est attesté que cette ville bretonne, dominant la vallée sinueuse du Nançon, se nommait "Fulgeriis", du latin filicaria, c'est- à dire
Fougères, 
située aux confins du Maine et de la Normandie sur la zone frontière  appelée "Marches de Bretagne"

Cependant, une autre hypothèse a cours:
 la ville a peut-être pour origine 
"fous " signifiant  « fossé » 
(en Bretagne et en Normandie, un fossé est une terrasse de terre formée des excavations faites de chaque côté de la banquette, et servant de séparation entre deux propriétés).


A juste titre, la ville  s'enorgueillit de son château  fortifié, qu'elle présente comme "la plus grande forteresse  d'Europe"





L'enceinte comprend 13 tours, la tour Mélusine fait  13 m. de diamètre extérieur, 3,50 m d'épaisseur , et 31 m. de hauteur au-dessus du rocher.Il faut monter 75 marches pour atteindre son sommet.
Une triple enceinte  défend l' intérieur du château 



Pourtant ce site défensif - inhabituel puisqu'il se trouve en contrebas de la ville haute- a été plusieurs fois vaincu, et le guide  vert (Michelin ) énumère une dizaine de chefs militaires (sans oublier les points de suspension ) qui en ont forcé l'entrée.




Cette cité fortifiée  a inspiré  plusieurs  écrivains:

- Balzac y  séjourna  chez des amis pour faire des repérages en vue de son roman Les Chouans, dans lequel il décrit avec précision la ville et ses environs.
- Victor Hugo, (dont la muse et maîtresse, Juliette Drouet était   Fougeraise ) y place un épisode sanglant de son roman historique, Quatre-vingt -treize.

"La Tourgue était cette résultante fatale du passé qui s'appelait la Bastille à Paris, la Tour de Londres en Angleterre, le Spielberg en Allemagne, l'Escurial en Espagne, le Kremlin à Moscou, le château Saint-Ange à Rome.
Dans la Tourgue étaient condensés quinze cents ans, le moyen âge, le vasselage, la glèbe, la féodalité ; dans la guillotine, une année, 93 ; et ces douze mois faisaient contrepoids à ces quinze siècles.
La Tourgue, c'était la monarchie ; la guillotine, c'était la révolution.
Confrontation tragique.
D'un côté, la dette ; de l'autre, l'échéance. D'un côté, l'inextricable complication gothique, le serf, le seigneur, l'esclave, le maître, la roture, la noblesse, le code multiple ramifié en coutumes, le juge et le prêtre coalisés, les ligatures innombrables, le fisc, les gabelles, la mainmorte, les capitations, les exceptions, les prérogatives, les préjugés, les fanatismes, le privilège royal de banqueroute, le sceptre, le trône, le bon plaisir, le droit divin ; de l'autre, cette chose simple, un couperet.
D'un côté, le nœud ; de l'autre, la hache. (Troisième partie, livre VII, vi, pp. 432-433.)"
Cf lien ci-dessus

 Lawrence d’Arabie écrivit, lorsqu’il visita  le château de Fougères en 1907 : " Il n’y a pas d’extérieur plus beau, j’en suis certain "

lien littéraire ici
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jeudi, avril 25, 2013

Blanchir

Le  château de l'Eglantine est le siège du musée de la toile de Jouy.
Il présente l'histoire  de la manufacture créée en 1760, à Jouy -en -Josas par Christophe Philippe Oberkampf  et expose les  magnifiques pièces  de tissu d'habillement et d'ameublement dites "toile de Jouy" dont les diversité est remarquable.
Les plus connus sont les  motifs à fleurs, originaux ou inspirés des Indiennes, qui ont également inspiré les tissus provençaux.  Mais il y en a bien d'autres, puisés dans la littérature (Illustration des fables de la Fontaine, ou de Paul et Virginie)  l'opéra ou l'art (monuments de Paris, monuments égyptiens), la vogue  des chinoiseries, dans l'actualité ( Les montgolfières , la fondation de la Croix-Rouge)  et la politique ( l'indépendance américaine, la visite de Louis XVI inaugurant  la construction de la rade de Cherbourg) etc .

Certains mouchoirs en toile de Jouy expliquent même aux conscrits le fonctionnement des armes! 
Nous voilà loin des Bergeries, scènes galantes, mignonnettes, et autres fleurettes qui ont fait la réputation de ces tissus!



Les parterres de pensées cultivées devant ce joli château du XIX ème siècle évoquent , par leurs teintes pastel et leur disposition, les toiles mises à blanchir sur les prés qui entouraient la manufacture.

En 1834, Victor Hugo , invité avec sa famille, à Bièvres  au château des Roches chez son ami Bertin, directeur du Journal des Débats, cherche un gîte pour sa maîtresse Juliette Drouet.

Ce sera  dans le quartier des Metz, une maison à louer , ancienne conciergerie du château Cambacérès-  qui a une époque avait  d'ailleurs accueilli le musée de la toile de Jouy-
 La maisonnette  porte une plaque commémorant leur idylle.(Lien ici)
Les deux amants, en cas d'empêchement,  se donnaient rendez-vous au lieu-dit Bois- de l'Homme mort et échangeaient leur abondante correspondance dans le creux d'un vieux châtaignier.

Pour lire quelques échantillons  des ces lettres enflammées , c'est ici (Géographie littéraire G . Budé)
Et pour découvrir les autres personnages célèbres de Jouy -en-Josas, c'est
.ou encore les écrivains dans la vallée de la Bièvre, c'est sur ce site 

Quant au toponyme Jouy-en-Josas, il est attesté au 9ème siècle dans la liste des possessions de l'abbaye parisienne de Saint-Germain -des -prés.   Le premier élément  qui le compose provient sans doute du latin "gaudium", signifiant "joie".

Ce qui nous ramène à nos célèbres amants, et à la joie de Juliette, exprimée dans cette lettre , au lendemain d'une averse qui les avait surpris au cours d'un rendez-vous  champêtre :

“Je ne donnerais pas cette journée, et surtout le moment où je tremblais de froid sur tes genoux, pour la plus belle et la plus rayonnante de nos journées d’été. Il me semble que nous nous sommes régénérés à ce baptême dont le ciel faisait tous les frais et dont l’amour était le parrain. Toute ma vie, je sentirai l’impression de chacune des gouttes de pluie qui tombaient de tes cheveux sur mon cou. Toute ma vie, j’entendrai tes paroles de tendre sollicitude et d’enseignement… Tu m’as dit que je t’avais révélé l’amour, toi tu m’as expliqué la nature et, à travers elle, la grandeur et la bonté de Dieu… Il y avait, à la fin, des arcs-en-ciel dans le paysage ; il y en avait aussi dans nos cœurs. Ils correspondaient de ton âme à mon âme, comme d’un bassin à l’autre. Je te remercie pour les belles choses que tu m’as fait admirer et que je ne verrais pas sans toi, et sans le secours de ta belle main blanche sur mon front.”

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Citation empruntée au site "géographie littéraire G Budé " noté plus haut 

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Sur la correspondance amoureuse de Juliette Drouet et de Victor Hugo, article personnel ici 

samedi, avril 17, 2010

Lettres d'amour



Lettre d'amour de Juliette Drouet à Victor Hugo


Vu à saint-Lô le 8 avril 2008 -fête de sainte Julie-
Victor Hugo mon amour
,un beau spectacle théâtral mis en scène par Jacques Décombe, interprété avec flamme par Anthéa Sogno etavec beaucoup de nuances par Sacha Petronijevic.

La grande variété des registres est l' un des atouts de cette adaptation d'une correspondance qui a débuté en 1833, lors de rencontre de l'auteur de Lucrèce Borgia avec une jeune comédienne , Juliette Drouet dans un petit rôle, celui de la princesse Négroni.
Lyrisme , libertinage, pathétique, humour, se côtoient et rendent compte de cette passion tumultueuse qui a duré cinquante années, non dénuées de jalousie et d'infidélités"passagères", comme la liaison de sept ans avec une femme mariée, Léonie Biard!

Comment adapter au théâtre le genre épistolaire ?
Très habilement, à un message de Juju fait suite une réponse de"Toto", ou vice versa, échange souligné par le jeu délibérément exubérant de la comédienne, et celui, plus mesuré du comédien dans un décor simple et signifiant: coiffeuse -écritoire de l'amante, table de travail du grand homme, et au centre, un canapé rouge vif tour à tour estrade, calèche, lit destiné aux ébats .

Quel tri effectuer dans la somme des centaines de lettres de Juliette ?
Le spectacle fait la part belle aux années de jeunesse et de maturité, depuis la première nuit d'amour-en 1833, le 16 février, qui deviendra la date à laquelle Marius et Cosette se donnent l'un à l'autre.
La correspondance commence par le conseil du dramaturge à jolie débutante écartée de la scène par son amant, par Adèle Hugo-dans l'intérêt de la nouvelle pièce Marie Tudor-par les intrigues d'Alexandre Dumas, soucieux de placer sa maîtresse, conseil qui sera suivi :"Ecris-moi, écris-moi tout ce qui te trottera par la tête, tout ce qui te fera battre le coeur".
Ce qui fait battre le coeur de la fidèle compagne au-delà des affres de la passion ? les deuils partagés par un père et une mère: celui de Léopoldine et celui de Claire , la fille du sculpteur Pradier, les discours politiques à la Chambre, la fuite vers la Belgique après le coup d'état de Napoléon III..
Si la partie relative à l'exil dans les îles anglo-normandes m'a paru trop succincte, il faut cependant retenir l'hommage de l'épouse à la maîtresse, dans une lettre adressée à ses enfants et le travail de Juliette , copiste, correctrice, lectrice et documentaliste pour la mise au point des Misérables, titre définitif des Misères .
Le 11 mai 1883, Juliette Drouet , l'amoureuse et la muse s'éteint...et à partir de ce jour, Victor Hugo renonça à l'écriture pour toujours.

Mais avec ce dernier épisode, émouvant, le spectacle ne se termine pas pour autant !
Anthéa Sogno, habitée par son personnage s'adresse au public , lui faisant part de son grand regret: que si peu de rues en France portent le nom de cette égérie ! Et , avec autant d'humour que de conviction, elle nous invite à signer une pétition pour que sorte enfin de l'ombre celle qui a accompagné le plus grand poète français dans sa vie, son exil, et surtout son oeuvre.
Et d'envoyer à la volée envoyer des lettres d'amour que les spectateurs conquis et galvanisés s'empressent de cueillir , en souvenir d'une si belle histoire et d'une si belle soirée!

Monet au fil de l'eau

                                                                         Nymphéas                                                           ...