Au programme de trois classes de première du lycée le Verrier , huis clos, de Sartre, à l'affiche de la saison théâtrale saint-loise (Ceci expliquant cela)
Pour sensibiliser les lycéens à cette représentation, Nicolas Moy les avait rencontrés pour leur dire ce que signifiait pour lui le thème de cette pièce, les relations avec "les autres" à notre époque de mondialisation
Il a parlé de la direction d'acteurs, expliqué que son expérience du théâtre de rue l'avait amené à concevoir les déplacements des personnages , leurs contacts , leurs rapports comme une chorégraphie Les élèves ont posé plusieurs questions sur des éléments précis du décor: les portes, les canapés, la cheminée, le bronze de Barbedienne Sans rien dévoiler, Noicolas Moy a répondu qu'il n'avait pas respecté les didascalies (pas de canapé pour chaque protagoniste, pas de cheminée, un bronze, mais placé ailleurs-choix qui avaient d'ailleurs posé quelques problèmes par rapport au texte ...) Bref de quoi intriguer le futur public! Toujours énigmatique, Nicolas Moy a précisé que l'espace scénique qu'il avait conçu s'inspirait du film fantastique du canadien Vicenzo Natali, The Cube !
La représentation a comblé toutes les attentes
Nous découvrons au sol un quadrilatère délimité par une structure métallique "ornée "de petites lampes qui se trouve dupliqué à hauteur de plafond par un dispositif fait de tubes de néon A gauche, l'encadrement d'une porte translucide crée une ouverture dans cet espace
Tandis que les spectateurs s'installent et papotent en attendant "les trois coups"; un étrange personnage tout de blanc vêtu, à l'allure androgyne et au regard narquois fait le tour de ce "cube", déroule un tapis, vérifie un panneau destiné à recevoir des fiches
Le coup de génie de Nicolas Moy est d'avoir fait dire , d'un bout à l'autre de la pièce , les didas scalies par ce quatrième personnage- garçon d'étage, mais aussi ange exterminateur ou caricature de Simone de Beauvoir! Ces didascalies énoncées sur un ton sardonique prennent une résonance inquiétante tenant plus de la prédiction assurée que du constat Le rôle de ce personnage est primordial :il marquera l'installation définitive en enfer de chaque mort sur la panneau prévu à cet effet , ouvrira la porte par laquelle Garcin pourrait s'échapper, enroulera le tapis pour de prochains arrivants pendant que Garcin s'exclame:"Eh bien! Continuons !"
Bravo aux acteurs, tous excellents !
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mardi, décembre 18, 2007
dimanche, août 12, 2007
Nekrassov,Sartre.mise enscène:Jean-Paul Tribout avec Eric Verdin dans le rôle- titre
Présentation à Plamon
Doté d'un solide sens de l'humour, voire de l'autodérision, J.P. Tribout se plaît à dire qu'en adaptant des pièces inconnues de tous il ne déçoit personne!
On peut le remercier de nous avoir fait découvrir Nekrassov, l' unique comédie de Jean-Paul Sartre et de nous avoir donné envie de la lire grâce à sa brillante mise en scène .
Ecrite en 1955, en pleine guerre froide et au moment de l'affaire Krachenkov, haut fonctionnaire et dissident soviétique accusé d'être un agent des services secrets américains , cette" farce aristophanesque ", comme la qualifiait Sartre est une satire de la propagande anticommuniste de l'époque et un pastiche des méthodes de la presse à sensation , Jules, patron de Soir à Paris , rappelant Pierre Lazareff , patron du célèbre "France Soir ". Comme dans le Menteur de Corneille, faux-semblants, mensonges et 'imposture mènent la danse dans un jeu assez vertigineux d'autant plus qu'on peut y trouver un système d'échos actuels quant aux petits arrangements entre politiques et manipulations des média .
L'écriture de la pièce est surprenante, puisqu'elle utilise la manière d'Anouilh et de Sacha Guitry, à une époque où émergeaient d'autres formes de théâtre, celui d'Adamov ou de Brecht .Roland Barthes, tout en lui reconnaissant une certaine efficacité pensait qu'il était "difficile de faire du grand théâtre politique avec les formes compromises de la dramaturgie bourgeoise " Créée en 1956 par Jean Meyer, elle fut violemment critiquée , en raison du contexte politique , la presse refusait même les placards publicitaires pour Nekrassov .
Pour l'anecdote, Jean Meyer renvoya après plusieurs répétitions un débutant qui n'était autre que Louis de Funès !
Quinze ans plus tard, Georges Werler reprit Nekrassov : demi-succès cette fois-ci .
Bien qu'elle se méfie des coupures qui pourraient fausser la pensée de Sartre, la fille adoptive de J.P. Sartre a autorisé J.P.Tribout à en pratiquer quelques unes, sinon la pièce durerait plus de trois heures .
Elle mobiliserait 26 comédiens-limités ici au nombre de 9 - c'est à peu près la même équipe que pour Zoo, l'assassin philanthrope de Vercors - ce qui cadre bien avec le thème des identités multiples. Décor et costume sont dans l'esprit des années 50: poste de radio , musique et réclames en fond sonore , stores vénitiens en bakélite façon cinéma américain, teintes sépia .
RéactionsSuccès complet !
Le rythme est éblouissant, avec le côté feuilletonnesque des anciennes séries télévisées ou radiophoniques et dans le droit fil des lectures de Sartre, enfant et adulte , qu'il évoque dans les Mots :"J'inventais un univers difficile et mortel, celui de Cri-Cri, de l'Epatant, , de Paul d'Ivoi(...) J'adorais le Cyrano de la Pègre, Arsène Lupin (...)"Les comédiens sont tous excellents .Saluons en particulier le jeu irrésistible de Henri Courseaux , journaliste réactionnaire coincé entre honnêteté et arrivisme , la pétulance de Catherine Chevallier, et la véritable performance d'Eric Verdin .
Pour élargir et passer du plaisir théâtral à la réflexion philosophique rappelons l'analyse proposée par Michel Mourlet aux habitués de Plamon : le personnage de Georges de Valéra , faux Nekrassov, s'inscritdans la pensée existentialiste de Sartre où chacun se construit par rapport au regard des autres.Si sympathique soit-il, Valéra, le soi-disant Nekrassov , qui refuse de s'engager peut être mis en parallèle avec Garcin, le Lâche de Huis clos .
http://mourlet.blog.mongenie.com/
http://www.lelitteraire.com/article3014.html
Sur la mise en scène de G.Werler
Cliquez ici pour visionner un extrait video du Magazine du théâtre : "Nekrassov
A propos d'une série télévisée mythique
Les Brigades du Tigre
Doté d'un solide sens de l'humour, voire de l'autodérision, J.P. Tribout se plaît à dire qu'en adaptant des pièces inconnues de tous il ne déçoit personne!
On peut le remercier de nous avoir fait découvrir Nekrassov, l' unique comédie de Jean-Paul Sartre et de nous avoir donné envie de la lire grâce à sa brillante mise en scène .
Ecrite en 1955, en pleine guerre froide et au moment de l'affaire Krachenkov, haut fonctionnaire et dissident soviétique accusé d'être un agent des services secrets américains , cette" farce aristophanesque ", comme la qualifiait Sartre est une satire de la propagande anticommuniste de l'époque et un pastiche des méthodes de la presse à sensation , Jules, patron de Soir à Paris , rappelant Pierre Lazareff , patron du célèbre "France Soir ". Comme dans le Menteur de Corneille, faux-semblants, mensonges et 'imposture mènent la danse dans un jeu assez vertigineux d'autant plus qu'on peut y trouver un système d'échos actuels quant aux petits arrangements entre politiques et manipulations des média .
L'écriture de la pièce est surprenante, puisqu'elle utilise la manière d'Anouilh et de Sacha Guitry, à une époque où émergeaient d'autres formes de théâtre, celui d'Adamov ou de Brecht .Roland Barthes, tout en lui reconnaissant une certaine efficacité pensait qu'il était "difficile de faire du grand théâtre politique avec les formes compromises de la dramaturgie bourgeoise " Créée en 1956 par Jean Meyer, elle fut violemment critiquée , en raison du contexte politique , la presse refusait même les placards publicitaires pour Nekrassov .
Pour l'anecdote, Jean Meyer renvoya après plusieurs répétitions un débutant qui n'était autre que Louis de Funès !
Quinze ans plus tard, Georges Werler reprit Nekrassov : demi-succès cette fois-ci .
Bien qu'elle se méfie des coupures qui pourraient fausser la pensée de Sartre, la fille adoptive de J.P. Sartre a autorisé J.P.Tribout à en pratiquer quelques unes, sinon la pièce durerait plus de trois heures .
Elle mobiliserait 26 comédiens-limités ici au nombre de 9 - c'est à peu près la même équipe que pour Zoo, l'assassin philanthrope de Vercors - ce qui cadre bien avec le thème des identités multiples. Décor et costume sont dans l'esprit des années 50: poste de radio , musique et réclames en fond sonore , stores vénitiens en bakélite façon cinéma américain, teintes sépia .
RéactionsSuccès complet !
Le rythme est éblouissant, avec le côté feuilletonnesque des anciennes séries télévisées ou radiophoniques et dans le droit fil des lectures de Sartre, enfant et adulte , qu'il évoque dans les Mots :"J'inventais un univers difficile et mortel, celui de Cri-Cri, de l'Epatant, , de Paul d'Ivoi(...) J'adorais le Cyrano de la Pègre, Arsène Lupin (...)"Les comédiens sont tous excellents .Saluons en particulier le jeu irrésistible de Henri Courseaux , journaliste réactionnaire coincé entre honnêteté et arrivisme , la pétulance de Catherine Chevallier, et la véritable performance d'Eric Verdin .
Pour élargir et passer du plaisir théâtral à la réflexion philosophique rappelons l'analyse proposée par Michel Mourlet aux habitués de Plamon : le personnage de Georges de Valéra , faux Nekrassov, s'inscritdans la pensée existentialiste de Sartre où chacun se construit par rapport au regard des autres.Si sympathique soit-il, Valéra, le soi-disant Nekrassov , qui refuse de s'engager peut être mis en parallèle avec Garcin, le Lâche de Huis clos .
http://mourlet.blog.mongenie.com/
http://www.lelitteraire.com/article3014.html
Sur la mise en scène de G.Werler
Cliquez ici pour visionner un extrait video du Magazine du théâtre : "Nekrassov
A propos d'une série télévisée mythique
Les Brigades du Tigre
Nekrassov,Sartre, photos de la mise en scène de J.P.Tribout ,jardin des Enfeus, Sarlat (Photos)
Présentation à Plamon
Doté d'un solide sens de l'humour, voire de l'autodérision, J.P. Tribout se plaît à dire qu'en adaptant des pièces inconnues de tous il ne déçoit personne!
On peut le remercier de nous avoir fait découvrir Nekrassov, l' unique comédie de Jean-Paul Sartre et de nous avoir donné envie de la lire grâce à sa brillante mise en scène .
Ecrite en 1955, en pleine guerre froide et au moment de l'affaire Krachenkov, haut fonctionnaire et dissident soviétique accusé d'être un agent des services secrets américains , cette" farce aristophanesque ", comme la qualifiait Sartre est une satire de la propagande anticommuniste de l'époque et un pastiche des méthodes de la presse à sensation , Jules, patron de Soir à Paris , rappelant Pierre Lazareff , patron du célèbre "France Soir ". Comme dans le Menteur de Corneille, faux-semblants, mensonges et 'imposture mènent la danse dans un jeu assez vertigineux d'autant plus qu'on peut y trouver un système d'échos actuels quant aux petits arrangements entre politiques et manipulations des média .
L'écriture de la pièce est surprenante, puisqu'elle utilise la manière d'Anouilh et de Sacha Guitry, à une époque où émergeaient d'autres formes de théâtre, celui d'Adamov ou de Brecht .Roland Barthes, tout en lui reconnaissant une certaine efficacité pensait qu'il était "difficile de faire du grand théâtre politique avec les formes compromises de la dramaturgie bourgeoise " Créée en 1956 par Jean Meyer, elle fut violemment critiquée , en raison du contexte politique , la presse refusait même les placards publicitaires pour Nekrassov .
Pour l'anecdote, Jean Meyer renvoya après plusieurs répétitions un débutant qui n'était autre que Louis de Funès !
Quinze ans plus tard, Georges Werler reprit Nekrassov : demi-succès cette fois-ci .
Bien qu'elle se méfie des coupures qui pourraient fausser la pensée de Sartre, la fille adoptive de J.P. Sartre a autorisé J.P.Tribout à en pratiquer quelques unes, sinon la pièce durerait plus de trois heures .
Elle mobiliserait 26 comédiens-limités ici au nombre de 9 - c'est à peu près la même équipe que pour Zoo, l'assassin philanthrope de Vercors - ce qui cadre bien avec le thème des identités multiples. Décor et costume sont dans l'esprit des années 50: poste de radio , musique et réclames en fond sonore , stores vénitiens en bakélite façon cinéma américain, teintes sépia .
RéactionsSuccès complet !
Le rythme est éblouissant, avec le côté feuilletonnesque des anciennes séries télévisées ou radiophoniques et dans le droit fil des lectures de Sartre, enfant et adulte , qu'il évoque dans les Mots :"J'inventais un univers difficile et mortel, celui de Cri-Cri, de l'Epatant, , de Paul d'Ivoi(...) J'adorais le Cyrano de la Pègre, Arsène Lupin (...)"Les comédiens sont tous excellents .Saluons en particulier le jeu irrésistible de Henri Courseaux , journaliste réactionnaire coincé entre honnêteté et arrivisme , la pétulance de Catherine Chevallier, et la véritable performance d'Eric Verdin
Pour élargir et passer du plaisir théâtral à la réflexion philosophique rappelons l'analyse proposée par Michel Mourlet aux habitués de Plamon : le personnage de Georges de Valéra , faux Nekrassov, s'inscritdans la pensée existentialiste de Sartre où chacun se construit par rapport au regard des autres.Si sympathique soit-il, Valéra, le soi-disant Nekrassov , qui refuse de s'engager peut être mis en parallèle avec Garcin, le Lâche de Huis clos .
http://mourlet.blog.mongenie.com/
http://www.lelitteraire.com/article3014.html
Sur la mise en scène de G.Werler
Cliquez ici pour visionner un extrait video du Magazine du théâtre : "Nekrassov
A propos d'une série télévisée mythique
Les Brigades du Tigre
jeudi, avril 19, 2007
Sartre et Simone de Beauvoir
lu dans
la vie extérieure d'Annie Ernaux
"A droite de l'entrée,Sartre et Beauvoir, ensemble.Elle a gagné pour l'éternité.De petits papiers dans toutes les langues ,sur leur tombe ,un monument jaunâtre, trop clair "
En novembre 2005, à la Toussaint lorsque j'ai visité le cimetière Montparnasse, La tombe de Jean -Paul Sartre et de Simone de Beauvoir était vierge de tout petit papier.
Blanche et modeste,simplement fleurie d'une bruyère et de quelques pensées, elle m'a fait penser aux tombes d'enfants et ce couple libre et révolutionnaire m'a paru reposer comme dans des lits jumeaux.
"La mort de Jean -Baptiste fut la grande affaire de ma vie:elle rendit ma mère à ses chaînes et me donna la liberté".
Jean-Paul Sartre, Les Mots, Ed Gallimard ,1964
la vie extérieure d'Annie Ernaux
"A droite de l'entrée,Sartre et Beauvoir, ensemble.Elle a gagné pour l'éternité.De petits papiers dans toutes les langues ,sur leur tombe ,un monument jaunâtre, trop clair "
En novembre 2005, à la Toussaint lorsque j'ai visité le cimetière Montparnasse, La tombe de Jean -Paul Sartre et de Simone de Beauvoir était vierge de tout petit papier.
Blanche et modeste,simplement fleurie d'une bruyère et de quelques pensées, elle m'a fait penser aux tombes d'enfants et ce couple libre et révolutionnaire m'a paru reposer comme dans des lits jumeaux.
"La mort de Jean -Baptiste fut la grande affaire de ma vie:elle rendit ma mère à ses chaînes et me donna la liberté".
Jean-Paul Sartre, Les Mots, Ed Gallimard ,1964
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