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dimanche, juillet 24, 2016

Argan au haras

    Samedi 2 juillet, au haras de Saint-Lô, représentation du Malade imaginaire de Molière, dans une mise en scène de Jean-Daniel Laval-  directeur de La Compagnie de la Reine -avec Gérard Holtz dans le rôle d'Argan et son fils Antoine dans celui de Thomas Diafoirus, grotesque et inquiétant .



   La tournée Vive le Théâtre, fait halte sur les étapes du Tour de France en associant plaisir du jeu et générosité.
 En effet, les représentations sont gratuites grâce à Optic 200O, les spectateurs sont invités au lever de rideau à  soutenir  la recherche sur les maladies génétiques oculaires par leurs dons.
(AFM-Téléthon)


  On sait que c'est en jouant Argan que Molière, très malade, mourut, le 17 février 1673 ,non pas sur scène, mais à son domicile où il fut transporté d'urgence par sa troupe,  comme l'évoque la  scène finale du film  d'Ariane Mnouchkine , rythmée par la musique de Purcell.

  Sur un  dispositif scénique très ingénieux et joliment éclairé au fur et à mesure de la tombée de la nuit,  trône un grand fauteuil blanc -  référence  au célèbre fauteuil dans lequel mourut Molière-

  Là, Gérard Holtz tient son rôle avec brio, sachant varier les registres, tantôt bouffon, tantôt dupe pitoyable , bonhomme,  malicieux et complice dans la scène avec Louison (Mathilde Puget), pleutre larmoyant face au terrible M. Purgon,





Thiphaine Vaur campe une Toinette pleine d'allant.

ARGAN.- Où est-ce donc que nous sommes ? et quelle audace est-ce là à une coquine de servante de parler de la sorte devant son maître ?
TOINETTE.- Quand un maître ne songe pas à ce qu’il fait, une servante bien sensée est en droit de le redresser.
ARGAN court après Toinette.- Ah ! insolente, il faut que je t’assomme.
TOINETTE se sauve de lui.- Il est de mon devoir de m’opposer aux choses qui vous peuvent déshonorer.
ARGAN, en colère, court après elle autour de sa chaise, son bâton à la main.- Viens, viens, que je t’apprenne à parler.
TOINETTE, courant, et se sauvant du côté de la chaise où n’est pas Argan.- Je m’intéresse, comme je dois, à ne vous point laisser faire de folie.
ARGAN.- Chienne !
TOINETTE.- Non, je ne consentirai jamais à ce mariage.
ARGAN.- Pendarde !
TOINETTE.- Je ne veux point qu’elle épouse votre Thomas Diafoirus.


Améle Gonin joue la mielleuse  Béline


ARGAN.- Il faut faire mon testament, mamour, de la façon que Monsieur dit ; mais par précaution je veux vous mettre entre les mains vingt mille francs en or, que j’ai dans le lambris de mon alcôve, et deux billets payables au porteur, qui me sont dus, l’un par Monsieur Damon, et l’autre par Monsieur Gérante.
BÉLINE.- Non, non, je ne veux point de tout cela. Ah ! combien dites-vous qu’il y a dans votre alcôve ?
ARGAN.- Vingt mille francs, mamour.
BÉLINE.- Ne me parlez point de bien, je vous prie. Ah ! de combien sont les deux billets ?
ARGAN.- Ils sont, mamie, l’un de quatre mille francs, et l’autre de six.
BÉLINE.- Tous les biens du monde, mon ami, ne me sont rien, au prix de vous.
LE NOTAIRE.- Voulez-vous que nous procédions au testament ?
ARGAN.- Oui, Monsieur ; mais nous serons mieux dans mon petit cabinet. Mamour, conduisez-moi, je vous prie.
BÉLINE.- Allons, mon pauvre petit fils.




 Comédie de moeurs  et de caractère écrite en 1673, le Malade imaginaire reste une farce à bien des titres et Jean-Daniel Laval ne se prive pas de mettre en scène lavements, clystères et... "matières" qui ont fait glousser de dégoût le public!

Souhaitant inviter la belle Angélique à la dissection d'une femme, Thomas Diafoirus  arbore des linges ensanglantés, et le même Thomas assortit sa réplique ambiguë " Baiserai-je ?"
 d'une gestuelle impudique, qu'il accentue, face aux  éloges de son père:

"Au reste, pour ce qui est des qualités requises pour le mariage et la propagation, je vous assure que, selon les règles de nos docteurs, il est tel qu'on le peut souhaiter; qu'il possède en un degré louable la vertu prolifique, et qu'il est du tempérament qu'il faut pour engendrer et procréer des enfants bien conditionnés."

(Acte II Sc 5)


La leçon de cette comédie satirique  est énoncée par Béralde ( Richard Delestre, très classe):

ARGAN.-
 Pourquoi ne voulez-vous pas, mon frère, qu’un homme en puisse guérir un autre ?
BÉRALDE.- Par la raison, mon frère, que les ressorts de notre machine sont des mystères jusques ici, où les hommes ne voient goutte ; et que la nature nous a mis au-devant des yeux des voiles trop épais pour y connaître quelque chose.
ARGAN.- Les médecins ne savent donc rien, à votre compte ?
BÉRALDE.- Si fait, mon frère. Ils savent la plupart de fort belles humanités ; savent parler en beau latin, savent nommer en grec toutes les maladies, les définir, et les diviser ; mais pour ce qui est de les guérir, c’est ce qu’ils ne savent point du tout.
ARGAN.- Mais toujours faut-il demeurer d’accord, que sur cette matière les médecins en savent plus que les autres.
BÉRALDE.- Ils savent, mon frère, ce que je vous ai dit, qui ne guérit pas de grand-chose, et toute l’excellence de leur art consiste en un pompeux galimatias, en un spécieux babil, qui vous donne des mots pour des raisons, et des promesses pour des effets.
ARGAN.- Mais enfin, mon frère, il y a des gens aussi sages et aussi habiles que vous ; et nous voyons que dans la maladie tout le monde a recours aux médecins.
BÉRALDE.- C’est une marque de la faiblesse humaine, et non pas de la vérité de leur art.
ARGAN.- Mais il faut bien que les médecins croient leur art véritable, puisqu’ils s’en servent pour eux-mêmes.
BÉRALDE.- C’est qu’il y en a parmi eux, qui sont eux-mêmes dans l’erreur populaire, dont ils profitent, et d’autres qui en profitent sans y être. Votre Monsieur Purgon, par exemple, n’y sait point de finesse ; c’est un homme tout médecin, depuis la tête jusqu’aux pieds. Un homme qui croit à ses règles, plus qu’à toutes les démonstrations des mathématiques, et qui croirait du crime à les vouloir examiner ; qui ne voit rien d’obscur dans la médecine, rien de douteux, rien de difficile ; et qui avec une impétuosité de prévention, une raideur de confiance, une brutalité de sens commun et de raison, donne au travers des purgations et des saignées, et ne balance aucune chose. Il ne lui faut point vouloir mal de tout ce qu’il pourra vous faire, c’est de la meilleure foi du monde, qu’il vous expédiera, et il ne fera, en vous tuant, que ce qu’il a fait à sa femme et à ses enfants, et ce qu’en un besoin il ferait à lui-même.
ARGAN.- C’est que vous avez, mon frère, une dent de lait contre lui. Mais enfin, venons au fait. Que faire donc, quand on est malade ?
BÉRALDE.- Rien, mon frère.
ARGAN.- Rien ?
BÉRALDE.- Rien. Il ne faut que demeurer en repos. La nature d’elle-même, quand nous la laissons faire, se tire doucement du désordre où elle est tombée. C’est notre inquiétude, c’est notre impatience qui gâte tout, et presque tous les hommes meurent de leurs remèdes, et non pas de leurs maladies.
ARGAN.- Mais il faut demeurer d’accord, mon frère, qu’on peut aider cette nature par de certaines choses.
BÉRALDE.- Mon Dieu, mon frère, ce sont pures idées, dont nous aimons à nous repaître ; et de tout temps il s’est glissé parmi les hommes de belles imaginations que nous venons à croire, parce qu’elles nous flattent, et qu’il serait à souhaiter qu’elles fussent véritables. Lorsqu’un médecin vous parle d’aider, de secourir, de soulager la nature, de lui ôter ce qui lui nuit, et lui donner ce qui lui manque, de la rétablir, et de la remettre dans une pleine facilité de ses fonctions : lorsqu’il vous parle de rectifier le sang, de tempérer les entrailles, et le cerveau, de dégonfler la rate, de raccommoder la poitrine, de réparer le foie, de fortifier le cœur, de rétablir et conserver la chaleur naturelle, et d’avoir des secrets pour étendre la vie à de longues années ; il vous dit justement le roman de la médecine. Mais quand vous en venez à la vérité, et à l’expérience, vous ne trouvez rien de tout cela, et il en est comme de ces beaux songes, qui ne vous laissent au réveil que le déplaisir de les avoir crus.
ARGAN.- C’est-à-dire, que toute la science du monde est renfermée dans votre tête, et vous voulez en savoir plus que tous les grands médecins de notre siècle.
BÉRALDE.- Dans les discours, et dans les choses, ce sont deux sortes de personnes, que vos grands médecins. Entendez-les parler, les plus habiles gens du monde ; voyez-les faire, les plus ignorants de tous les hommes.
ARGAN.- Hoy. Vous êtes un grand docteur, à ce que je vois, et je voudrais bien qu’il y eût ici quelqu’un de ces messieurs pour rembarrer vos raisonnements, et rabaisser votre caquet.


... et avec une bonne dose d'autodérision, sous la plume  du dramaturge:




BÉRALDE.- Moi, mon frère, je ne prends point à tâche de combattre la médecine, et chacun à ses périls et fortune, peut croire tout ce qu’il lui plaît. Ce que j’en dis n’est qu’entre nous, et j’aurais souhaité de pouvoir un peu vous tirer de l’erreur où vous êtes ; et pour vous divertir vous mener voir sur ce chapitre quelqu’une des comédies de Molière.
ARGAN.- C’est un bon impertinent que votre Molière avec ses comédies, et je le trouve bien plaisant d’aller jouer d’honnêtes gens comme les médecins.
BÉRALDE.- Ce ne sont point les médecins qu’il joue, mais le ridicule de la médecine.
ARGAN.- C’est bien à lui à faire de se mêler de contrôler la médecine ; voilà un bon nigaud, un bon impertinent, de se moquer des consultations et des ordonnances, de s’attaquer au corps des médecins, et d’aller mettre sur son théâtre des personnes vénérables comme ces Messieurs-là.
BÉRALDE.- Que voulez-vous qu’il y mette, que les diverses professions des hommes ? On y met bien tous les jours les princes et les rois, qui sont d’aussi bonne maison que les médecins.
ARGAN.- Par la mort non de diable, si j’étais que des médecins je me vengerais de son impertinence, et quand il sera malade, je le laisserais mourir sans secours. Il aurait beau faire et beau dire, je ne lui ordonnerais pas la moindre petite saignée, le moindre petit lavement ; et je lui dirais : "crève, crève, cela t’apprendra une autre fois à te jouer à la Faculté".
BÉRALDE.- Vous voilà bien en colère contre lui.
ARGAN.- Oui, c’est un malavisé, et si les médecins sont sages, ils feront ce que je dis.
BÉRALDE.- Il sera encore plus sage que vos médecins, car il ne leur demandera point de secours.
ARGAN.- Tant pis pour lui s’il n’a point recours aux remèdes.
BÉRALDE.- Il a ses raisons pour n’en point vouloir, et il soutient que cela n’est permis qu’aux gens vigoureux et robustes, et qui ont des forces de reste pour porter les remèdes avec la maladie ; mais que pour lui il n’a justement de la force, que pour porter son mal.
ARGAN.- Les sottes raisons que voilà. Tenez, mon frère, ne parlons point de cet homme-là davantage, car cela m’échauffe la bile, et vous me donneriez mon mal.



Quelle belle soirée théâtrale dans  le superbe cadre du haras !

vendredi, mai 16, 2014

Croq'cheval:le retour! (4)

En voiture!


Le coupé Clarence , 
né en Angleterre, est une voiture hippomobile proche du brougham. 
Cette berline, créée vers 1830 et répandue vers 1840, est ainsi nommée d'après le prince William, duc de Clarence et St Andrews, roi d'Angleterre  sous le nom de Guillaume IV(1735-1864)
Sa particularité réside dans le fait que la partie avant de la caisse, habituellement fermée, est remplacée par une baie vitrée qui s'incurve latéralement jusqu'aux montants des portes.(= coupé)
Visuellement , l'aspect de la voiture. gagne ainsi en légèreté

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Sa particularité réside dans le fait que la partie avant de la caisse, habituellement fermée, est remplacée par une baie vitrée qui s'incurve latéralement jusqu'aux montants des portes.(= coupé)
Visuellement , l'aspect de la voiture. gagne ainsi en légèreté
Dans les transports publics, le coupé prend le nom de "fiacre"

http://www.attelage-patrimoine.com/article-31077316.html


Omnibus
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http://www.attelage-patrimoine.com/article-31077316.html



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Croq'cheval 2013 c'est là
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mardi, mai 13, 2014

Croq'cheval: le retour (3)


Profil droit? Profil gauche? 


Valse-hésitation pour  
Qredo de Paulstra.





 Idéal du Perche, a gentiment posé: il mérite d'être photographié  en compagnie deStéphanie Péricat 


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Croq'cheval 2013, c'était là

samedi, mai 10, 2014

Croq'cheval: le retour! (2)

C'est mon dada!






Ces  chevaux -là qui n''ont rien de fringant!


Les   deux charmants poneys-mascottes.

Stéphanie Péricat demande à Crystal si son portrait lui convient
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Article personnel 2013  ici

mercredi, mai 07, 2014

Croq' cheval:le retour! (1)

Nouveau départ pour le haras de Saint-Lô



avec les ateliers artistiques,


animés par Stéphanie Péricat


et l'exposition "Croq'cheval"qui présente esquisses, études ou croquis réalisés par les artistes, selon différentes techniques de  dessin, avant la mise au point de l'oeuvre définitive.

Ci-dessous: sculpture de Michel Leray



Autant dire que la spontanéité , la gestuelle, la personnalité des artistes sont à l'honneur !
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Voir:http://photograff.blogspot.fr/2013/04/croqu-cheval.html 
et
aussi: http://melimailart.blogspot.fr/2014/05/portraits-au-haras.html

mardi, avril 30, 2013

Croqu' cheval

ou 
"Carnets de voyage au haras"
comme auraient pu en réaliser 
Delacroix 
et Géricault
(Excusez du peu!)
ou encore 
"atelier-déambulation", titre d'une prochaine session ?

tout simplement 
 ateliers artistiques 
sous la conduite chaleureuse et bienveillante 
de 
Stéphanie Péricat,
 pastelliste et peintre animalière , et  plus particulièrement  des chevaux .





Deux croquis à l'intérieur, dans l'écurie Numéro  5, deux à l'extérieur, tel était le programme de cette séance de 4h , où le temps a filé, que dis-je ? galopé très agréablement .


Le soleil était là , jeudi 25 avril, pour accompagner l'atelier "étalon" -18 ans et plus, composé d'un quatuor de dames :
- Gigi, férue de  croquis "à l'arraché".
 - Pauline, 16 ans, qui suit des cours de dessin et qui raffole des chevaux
-Aude, tellement passionnée qu'elle est restée les dessiner dans l'écurie (d'où son absence sur la photo)

-et moi-même ...


Pour 15 euros, le matériel  était prêté ( carton à dessin, crayons sanguine, fusain, craie plus  4 feuilles de papier aux teintes et textures différentes, toutes  en harmonie avec les couleurs du haras et des chevaux)


Toutes les oeuvres des différents ateliers seront exposées
-avec celles de l'artiste-
de juin à septembre 2013 et donneront lieu à un vote du public puis à une remise des prix pour 
les journées du patrimoine 




(A suivre) 
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Collages de miss Yves effectués
 à partir
 des photos personnelles de Miss Bike -  qui se plaît aussi à représenter motos et voitures!

Pour admirer les tableaux
de Stéphanie ,
 lien ici
(Son atelier se trouve à Gorges ,près de Périers)
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http://www.saint-lo.maville.com/sortir/infos_-Des-ateliers-de-dessin-au-haras-de-Saint-Lo_fil-2328731_actu.Htm

mercredi, mai 18, 2011

Un écrivain cavalier (2/2)


C'est grâce à la ténacité de  Madame Suzanne Leclerc , présidente des amis des musées,qui avait écrit , à Jérôme Garcin au Nouvel Observateur, un an auparavant , qu'une date a pu être trouvée pour cette invitation. La causerie-débat devait avoir pour sujet l'Ecuyer mirobolant , paru  en 2010 mais a été  bien sûr  élargie à Olivier, publié depuis .

Ma première question a concerné le genre de cet ouvrage consacré à Etienne Beudant: est-ce bien un roman, comme il est mentionné sur la couverture,  ne serait-ce  pas  plutôt une biographie, voire   une autobiographie déguisée ?
Question assez paradoxale, certes, mais suscitée par cette réflexion du personnage principal sur l'écriture:"Il hésitait entre le traité et l'autobiographie, entre la première et la troisième personne".

-  Légèrement  surpris, Jérôme Garcin a affirmé qu'il s'agit incontestablement d'un  roman , le personnage  évoqué étant  si peu connu que l'on peut   combler les blancs de la biographie,broder, inventer . Par exemple, cette rencontre impossible chronologiquement  , pendant l'exposition de Chicago,entre Beudant et  Calamity Jane .Ou , invraisemblables , les face-à face  avec Liautey,  assorties  de conversations complices "malgré tout ce qui les séparait, les origines sociales, la hiérarchie militaire, le tempérament ".
-Cependant, a reconnu volontiers l'écrivain , il est indéniable que des éléments personnels  ont nourri ce portrait fictif: l'amour  et le respect des chevaux, une éthique qui fait  dire  au jeune capitaine et à l'illustre maréchal que" l'on ne préside pas  aux destinées d'un pays (Ici, le Maroc), si l'on ne sait monter". Et notre invité de  d'élargir le propos, passant du Maroc du début du siècle  à la France contemporaine  ,  de soutenir - mi sérieux, mi badin - que des cours d'équitation devraient figurer au programme des écoles destinées à  former les élites de notre pays !

 - J'avais  également été sensible au fait qu'un personnage secondaire-mais l'est-il vraiment, lui qui adopte Vallerine , la jument égarée d'Etienne Beudant  et qui devient l'héritier spirituel de son traité - se prénomme Philippe...
- A la fois souriant et ému, Jérôme Garcin a évoqué ce prénom , qui est   non seulement celui de son père, victime  à 45 ans, d'un cheval tueur, mais encore le patronyme de son  épouse Anne-Marie Philip(pe) , fille de  Gérard Philippe, décédé à 37 ans .
Jérôme, adolescent, avait noué une correspondance avec Anne Philippe, après avoir lu  avec émotion Le temps d 'un soupir;  (sans savoir que l'auteur  était la veuve du comédien ) , des invitations chez celle-ci devaient  aboutir   au coup de foudre du  jeune homme pour  Anne-Marie , grande  et fière jeune fille aux  hautes cuissardes  comme  celles que portait son père dans le rôle du Cid .

Aussi la boîte aux lettres  de l'écrivain  réunit-elle   aujourd'hui deux patronymes ,Philippe Garcin , reconstituant  le nom de son propre père.... Signe du destin ?





Pour faire la transition entre l' Ecuyer mirobolant et Olivier, Jean-Noël  Bernicot a lu, de facàon sobre et convaincante, un passage clef du premier ouvrage ;  un même travail de mise en voix devait conclure la causerie autour du   deuxième livre,  Olivier.

la  dénomination de érécit"   n'est-elle pas  limitative ? D'autres termes ne pourraient-ils pas convenir?
Confession ?Lamento ? Essai sur la gémellité ?Peut-on vraiment  parler de confession- qui suppose une culpabilité ? En quoi peut-on se sentir coupable de la mort de son jumeau ?

A toutes ces questions, Jérôme Garcin  a répondu avec autant de pudeur que de sincérité, parlant de la culpabilité du survivant , de sa quête des doubles de substitution- son épouse Anne-Marie ," jumelle positive ",  Bartabas -  de l'écriture  tâtonnante de ce texte, dialogue imaginaire avec son jumeau de plus en plus présent avec les années,  "bilan provisoire" du sens à donner à son intimité  avec le cheval.

"J'ai peiné à chaque phrase de ce livre, me maudissant de l'avoir commencé" ,  ce commentaire concerne aussi bien la chute  de cheval  qu 'Olivier, et pourtant, parce que "l'écriture n'est pas si différente de l'équitation", la conclusion de ce travail tant thérapeutique qu'artistique pourrait être cette  belle  phrase :"Avec lui , je galope en arrière dans la poussière du temps".

L'humanité, la simplicité, la courtoise de Jérôme Garcin ainsi que son sens  très vif de l'humour ont conquis l 'auditoire qui lui a posé de nombreuses  questions: d'où lui venait son amour des livres ? Où et comment écrivait-il ?Quel sera le sujet de son prochain roman ?

-Cet amour des livres- qui l'a  d'ailleurs sauvé- il le doit à son père ,  éditeur de son métier, et à la fréquentation  familière des écrivains "à qui, enfant,  il passait les cacahuètes à l'heure de l'apéritif "
 -Impossible d'écrire à Paris , et "si je ne monte pas à cheval,je ne peux pas écrire une ligne".
- Concession accordée  à ceux qui trouvent  que  toujours parler de sa passion traduit quelque  folie, le prochain roman ne parlera pas de chevaux!

         L'écrivain cavalier tiendra t-il  vraiment ce pari  ?


M.S.


lundi, mai 16, 2011

Rencontre littéraire au haras (1/2)



Samedi 9 mars 2011, un hôte de marque était attendu à l'écurie Numéro 5 du haras national :
  l'écrivain  Jérôme Garcin, venu parler de son roman L'écuyer mirobolant (Gallimard  2010) consacré à Etienne Beudant, ainsi que  de son dernier ouvrage , Olivier, récit autobiographique publié chez Gallimard en 2011.

Un lieu accordé à  la passion de Jérôme Garcin pour les chevaux et que celui -ci avait d'ailleurs eu l'occasion de visiter , à l'âge de dix ans en compagnie de son père. Il y avait assisté pour la première fois à une saillie et en avait été fortement impressionné. Non sans malice, l'écrivain s'est étonné  - et amusé- de la fréquente reconversion d'anciens couvents   voués à la chasteté en haras voués... à la reproduction.

Dans  La chute de cheval , (paru en 1998 chez Gallimard et réédité dans Le  livre de poche avec une postface  essentielle écrite en 1999), Jérôme Garcin évoquait  un double traumatisme: en 1973, la mort de son père, tué, à 45 ans  par un cheval vicieux, et celle de son frère jumeau, Olivier,  fauché  en 1962 à  l'âge de six ans  sous ses yeux et ceux  de ses parents par un chauffard. .
Deux drames qui l'ont fragilisé, persuadé qu' à tout instant un père pouvait être enlevé à sa famille, un frère arraché à son  besson, le rendant sensible aux signes auxquels il refuse une signification religieuse, mais qu'il souligne, assemble, recompose dans sa création littéraire.Si ces deux épisodes tragiques  n'apparaissent explicitement qu'au deuxième chapitre de ce recueil, et comme incidemment,  parmi des textes consacrés au cheval dans l'art équestre , la peinture  la littérature et la vie, ils  en sont  bel et bien   le moteur . En effet, après l'accident de son père, et un  rejet inconscient des chevaux  pendant vingt ans, l'auteur les a redécouverts grâce l'attirance de son fils pour cet animal transformant   ainsi les fantômes du passé en "une promesse d'avenir". Le lieu  de cette redécouverte, Ouilly -du-Houley fait écho à celui où  dans la fiction de l'écuyer mirobolant , un  certain Philippe  Meurdrac (au  prénom prédestiné et doublement cher à notre auteur..)  découvre enfin  l'identité de  Vallerine, la jument d'Etienne Beudant, qu'il avait trouvée  du côté de chez Julien Gracq à Saint-Florent -Le Vieil, le 22 juin 1940, en pleine débâcle.

Le chapitre de la Chute de cheval joliment intitulé "Un rêve passe, il va l' amble" fait écho au dernier chapitre de l'Ecuyer mirobolant,dans lequel, à la faveur de la naissance d'un poulain, Philippe âgé de quarante ans-en 1962- revient sur cette   rencontre décisive,   sur le sens sa vie, et comprend  en relisant extérieur et Haute école, le traité de Beudant "que rien n'effacerait jamais les traces des chevaux sur la terre des hommes".



(A suivre)






M. Vignaut, directeur du haras, ravi  de recevoir une personnalité aussi attachée à l'univers  du cheval  que Jérôme Garcin ,avait obligeamment mis à notre disposition l'écurie numéro cinq  , et  Mme Catherine Barbey, directrice de l'Office du tourisme avait excellemment préparé cette rencontre, avec l'aide précieuse des services technique de la ville.


Signe faste ?Cette rencontre littéraire coïncidait avec la reprise des visites guidées du haras.

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Signes, fils et tissages:

Le journal Ouest France publiait le même jour un article sur la publication  aux éditions José Corti des Manuscrits de guerre de Julien Gracq.(né en 1940 à Saint -Florent-le -Vieil, mort à Angers en 2007)
Il s'agit de son journal de guerre, rédigé au retour de captivité en 1942, découvert à la BNF par Bernild Boie, l'éditrice de Gracq à la Pléiade.
Dans ce cahier d'écolier rouge, de marque Conquérant, Louis Poirier, qui n'avait pas encore pris le nom de plume qu'on lui connaît, raconte en 77 pages trois semaines de campagne en Flandre, débâcle parachevée le 2 juin 1940,avec la défaite de sa section 
Or,  c'est en pleine débâcle,à l'entrée de St -Florent le 21 juin 1940 que Vallerine fausse compagnie à Madame Lajoinie qui devait restituer la jument à son maître, le capitaine Beudant...Disparition inexplicable,inexpliquée, dont on découvrira , au dernier chapitre  quel  cadeau prédestiné a été fait , mystérieusement, à Philippe Meurdrac, devenu , à 17 ans, puis 22 ans plus tard, le fils spirituel  que rêvait d'avoir  l'Ecuyer mirobolant .

" Un Fabuleux cadeau  de Gracq  à ses lecteurs", commente joliment Daniel Morvan dans O.F, ce 9 mars 2011, jour  où nous recevions au haras, un peu comme chez lui,  le gracquien Jérôme Garcin .

mardi, juillet 06, 2010

Visite au haras (2)

Notre guide , Aurore nous fait faire le tour complet du haras avec des explications complètes.

C'est l'heure du repas!

Ci-dessous, les bâtiments consacrés au rôle des étalons du haras national de Saint-lô:

1-la salle d'insémination artificielle
2-Dans ce local, le mannequin sert à recueillir la semence de l'étalon, tandis qu'une jument réelle -appelée, non sans humour "Super Nana",(âgée de 14 ans ) installée à l'abri, au fond de la salle stimule , par ses émanations corporelles , les ardeurs de l'étalon.
3-la salle d'échographie


Voici les juments et leurs petits.
Reflets...non pas dans un oeil d'or, mais dans les vitres des fenêtres .
La photo numéro trois, en bas à droite est celle du laboratoire d'analyse chargé de vérifier la qualité de la semence des étalons .
Salle des attelages .
Des démonstrations d'attelages sont faites tous les jeudis, pendant l'été.
Superbe spectacle!Merci à l'association des amis des musées municipaux et à notre guide, Aurore!

lundi, juillet 05, 2010

A cheval (visite au haras: 1)

Visite du haras national de saint-Lô:


un beau cheval blanc se présente:"Idéal du Perche", c'est un cheval de trait, aussi ce n'est pas lui que nous monterons !
Au-dessus du box, la fiche d'identité et" l'arbre généalogique "du cheval.


Invitation à un petit voyage, au pas, au trot, au galop ?




Ce superbe cob normand est un cheval de selle: c'est le cheval de la garde républicaine !Quel prestige! Quelle classe !
Notre guide, Aurore, nous explique qu'il est interdit depuis 1998 de couper la queue à cette race de cheval, pratique autrefois admise pour raison esthétique.
Notez les chaussettes de protection portées par "Gargillier".

C'est un cheval de compétition, que les employés du haras font "travailler", c'est à dire courir tous les jours, mais qui est trop jeune encore pour être " exploité", c'est à dire utilisé comme reproducteur.
La structure de la toiture du manège a été conçue , en 1886 par un célèbre architecte: devinez lequel !

Au sol, un mélange de terre et de feutre .
Vue d'ensemble du haras.
A l'arrière-plan, l'ancienne * maison du directeur , *autrefois logement de fonction, louée à présent à des particuliers .
Plein ciel
J’avais un cheval/
Dans un champ de ciel/
Et je m’enfonçais/
Dans le jour ardent. /
Rien ne m’arrêtait /
J’allais sans savoir, /
C’était un navire/
Plutôt qu’un cheval,/
C’était un désir/ Plutôt qu’un navire,/
C’était un cheval/
Comme on n’en voit pas,/
Tête de coursier,/
Robe de délire,/
Un vent qui hennit /En se répandant.
Je montais toujours/
Et faisais des signes :/
« Suivez mon chemin, /
Vous pouvez venir,/
Mes meilleurs amis,/
La route est sereine,/
Le ciel est ouvert. /
Mais qui parle ainsi ?/
Je me perds de vue/
Dans cette altitude,/
Me distinguez-vous, /
Je suis celui qui/
Parlait tout à l’heure,/
Suis-je encor celui/
Qui parle à présent,/
Vous-mêmes, amis,/
Êtes-vous les mêmes ? : /
L’un efface l’autre/
Et change en montant. »
Jules Supervielle
1939-1945

(Visite à suivre)

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