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dimanche, septembre 23, 2007

Le château d'Ollonde, cadre d'une Histoire sans nom

Le château d'Ollonde, commune de Canville -La Rocque
Propriétaire actuel: le marquis d'Harcourt

"Ni diabolique, ni céleste, mais...sans nom "
1882- Une Histoire sans nom
L'intrigue de ce roman se déroule en deux parties inégales et en deux lieux bien distincts :

Chapitre I à VII, dans une petite bourgade du Forez" dont les montagnes dessinaient un cône renversé ", à l'hôtel de la baronne de Ferjol, "une fille de race normande qu'un mariage, qui avait été une folie d'inclination avait jetée dans ce trou de formica-leo (Ne peut-on entendre Forniqua ?) comme elle disait dédaigneusement en pensant aux horizons et aux luxuriants (luxurieux? ) paysages de son opulent pays ..."

Après avoir hébergé, à l'ouverture du carême un capucin, brillant prédicateur , le Père Riculf, mystérieusement disparu au matin , Mme de Ferjol, qui vit isolée dans la seule compagnie de sa servante Agathe et de sa fille Lasthénie se rend compte, progressivement que l'état de langueur de cette dernière est imputable à une grossesse , inexplicable pour la jeune fille qui ne peut opposer aux questions pressantes de sa mère que des protestations d'innocence, puis un mutisme bientôt proche de" l'idiotisme".Chapitre VIII à XIII . C'est au château d'Olonde que l'austère, la janséniste MMe de Ferjol compte cacher aux yeux du monde cette grossesse déshonorante, "son vieux château d'Olonde, situé dans un coin de pays perdu qui est entre la côte de la Manche et une des extrémités de la presqu'île du Cotentin . Il n'y avait pas alors de grande route tracée allant de ce côté. Le château était gardé par de mauvais chemins de traverse , aux ornières profondes , et aussi, une partie de l'année, par ces vents de sud-ouest qui y soufflent la pluie, comme s'il avait été" bâti en ces chemins perdus, par quelque misanthrope ou quelque avare qui aurait voulu qu'on n'y vint jamais "

Suit un voyage éprouvant, dans une voiture semblable à" un cercueil", au terme duquel le château , comme le silence, enferme les deux femmes dans "la même bière". Ces macabres métaphores sont reprises dans une scène cauchemardesque : Agathe, en pèlerinage au tombeau du Bienheureux Thomas Hélie voit sa route barrée par un cercueil ! Intersigne annonçant le sort de Lasthénie: celle-ci accouche d'un enfant mort-né- que Mme de Ferjol ensevelit dans le jardin- puis finit par succomber,"emportant dans la tombe le secret de sa vie, que Madame de Ferjol croyait son secret "Découvrant du sang sous le sein de la malheureuse, La mère et la servante "ouvrirent le corsage. L'horreur les prit. Lasthénie s'était tuée- lentement tuée- en détail , et en combien de temps ?tous les jours un peu plus, avec des épingles . Elles en enlevèrent dix-huit, fichées dans la région du coeur ."Ce "retour au pays natal" ,voulu par Madame de Ferjol pour cacher "la faute" de sa fille , correspond au "retour du refoulé" puisque se dévoile la propre" faute" de la mère, enceinte - de Lasthénie"- après avoir été enlevée par l'officier qui l'épousera ensuite .



"Elles arrivèrent enfin à Olonde (...) Cette gaieté brillante d'un beau jour d'hiver ( on était en janvier ) comme elle n'en avait jamais vu un seul , même au printemps , dans cette cave des montagnes du Forez où une rare lumière tombait d'en haut comme d'un soupirail, aurait inondé délicieusement son âme, si elle avait eu de l'âme encore, mais elle n'en avait pas assez pour éprouver le bien de cette soudaine douche de lumière. Le soleil clair de ce jour-là, sorti d'une de ces neuvaines de pluie, comme on dit en ces parages de l'ouest, où elles sont si fréquentes, faisait resplendir les masses de ces campagnes, vetres parfois jusqu'en hiver" (...) Folio, p.109


"Malgré les trois personnes qui y étaient revenues, l'aspect extérieur du château ne changea pas . Il semblait toujours qu'il n'y avait plus là âme qui vive pour les paysans qui passaient au pied , et qui n'y faisaient pas plus attention que s'il n'avait jamais existé ."
ils l'avaient toujours vu à la même place , ayant, sous ses contrevents et ses obliques condamnés, la même physionmie d'excommunié, comme ils disaient, expression religieuse des temps antérieurs, profonde et sinistre; et l'habitude de le voir les avait blasés sur cette chose singulière d'un château frappé d'un abandon qui ressemblait à la mort " (Folio, p. 111)


L'énigme est résolue aux chapitres XII et XIII un quart de siècle après ce drame : "Lasthénie était somnambule , comme Lady Macbeth "(...) et c'est dans un de ces accès de somnabulisme que le Père Riculf l'avait surprise, une nuit, sortie de sa chambre et assise dans le grand escalier, endormie là, (...) et que, tenté par le démon des nuits solitaires , il avait accompli sur elle ce crime dont la malheureuse enfant n'avait pas eu conscience dans l'ignorance de son sommeil"

Notons que la médecine reconnaît le syndrome de Lasthénie, en référence au roman deBarbey.

Avant ce dénouement contenant une double révélation, celle Gilles Bataille- ancien épicier de Napoléon- puis celle du Révérend Père abbé de La Trappe de Bricquebec, le narrateur avait multiplié les indices accusant Le Père Riculf .
Aussi amusant que juste est ce commentaire de Monique Nemer ( in les Annales de Normandie, numéro spécial 2585, 4ème trimestre 1984) : dans Une histoire sans nom , aux deux questions portant sur la paternité de l'enfant de Lasthénie et sur la paternité littéraire du roman de Barbey, on peut donner la même réponse: le moine (Riculf et le roman homonyme de M. G. Lewis, chef- d'oeuvre de la littérature fantastique "frénétique")

Inhabituel par rapport aux procédés narratifs de Barbey- pas de récits emboités pour amorcer l'intrigue , pas de narrateur -témoin assimilable à l'auteur - ce roman contient cependant des allusions d'ordre personnel et familial, mise en exergue par M. Jacques Petit:

La petite ville "au pied des Cévennes" (Ses veines ? ) est un souvenir du séjour que fit Barbey à Bourg -Argntal en 1846, le jansénisme farouche de Mme de Ferjol rappelle l'atmosphère familiale :" Une éducation compressive avait pesé sur moi sans me briser" , le personnage , l'enlèvement d'une certaine Jacqueline d'Olonde alimenta la chronique de Saint -Sauveur- le - Vicomte, le personnage déconsidéré de Bataille évoque l'ostracisme de la société Valognaise et par -dessus tout , le fantasme du sang reprend l''épisode ( ressassé , romancé?) du cordon ombilical mal noué d'où s'échappait la vie de Jules- Amédée, né le jour des morts .




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