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mercredi, septembre 14, 2011

Retour de l'enfant du pays au hameau Gruchy

 
La commune de  Gréville  s'enorgueillit d'avoir vu naître Jean-François Millet le 4 octobre 1814 au Hameau Gruchy,premier enfant d' une famille de *" paysans aux solides traditions chrétiennes , et que leur éducation mettait au-dessus du vulgaire".
 Son père, laboureur de son état , qui avait  lui-même des dons artistiques, sut déceler ceux de son fils  dont il montra deux dessins au peintre cherbourgeois Bon Mouchel dit  Dumouchel ,ancien  élève de David .Le jeune homme , âgé de 18 ans , put  alors  s'adonner à la pratique artistique  et revenir travailler aux champs. L'année  1835 fut décisive pour lui, avec la possibilité d'exécuter des copies au musée Thomas Henry , nouvellement  ouvert au public, tandis que la mort de son père le 29 novembre le désignait comme successeur de la ferme familiale . Sa vocation l'emporta et il continua  son parcours à l'Ecole de Langlois de Chevreville (Ancien élève de Gros). Ami de Félix Feuardent, commis de librairie, il lut  Shakespeare, Byron, Goethe, Virgile -et bien sûr la Bible . Il n'avait donc rien  de l'être frustre que certains ont voulu voir en lui.
Jean-François Millet fut d'abord portraitiste, pendant les 10  premières années de sa carrière,  art qu'il pratiqua lors d'un premier séjour à Paris, délaissant  les leçons du maître cherbourgeois Delaroche  pour la fréquentation des musées du Louvre et du Luxembourg.

Parti pour la capitale en 1837, le peintre garda cependant le contact avec Cherbourg, prenant pour modèles amis et membres de sa famille. En 1841, il épouse la fille d'un tailleur de la ville, Marguerite Ono dont il fait de magnifiques tableaux - le legs Ono sera l'un des fleurons du musée Thomas Henri- mais la fragile jeune femme, usée par les privations du ménage à Paris,  mourra de phtisie en 1844.

Revenu quelque temps à Cherbourg, J. F. Millet s'en éloignera à partir de 1845, ayant pris pour compagne  une servante d'auberge d'origine bretonne, Catherine Lemaire, qui n'aurait pu être acceptée ni dans sa  famille ni dans son ex belle-famille  . Le peintre partira pour Le Havre puis  -pour diverses raisons- s'installera à Barbizon , avec le destin artistique que l'on connaît, de 1849 à 1875 .
 Les séjours à Gruchy seront alors aléatoires, au gré des événements politiques (1870-1871) et familiaux.
( sur ce sujet, articles personnels ici)

A l'occasion de la mort de sa mère, J.F.Millet revient à Gréville  au printemps de 1853.
Ayant épousé civilement Catherine Lemaire, il revient au logis de Gruchy  avec sa famille de fin juin à septembre 1854, y  réalise des tableaux et environ 60 dessins et esquisses. Il prend pour modèle sa soeur Emélie filant  à son rouet .(Huile sur panneau, musée de Boston , ici); il fait deux dessins rehaussés de  pastels de sa maison natale et des dépendances connues sous le nom de " la maison au puits",  vues depuis son enfance à partir  des fenêtres et de la porte du logis familial  . C'est un  motif  récurrent dans son oeuvre, non seulement  naturaliste mais  symbolique, aux forts accents religieux .


Les avatars de la maison natale:
Cette maison reconstruite plutôt que restaurée par le Conseil général de la Manche  a connu de longues périodes d'abandon.

L'aîné parti assurer sa vocation de peintre, et le père disparu, la maison est  habitée par  la mère (Marie-Henriette Adélaïde, née Henry) et la grand-mère(Louise Jumelin ), puis passée entre les mains du frère, Jean-Louis, d'abord  engagé dans la marine  à 16 ans, puis revenu  à contre-coeur cultiver  la terre en 1847 .Ce dernier , à la mort de leur mère, en 1853, recevra de l'aîné la jouissance  de sa part sur les champs et les immeubles . En 1867 , J.F; Millet, dans une lettre à Jean-Louis se désole de l'état de leur maison natale"qui finit par être seule et délabrée"constaté l'année précédente, lors de son  séjour  avec son épouse -ils résidaient au Hameau Lefèvre-En 1870, ayant fui l'avance de Prussiens à Paris, Jean-François décide de vendre la maison, pour la somme de 200 francs, à son frère Auguste, menuisier ébéniste à Cherbourg .L'acte de vente sera signé un an plus tard .
 Léguée par Auguste au fils de son frère Jean-Baptiste, la maison selon Etienne Moreau-Nélaton "pâtissait d'une lamentable profanation", (1914) puis hébergea "un américain maniant la palette qui, exploitant la renommée de Millet (... .) avait ouvert une école de peinture pour dames et demoiselles de son pays "

Pendant la dernière guerre, devenue propriété d'un Arménien, établi aux Etats -Unis, qui, pour cette raison la négligeait,  elle reçut un obus d'un char Sherman, les dégâts  n'auraient pas été irréversibles s'il y avait eu quelqu'un pour s'en aviser et réparer, mais battue par les  pluies des années durant, la maison finit par s'écrouler,  pitoyable tas de ruines provoquant la stupeur des touristes américains et japonais chez qui, ont le sait, millet est fort coté.

 Après d'autres épisodes, c'est donc  une reconstruction qu'effectua  le Conseil général de la Manche  en 1992  la Commission Régionale du Patrimoine ayant de son côté décidé de préserver la "maison au puits"

L'aménagement intérieur et le mobilier  visent à  restituer le  cadre de vie du célèbre peintre de l'Ecole de Barbizon , dans sa jeunesse, tout en évoquant, par des  objets typiques du monde paysan , certaines de ses oeuvres .

La baratte //La femme à la baratte de beurre

La kanne de lait ( H/T Musée d'Orsay, Paris)

Le rouet  

Emélie Millet à son rouet  (Musée de Boston)

le vaisselier
Source: * Jean-François Millet chez lui , par Pierre Leberruyer, Edition Manche-Tourisme 
Illustrations (ibidem)
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Et un dernier commentaire, tiré du même ouvrage:, à propos de la prononciation du *nom de J.F. Millet

"La tradition familiale est formelle sur ce point: :on doit éviter de mouiller les 2 l du patronyme,comme le font les speakers et commentateurs parisiens.
les registres de catholicité et les actes d'état civil n'orthographient souvent le nom qu'avec un seul l, selon la prononciation usuelle en Cotentin. 
Il faut donc écrire Millet, mais dire Milet."

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14 commentaires:

  1. La prononciation de "Millet" me fait penser à celle de "tilleul" que l'on prononce parfois "tilleu". Cela me donne l'occasion de te parler du chateau de Grouchy à Osny près de Cergy que mon ami néo-zélandais rapprochait d'un mot anglais qui ne se prononce pas du tout de la même façon même s'il s'écrit "grouchy".
    Millet n'avait pas besoin d'aller sur le motif, il l'avait ds la tête et le coeur. Ce n'était pas de la campagne à la Marie-Antoinette (quoique celle-ci avait vêcy proche de la nature).
    Très intéressant post, Miss

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  2. Post très intéressant Miss Yves. Je ne connaissais pas trop ce peintre, voilà qui est fait.
    Une excellente idée que d'avoir restaurer cette jolie maison au puits.

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  3. PS : dans les Vosges ou en Lorraine le vaisselier est une "crédence". C'est un meuble avec une partie haute où l'on met les assietets ou bien tout simplement l'étagère.
    J'ai la crédence de famille à la maison dont j'ai oté la partie haute car trop haute pour notre amsion moderne.

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  4. Ouaaf! tu nous en apprend sur ce grand peinte donc je ne connais que top peut de ses œuvres..
    Bonne journée A +

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  5. Une piqûre de rappel qui me fait du bien !
    J'aime beaucoup aller me promener dans ce hameau pour atteindre la mer toute proche !
    Et es-tu allée voir les toiles de Millet au musée à Cherbourg ?
    Très bonne journée !

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  6. rien que la maison est superbe j aurais adoree visitee avec toi ;O)

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  7. Tu ne pouvais me faire plus plaisir: c'est un de mes peintres favoris...pour son côté si humain peut-être.
    Pour la prononciation je recopiais ce que j'entendais c'est à dire "Milet" effectivement.

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  8. Thérèse, ce sont les horsains qui prononcent autrement!

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  9. Ta photo du puits de Gruchy est vraiment belle!

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  10. Thérèse, la lumière d'une belle journée de mai y est pour beaucoup
    !
    Nous avons eu très beau printemps,et début d'été , après, cela s'est gâté

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  11. Je pense avoir compris le sens de ton commentaire chez moi ce matin, Miss.
    Il s'adresse surtout au blog de Dennis. Il est possible de prendre un avatar ou un surnom d'animal masi endosser sa personnalité et vieillir avec lui avoir ses misères et rhumatismes c'est plus rare. J'ai vêcu cela en temps réel avec Dennis et sa bande à qui tu as rendu visite une fois (le lien sur mon chat pêcheur du lac des corbeaux), c'était très animé, étant des "bêtes" ils pouvaient avoir des mauvaises pensées et intentions. n pouvait aussi tirer la morale de leurs actes et observations, c'était très intéressant.
    En partant de mon chat noir j'extrapole ce que nous vivons nous humains, mais à moindre vitesse puisque nous vivons plus longtemps. En réalité j'ai fait un peu d'anthropomorphisme.
    Je tiens un blog pour Ambre et je la fait parler en fonction des différentes situations et de ses expressions ; j'imagine ce qu'elle peut ressentir et comment elle peut être fière de grandir et de faire des expériences avec malice. Bien entendu c'est une interprétation mais les enfants, comme les animaux, se lisent à livre ouvert et c'est si attendrissant !

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  12. Je me demande si le léger voile qui est sur les toiles de Millet et que je trouve très sensible peut être rapproché du fameux sfumato de la Joconde.

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  13. j'ai adoré (le mot n'est pas trop fort) ce message, j'aime d'ailleurs beaucoup ce peintre ...que je connais depuis toujours car je ne sais si c'est le fait que sa deuxième femme soit Bretonne qui le veut mais chez mes grands parents il y avait un cadre avec l'Angélus , et ma mère me racontait que son père s'arrêtait toujours même dans les champs pour prier quand sonnait l'angélus et il le faisait aussi quand il finissait de semer le blé "pour que Dieu fasse qu'il y ait une bonne récolte pour pouvoir payer le propriétaire et nourrir ses 7 enfants".
    Quant au vaisselier toutes les fermes bretonnes en possédaient et souvent avec de la vaisselle "henriot" (un seul motif) qui coûte très cher maintenant.

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  14. Marguerite-Marie: la suite est pour toi!

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