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jeudi, février 26, 2015

Lire , lier, relire, relier

Professionnels , semi-professionnels et amateurs
(du latin amare:aimer)

s'étaient rencontrés le dernier week- end de janvier
à l'initiative de la médiathèque de Saint-lô
pour une sorte de marathon de la lecture à voix haute

Invité, le comédien et sociétaire de la Comédie Française

parrain de cette 4 ème  biennale de la lecture 



les  lecteurs

de l'association "lire à Saint-lô",

 Les Haut-parleurs ont lu à plusieurs voix des textes où grincent  les mots  et le sens, comme:

La batteuse

La batteuse est arrivée
la batteuse est repartie
Il ont battu le tambour
ils ont battu les tapis
ils ont tordu le linge
ils l'ont pendu
ils l'ont repassé
ils ont fouetté la crème et ils l'ont renversée
ils ont fouetté un peu leurs enfants aussi
ils ont sonné les cloches
ils ont égorgé le cochon
ils ont grillé le café
ils ont fendu le bois
ils ont cassé les oeufs
ils ont fait sauter le veau et les petits pois
ils ont flambé l'omelette au rhum
ils ont découpé la dinde
ils ont tordu le cou aux poulets
ils ont écorché les lapins
ils ont éventré les barriques
ils ont noyé leur chagrin dans le vin
ils ont claqué les portes et les fesses des femmes
ils se sont donné un coup de main
ils se sont rendu des coups de pied
ils ont basculé la table
ils ont arraché la nappe
ils ont poussé la romance
ils se sont étranglés étouffés tordus de rire
ils ont brisé la carafe d'eau frappée
ils ont renversé la crème renversée
ils ont pincé les filles
ils les ont culbutées dans le fossé
ils ont mordu la poussière
ils ont battu la campagne
ils ont tapé des pieds
tapé des pieds tapé des mains
ils ont crié et ils ont hurlé ils ont chanté
ils ont dansé
ils ont dansé autour des granges où le blé était enfermé
Où le blé était enfermé moulu fourbu vaincu
battu
Jacques PRÉVERT Paroles,1945©1972 Editions GallimardAudition  du poème dit par Serge Reggiani ICI



Et trois lycéennes- accompagnées par  leur professeur-

Atelier "Lecture à voix haute"du lycée Le Verrier


"Imagine, maintenant : un piano. Les touches ont un début. Et les touches ont une fin. Toi, tu sais qu'il y en a quatre-vingt-huit, là-dessus personne peut te rouler. Elles sont pas infinies, elles. Mais toi, tu es infini, et sur ces touches, la musique que tu peux jouer elle est infinie. Elles, elles sont quatre-vingt-huit. Toi, tu es infini. Voilà ce qui me plaît. Ca, c'est quelque chose qu'on peut vivre. Mais si tu/
Mais si je monte sur cette passerelle, et que devant moi/
Mais si je monte sur cette passerelle et que devant moi se déroule un clavier de millions de touches, des millions, des millions et des milliards/
Des millions et des milliards de touches, qui ne finissent jamais, c'est la vérité vraie qu'elles ne finissent jamais, et ce clavier-là, il est infini, alors/
Sur ce clavier-là, il n'y a aucune musique que tu puisses jouer. Tu n'es pas assis sur le bon tabouret : ce piano-là, c'est Dieu qui y joue/
Nom d'un chien, mais tu les as seulement vues, ces rues?
Rien qu'en rues,
 il y en avait des milliers, comment vous faites là-bas pour en choisir une/
Pour choisir une femme/
Une maison, une terre qui soit la vôtre, un paysage à regarder, une manière de mourir/
Tout ce monde, là/
Ce monde collé à toi, et tu ne sais même pas où il finit/
Jusqu'où il y en a/
Vous n'avez pas peur, vous, d'exploser, rien que d'y penser, à toute cette énormité, rien que d'y penser? D'y vivre.../

Moi, j'y suis né, sur ce bateau. Et le monde y passait, mais par deux mille personnes à la fois. Et les désirs, il y en avait aussi, mais pas plus que ce qui pouvait tenir entre la proue et la poupe. Tu jouais ton bonheur, sur un clavier qui n'était pas infini.
C'est ça que j'ai appris, moi. La terre, c'est un trop long voyage. Une femme trop belle. Un parfum trop fort. Une musique que je ne sais pas jouer. Pardonnez-moi. Mais je ne descendrai pas.


Alessandro Baricco, Novecento: pianiste







Vous qui vivez en toute quiétude

Bien au chaud dans vos maisons,

Vous qui trouvez le soir en rentrant

La table mise et des visages amis,

Considérez si c'est un homme

Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui ou pour un non.
Considérez si c'est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu'à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N'oubliez pas que cela fut,
Non, ne l'oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre cœur,
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant ;
Répétez-les à vos enfants,
Ou que votre maison s'écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous.


Primo Levi, Si c'est un homme

20 commentaires:

  1. Lectures vivantes
    C'est ce que je fais quand je me relis à haute voix. On entend mieux qu'à voix basse.
    C'est bête ce que je dis mais l'oreille compte dans la rythmique des mots..
    Terrible destin que celui de Primo Lévi.
    Gamine, j'ai connu une grande tablée après que la batteuse ait battu le blé.
    C'était dehors, il faisait beau mais ce n'était point dans le Berry,
    c'était dans le Morvan.

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    1. Non, ce n'est pas du tout bête:le son est primordial dans la lecture et son apprentissage.

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    2. Comme le dit si bien Claude, dans l'écriture aussi le son est primordial, pour preuve gueuloir_de_Flaubert.

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  2. Coucou Miss Yves.
    Encore et toujours de belles découvertes littéraires chez toi.
    Très bonne journée.
    A + :o)

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  3. C'est sympa de rappeler l'origine du mot "amateur" dont le sens est souvent utilisé pour disqualifier.
    Le texte de Primo Levi est bouleversant et sera toujours d'actualité;
    J'aime le coté ludique du texte de Prévert qui invite à imaginer son propre texte :-)

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    1. Le ton de la lecture de ce poème a insisté sur sa violence, la batteuse devenant une métaphore de la guerre.
      Dans ce cas, la lecture mentale favorise plus une interprétation personnelle que la lecture à voix haute.
      Limites de l'exercice?
      On pourrait , pourquoi pas , imaginer deux lectures à voix haute, deux interprétations du même texte:
      -les horreurs de la guerre
      -une fête païenne de la moisson et des sens

      Ou encore une lecture neutre, à voix blanche, chacun imaginant, comme tu le dis, son propre texte

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    2. Ce n'est pas la violence qui m'a frappé :o) en premier mais les jeux de mots festifs : un régal.

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    3. Chèvre ou pas, nous sommes des bêtes à cornes :-)

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  4. Merci pour la biquette :-)

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  5. Un très bon choix de textes... Bravo pour la lecture "vivante" !

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  6. ça doit être à entendre une lecture à plusieurs voix

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  7. "Les Haut-parleurs" c'est rudement bien trouvé ! là aussi ça me fait penser au célèbre gueuloir.
    Tu as dû te régaler

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  8. J'ai d'abord écrit dans le silence, enfin, en entendant le bruits des touches de mon clavier
    et la radio qui me tient compagnie et que je n'écoute pas forcément, puis ensuite, je me suis lue a haute voix, puis relue encore pour peaufiner au mieux que je puis, mon "Allumer le feu".
    Pour réchauffer ceux qui passeront par là.
    Belle journée ensoleillée mais frisquette.

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  9. Quel palmares au tableau de Bruno Putzulu que j'avoue ne connaitre que de nom jusqu'a aujourd'hui.
    " La batteuse" (un peu phallocrate, non? en ce moment, depuis mon retour en France, j'ai tedance a lutter pour la position de la femme a sa juste place :-)
    Pas trop impressionnee par l'audition de l'interpretation par Serge Reggiani. Je me suis amusee a lire le poeme tout haut dans ma cuisine pendant que la garbure cuit a petit feu.
    Je decouvre egalement Alessandro Baricco (une seule note dans son "Chateaux de la colere!"
    Primo Levi: le lire a petite dose pour un frequent rappel.
    Encore un billet super interessant comme tu sais si bien les mettre en page.


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    1. "La batteuse": c'est plutôt une dénonciation de la phallocratie et de la violence.
      Amusante, ta lecture mitonnée

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  10. "Putzulu" un nom qui me fait penser au Pazuzu de Tardi

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  11. Le début et la fin des touches... Tout a une fin, "même une banane a une fin" nous a dit le directeur d'un centre où nous avions séjourné...
    Les mots, les phrases ont -ls toujours un sens ? Hier j'ai entendu une émission sur David Bowie qui a, à une époque, écrit des textes avec des mots au hasard, c'est une technique qui a un nom en Angleterre

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    1. Tu veux peut-etre dire "free writing?"

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    2. Peux-tu nous en dire plus, cela m'intéresse!

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    3. En tout cas, cela me fait penser à l'écriture automatique des surréalistes

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