Rencontre et débat à propos de:
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La découverte de ce roman a été un véritable choc pour les lecteurs et pour les personnes venues en entendre parler.
Tant de malheurs, d'injustices, de sévices , d'horreurs s'accumulant sur la tête des personnages, tout particulièrement sur celles des deux tailleurs Ishwar et Om, l'oncle et le neveu...
Tant de lieux sordides, la "résidence universitaire" où grouillent les cafards, le bidonville, bientôt rasé conformément à l'objectif gouvernemental "de la prévention des taudis et l'embellissement de la ville"...
Et ces confréries de mendiants, sortis de la Cour des Miracles , comme dans le roman de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, ou ces faiseurs d'enfants -monstres , à l'instar des comprachicos dans cet autre roman de Victor Hugo, l'Homme qui rit...
Est-ce simplement l'Inde de 1947 à 1975 qui est dépeinte où une Inde contemporaine qui tarde toujours à éradiquer la misère, la corruption et le système des castes, pourtant officiellement interdit ?
"L'équilibre du monde"- formule qui revient souvent dans l'histoire- c'est celui qui assure aux puissants leur pouvoir , fondé sur le fatalisme , la passivité des faibles, pour lesquels ils ne fait pas bon remettre en cause l'ordre établi: en feront la triste expérience Dina, qui, devenue veuve, veut secouer le joug de son frère, mais surtout, et dans leur chair, Ishwar et Om, passés de la caste des tanneurs à celle des tailleurs.
L'expérience de lecteurs habitués de l'Inde, et pas seulement en touristes, a confirmé cet aspect du pays, auquel, selon eux, il ne faudrait pas cependant le réduire, tant il est varié et paradoxal, à la fois médiéval et moderne, raffiné et sordide.
Ces multiples descriptions horribles ont paru rebuter d' éventuels lecteurs , précisons néanmoins que ce roman dépeint des personnages attachants , dont la solidarité -même fragile-est extrêmement touchante et dont la vitalité est le ressort. Bien que très sombre, le dénouement contient une note d'espoir et c'est le mot "rire" qui clôt le dernier chapitre.
L'humour -noir le plus souvent- rend hilarants certains passages, ne serait-ce que celui où Dina, invitée par le chef des mendiants à un enterrement rencontre son conformiste de frère qui pense s'évanouir en se voyant lui-même cordialement et courtoisement invité ! La satire de la justice est féroce et drolatique, de même que celle des meetings politiques.
La poésie n' est pas absente: le couvre-lit en patchwork de Dina est une image de ces brimborions de vies entrecroisées et assemblées, un rappel de la poésie de Yeats qui joue aussi son rôle dans l'histoire avec l'apparition d'un personnage assez énigmatique .
La construction de ce roman est extrêmement rigoureuse: malgré le foisonnement des intrigues, des personnages et l'émergence du hasard, TOUT a sa raison d'être, et du premier au denier chapitre , la boucle est bouclée, comme dans le roman de Tolstoï, Anna Karénine.
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A propos de Yeats , lien ici
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AVANT QUE LE MONDE NE FUT Si j’assombris mes cils Et illumine mes yeux Et fais mes lèvres plus écarlates, Ou demande si tout cela est juste De miroir en miroir, Sans montrer de vanité : Je cherche le visage que j’avais Avant que le monde ne fût. Et si je regarde un homme Comme on regarde son aimé, Comme si mon sang un instant se glace Dans mon coeur immobile ? Pourquoi penserait-il que je suis cruel Ou qu’il soit trahi ? J'aurais aimé le voir aimer ce qui était Avant que le monde ne fût. .............................................................................................................................................. BEFORE THE WORLD WAS MADE If I make the lashes dark And the eyes more bright And the lips more scarlet, Or ask if all be right From mirror after mirror, No vanity’s displayed: I’m looking for the face I had Before the world was made. What if I look upon a man As though on my beloved, And my blood be cold the while And my heart unmoved ? Why should he think me cruel Or that he is betrayed ? I’d have him love the thing that was Before the world was made. Yeats |
Coucou Miss Yves.
RépondreSupprimerC'est l'an nouveau et tu ne faillis pas à toi même.
Toujours des découvertes chez toi qui ont le mérite qu'on s'y attarde..
Bon dimanche. A + :o)
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RépondreSupprimerCoucou chère Miss_Yves !!!
MERCI pour ce beau reportage ! Grâce à cette publication j'apprends plein de choses ! MERCI !!!!
GROSSES BISES d'Asie vers la Normandie
et bonne journée !!!!
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Love the quilt, can't even begin to imagine how to make one with curved patches!
RépondreSupprimerHappy New Year,
Merisi
analyse intéressante de ce livre...je note cette référence pour le prendre à la bib !
RépondreSupprimermerci Miss_Yves
L'équilibre du monde ou les contrastes du monde, qu'il soit indien ou....
RépondreSupprimerJ'ai noté le titre, merci de nous le présenter ainsi !
Et en plus, tu nous parles de Yeats, alors là je dis yes, yes, yes !!!!! J'ai toujours un de ces livres sur mon chevet...
Je ne crois pas que je lirai ce livre – il a l’air très déprimant. De plus l’histoire se passe dans les années 1975 – et les Indes se sont modernisées énormément depuis cette date, cela fait presque 40 ans quand même, donc il ne faut pas juger avec nos yeux de 2014 (comme pour la Chine.) Puis tous les états dans les Indes sont très divers, comme aux USA. Le Kérala où habite la famille de mon beau-fils est un état très différent des autres. Peut-être l’auteur a écrit cette histoire pour créer un stratagème pour tirer sur les émotions des lecteurs. Pourquoi ne pas lire un livre sur les Indes d’aujourd’hui?– pour moi c’est comme si on jugerait la France en lisant un livre ce passant pendant la guerre et l’occupation.
RépondreSupprimerAu cours de la discussion , les habitués de l'Inde ont souligné cette diversité et les progrès de l'Inde ...mais sans occulter ses côtés sombres, qu'ils ont pu eux-même observer.
SupprimerJe n'ai pas toujours le courage de m'attaquer à un livre où il faut côtoyer la vie dure, cruelle, des protagonistes et pourtant la réalité relaté par les médias dépasse en dureté bien des fictions.
RépondreSupprimerHeureusement, l'humour en tempère la cruauté ( tous n'y ont pas été sensibles!) et l'art du romancier donne une dimension très forte à cette oeuvre.
SupprimerC'est une oeuvre d'art, construite , sous-tendue par une philosophie, et non une simple accumulation d'horreurs.
Dit de cette façon, tu me donnes envie de le lire mais c'est vrai, tu l'avais déjà dit plus haut. Pour parler de l'Inde, j'ai lu "La cité de la joie" de D. Lapierre au moment de sa parution et ce livre m'avait ébranlée.
SupprimerMerci pour Tagore, Miss !
"L'équilibre du monde" est dans ma bibliothèque ainsi que le roman suivant du même auteur "Un si long voyage". Je les ai lu tous les deux il y a bien longtemps et je viens de les ressortir pour raviver un peu mes souvenirs. Mon mari et moi avions bien apprécié les deux. Les démêlés de Dina avec la "Justice" me rappellent ceux qui font la trame du Dickens que je lis en ce moment.
RépondreSupprimerPour moi les couleurs de l'Inde sont le rose marié à l'orange et au jaune d'or. Des couleurs optimistes, comme les comédies musicales de Bollywood.
Rapprochement judicieux puisque R Mistry a été comparé à Dickens par les critiques littéraires!
SupprimerJ'ai parcouru l'article /lien : n'ai pas lu ce roman mais "l'affaire Jarndyce contre Jarndyce "»me dit quelque chose, j'ai dû en voir une adaptation...
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RépondreSupprimerUn petit bonjour en ce lundi matin !!!!!
GROS BISOUS d'Asie jusqu'à toi chère Miss_Yves ☆彡
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Difficile de se mettre dans la peau de ceux que nous ne sommes pas, d'autant plus si ceux-ci habitent sur un autre continent. Seul un echange comme tu l'as vecu peut eclairer sur bien des choses que l'on ne pouvait auparavant avoir pu meme soupconner qu'elles existaient.
RépondreSupprimerMerci pour la possibilite de lire W.B.Yeats aussi bien dans l'original que dans la traduction.
Cela a du etre une belle discussion.
Je n'ai pas eu grand mérite, ayant trouvé le site suivant, indiqué en jaune à la fin de mon billet:
Supprimerhttp://lampe-tempete.fr/yeats.html
Je crois que je préfère m'évader dans d'autres livres - plus faciles.
RépondreSupprimerMerci à tous et à toutes pour vos commentaires contrastés, comme les points de vue de cette discussion , très riche.
RépondreSupprimerJe comprends mieux, à présent, le désir d'évasion et d'optimisme des comédies de Bollywood!
Très envie de lire ce roman sans doute "vrai" puisque l'auteur est d'origine indienne
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