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samedi, septembre 09, 2023

Retour dans la maison d'enfance de Barbey

Maison familiale , devenue musée en 1980, rénovée en 2008, lors des commémorations du bicentenaire  de la naissance de l'écrivain 

Lien 1 /Bicentenaire 

Lien 2 /bicentenaire  


                                                                          Quelques images:

Au rez-de- chaussée, vêtements d'intérieur du dandy  (lien personnel ici)

"Pour des Gens comme nous, la forme n'est jamais une chose futile, et le souci du costume est le souci d'une phrase bien faite et même mieux."
Lettre du 5 décembre 1857 à Trébutien .

Veste d'intérieur, appelée "Dalmatique" ou "Tabart" par son propriétaire, surmontée de son capulet




Aperçu de sa célèbre limousine;
"L'hiver, il se drape d'un manteau fait d'une capote de charretier rayée, sur fond blanc, de bleu, de noir, de chocolat, et doublée de velours noir; s'il la met à rebours, c'est Edgar, l'amant de Lucile de Lammermoor; s'il la met à l'endroit, c'est un roulier gentilhomme, un homme impossible..."
Théophile Silvestre, Le Figaro, article du 25 juillet 1861



Parmi les nombreuses pièces de l'étage : la reconstitution de son appartement , le "tourne-bride de sous-lieutenant", 25 rue Rousselet à Paris.




Malle de voyage, don au musée de la société Barbey le 4 mai 2019.


Vue de la maison, côté jardin 


Déjeuner sous la tente, organisé par la société Barbey d'Aurevilly, samedi 2 septembre 2023



Sur la maison où est né Jules Barbey d'Aurevilly, lien personnel ici 



Maison natale de Barbey d'Aurevilly à Saint-Sauveur -Le Vicomte

Lettre à Trébutien du 1er octobre 1851:
"Je suis réellement né le jour des morts, à deux heures du matin , par un temps du Diable. Je suis venu comme Rémulus s'en alla,-dans une tempête. Comme Fontenelle, je faillis mourir une heure ou deux après ma naissance, mais il y a de bonnes raisons pour que je meure avant cent ans . Il paraît que le cordon ombilical avait été mal noué et que mon sang emportait ma vie dans les couvertures de mon berceau, quand une dame,( mon premier amour secret d'adolescent) amie de ma mère, s'aperçut que je pâlissais et me sauva non des eaux comme Moïse, mais du sang, autre fleuve où j'allais périr"

C'est au domicile du chevalier de Montressel, son grand-oncle et parrain, que Jules Amédée Barbey a vu le jour ( à trois heures du matin selon le registre de l'Etat Civil), sa mère, malgré l'avancement de sa grossesse s'étant rendue chez celui-ci pour jouer au whist.




mardi, juin 16, 2020

L'Originale

Réouverture du musée Anacréon de Granville , le 29 mai 2020 





Dans les années 1980, Anacréon fait don à  Granville, sa ville natale,  de sa collection composée d’environ 280 oeuvres d’art et de 550 éditions truffées, constituant un ensemble sans équivalent. 



D’illustres artistes du début du XXème siècle figurent dans cette collection : Derain, Van Dongen, Vlaminck, Utrillo, Laurencin, Signac, Friesz, Cross, Luce.
 Les livres sont des éditions rares et les grands noms sont nombreux : Apollinaire, Barbey d’Aurevilly, Cendrars, Cocteau, Claudel, Colette, Farrère, Duhamel, Genet, Jouhandeau, Loti, Mac Orlan, Montherlant, Suarès, Valéry. 



Mais plus rares encore sont les « truffes » que cachent les trois quarts d’entre eux : sous les reliures somptueuses, l’étrange libraire passa des dizaines d’années à obtenir envois et dédicaces, à glisser dessins, courriers, extraits de manuscrits relatifs au « livre-réceptacle ».

Jusqu’à cette « Fin de Chéri » dans laquelle Colette écrivit de sa main les 32 pages d’un chapitre oublié par l’éditeur !





Affiches:
La Vagabonde, Colette
Le Paradis à l'ombre des épées, Henry de Montherlant
La chaussée des géants, Pierre Benoît,
Les poissons morts, Pierre Mac Orlan






 Le musée d’art moderne Richard Anacréon, aménagé dans les bâtiments de l’ancienne école Paul Bert, présente des expositions temporaires régulièrement.

mardi, septembre 03, 2019

Les Ravalet( 1)

Le parc du château de Tourlaville,
 au-delà du temps,  
bien loin  de la sanglante histoire de Marguerite et de Julien .
Lien ici 

 "C'était vers la fin du seizième siècle, - de ce siècle de fanatisme et de corruption qu'italianisa Catherine de Médicis et cette race des Valois qui furent les Borgia de la France. Alors, il y avait en Normandie - la solide Normandie, où les hommes, robustement organisés, gardent mieux qu'ailleurs la possession d'eux-mêmes, - une famille de seigneurs venue de Bretagne vers 1400, et devenue, depuis plusieurs générations, terriennement normande. Elle habitait sur la côte de la Manche, à l'est, et non loin de Cherbourg, un château fortifié par une tour, qui, de cette tour, s'appelait Tourlaville. Comme tous les châteaux du Moyen Age, ç'avait été longtemps une fortification de guerre, mais le génie amollissant de la Renaissance l'avait transformé, et préparé pour cacher des passions et des voluptés criminelles et pour les destinées qui, plus tard, se sont accomplies.



La famille qui vivait là portait sans le savoir un nom fatidique. C'était la famille de Ravalet... Et, de fait, elle devait un jour le ravaler, ce nom sinistre ! Après le crime de ses deux derniers descendants, elle s'excommunia elle-même de son nom. Elle s'essuya de l'ignominie de le porter, et ainsi elle se tua et mourut avant d'être morte.





Elle avait bien, du reste, mérité de mourir. Seulement, elle ne mourut pas comme les autres familles coupables et condamnées. Dieu fit une navrante exception pour elle. Cette outlaw de Dieu qui avait violé toutes ses lois, devait violer, en dernier, la loi providentielle des expiations divines. Chez elle, ce ne furent pas les plus coupables d'une famille sacrilège, dépravée et féroce, qui payèrent pour leurs crimes et les crimes séculaires de leur race. Ce ne furent pas des innocents non plus, - des innocents, qui rachètent tout avec leur innocence ! Chez les Ravalet, il n'y avait pas d'innocents. Mais ce furent des coupables d'un crime différent des crimes de leurs pères, de l'abominable lignée des crimes de leurs pères, et qui à ces crimes ajoutèrent le leur, que leurs pères n'auraient pas commis. En effet, dans celui-ci, du moins, il se retrouva - égaré et contaminé, il est vrai, par les vices héréditaires d'une race perdue, - un jet soudain de nature humaine reparue, que depuis longtemps on ne voyait plus et qu'on ne supposait même plus possible dans la poitrine sans coeur de ces Ravalet !"

Jules Barbey d'Aurevilly, Une Page d'histoire

vendredi, décembre 19, 2014

Au pays des Goubelins

Robert Lerouvillois ,  lauréat du 51 ème Prix littéraire du Cotentin, pour l'ensemble de son oeuvre a reçu sa récompense au château de Flamanville,sur la terre de ses ancêtres, dans un décor que le maire,Patrick Fauchon a présenté comme un patrimoine commun à tous, depuis  son achat par la commune en 1986.




Dans son discours, Patrice Pillet, conseiller général responsable de la culture a souligné ce qui relie Robert Lerouvillois, lauréat 2014 , Didier Decoin (Avec vue sur la mer, 2005), Eric Marie (2012, Dictionnaire normand-Français) et François David( 2014, Oeuvre poétique):
la capacité "à regarder et sentir la substance de notre terre d'Ichin".

Il  lui sait gré d'unir chroniques familiales, petite histoire et grande histoire ,  tout comme Gilles de Gouberville et d'allier sens  du détail et  sens du fantastique.

"Les images  étranges et saisissantes de l' oeuvre photographique, Immuables rochers de Flamanville, gardiens de mémoire
font penser  des goubelins sylvestres pétrifiés "rappellent la poésie de Côtis Capel. et illustrent cette pensée de Jean Rostand:

« En nous dévoilant ainsi une infranature insoupçonnée, on nous donne de nouveaux prétextes à regarder autour de nous, on augmente nos raisons d’estimer notre terre, on nous rattache à la planète par d’innombrables fils de beauté. Et aussi, quelle leçon de sagesse !
Il est toujours salutaire de rappeler à l’homme l’ubiquité de l’essentiel. »



Le président du Prix littéraire du Cotentin, Jean Levallois a , quant à lui , retracé le parcours familial, professionnel et politique du lauréat , sans escamoter la aléas de la maladie et de la souffrance.

Dans ses origines- père secrétaire de mairie militant , mère couturière avec des talents de peintre-il a lu la trame des deux derniers ouvrages qui ont compté pour l'attribution du prix,  Aux premières loges , un écolier du Cotentin dans la seconde guerre mondiale, et Immuables rochers de Flamanville.

Les titres savoureux de ses Chroniques de L'Astrolabe (Chante grenouille, Cherbourg n'est pas à conquerre, Jambe de bois) traduisent un bouillonnement de vie, la vie qu'un regard d'archéologue scrute et fait émerger de simples cailloux.
Il  était donc juste  que , pour l'anniversaire de la création du prix  littéraire du Cotentin par Pierre Godefroy
soit couronné un auteur attaché à ses racines , à  la mémoire  individuelle et collective.


Très ému, Robert Lerouvillois  a d'abord remercié les membres du jury , le Conseil général et le maire de Flamanville  pour avoir choisi, comme lieu de réception , la terre de ses ancêtres 
et cette demeure   qu'il sent peuplée  de" fantômes bienveillants ", depuis l'été 1959 où, étudiant en Lettres classiques,  il avait été autorisé par M. Rostand à consulter le Littré dans la bibliothèque du château. 

Même sentiment d'étrangeté en découvrant, dans l'ancienne mine de Diélette à  150 en -dessous du niveau de la mer, l'océan au-dessus des visiteurs, mais il est vrai qu'"à Flamanville , il ne faut s'étonner de rien" 
Est-ce un hasard si la remise de son prix , le 21 novembre 2014 coïncide avec la naissance de Jean-Marie Arouet, le 21 novembre 1694 alias Voltaire ?


Car notre auteur se réclame de Voltaire,pour  son horreur de l'injustice et pour son rationalisme.
Ainsi souligne -t-il avec malice les divergences entre le curé et l'instituteur à propos de la légende de saint-Germain tuant le dragon dans le trou  Baligan: fadaises pour l'un, fait véridique pour l'autre.

A propos du château lui-même, certaines "dieries" (comme l'écrivait Barbey d'Aurevilly) méritent d'être revues et rectifiées:
-Au XIXème siècle,  l'appellation fallacieuse  d"orangerie", alors qu'aucun oranger n'aurait pu supporter l'orientation au  nord de cette salle  où nous nous tenons,construite de 1730 à 1740  et dont le vrai nom était "la grande galerie pavée de marbre"



-Les deux tours crénelées , faisant de l'édifice "un vrai château du moyen-Age"alors qu'elles sont une création du XIX , à la manière de Viollet-Le-duc.
-Et cette  vieille tour  Jean-Jacques soi-disant  construite pour répondre au voeu du philosophe "de se retirer à Flamanville"...et qui date du XVIIème siècle!




S'il se réclame de l'esprit voltairien ,Robert Lerouvillois cultive aussi le goût du hasard objectif, cher aux surréalistes, comme l'ont révélé plusieurs anecdotes. Citons  cette rencontre récente, au salon du livre des Pieux, avec la fille d'un  professeur de Langues anciennes au lycée Condorcet , professeur qui l'avait incité à suivre cette voie.
Comme  ses livres, son discours marche  à sauts et à gambades, pour paraphraser Montaigne, promenant le public de l'univers des romans de Jules Verne découverts dans la bibliothèque scolaire, au  parc Emmanuel Liais -dont il a été conservateur- de l'Odyssée  (Chant VII) au musée Thomas Henri, devant un tableau de J.F.Millet; des paysages de Lucien Goubert , peintre ami de ses parents aux falaises de Flamanville et à ses rêveries devant les îles.


Ce très beau discours de remerciement a eu un écho très fort dans le public,  reconnaissant l'authenticité de   l'hommage rendu par " l'enfant du pays " à ses parents, ses maîtres et ses racines.


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"J'aime l'allure poétique, à sauts et à gambades ", écrit Montaigne

"Cette farcissure  est un peu hors de mon thème. Je m'égare, mais plutôt par licence que par mégarde . Mes fantaisies se suivent, mais parfois c'est de loin, et se regardent, mais d'une vue oblique. J'ai passé les yeux sur tel dialogue de Platon mi parti d'une fantastique bigarrure, le devant à l'amour, tout le bas à la rhétorique. Ils  ne craignent point ces muances, et ont une merveilleuse grâce à se laisser ainsi rouler au vent, ou à le sembler. Les noms de mes chapitres n'en embrassent pas toujours la matière ; souvent ils la dénotent seulement par quelque marque, comme ces autres titres : l'Andrie, l'Eunuque, ou ces autres noms : Scylla, Cicéron, Torquatus. J'aime l'allure poétique, à sauts et à gambades . C'est un art, comme dit Platon , léger, volage, démoniaque. Il est des ouvrages en Plutarque où il oublie son thème, où le propos de son argument ne se trouve que par incident, tout étouffé en matière étrangère : voyez ses allures au Démon de Socrate. Ô Dieu, que ces gaillardes escapades, que cette variation a de beauté, et plus lors que plus elle retire au nonchalant et fortuit. C'est l'indiligent lecteur qui perd mon sujet, non pas moi ; il s'en trouvera toujours en un coin quelque mot qui ne laisse pas d'être bastant, quoiqu'il soit serré. Je vais au change, indiscrètement et tumultueusement. Mon style et mon esprit vont vagabondant de même. Il faut avoir un peu de folie qui ne veut avoir plus de sottise, disent les préceptes de nos maîtres et encore plus leurs exemples.
Montaigne, Essais, (III, 9) « De la vanité », 1580.

samedi, juillet 27, 2013

Voyages dans le passé

Sans machine à remonter le temps...
...en chemin de fer 

avec 
le "tue-vaques", pour employer un terme local:
liens ici 
et
 là (images animées)

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Clin d'oeil à Nancy 

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Article personnel
 ici 
/le château de Tourlaville,  l'histoire des Ravalet et sur la nouvelle de Barbey d'Aurevilly qui s'en inspire: Une page d'Histoire

vendredi, juillet 19, 2013

Trécoeur







Trécoeur est le nom du château de Madame de Quigny, grand-mère (en réalité grand-tante) de Valérie Dubois. Il joua un rôle important dans son histoire familiale.
En effet, sa mère, Elvire Le Conte de Sainte-Suzanne, orpheline de mère  à deux ans ,  y avait été élevée par sa tante, Sophie de Sainte-Suzanne et  y  demeura jusqu'au  mariage de celle-ci  avec M. de Quigny.   Valérie, enfant, avait passé des étés pleins d'insouciance et  de bonheur en ce lieu où les de Quigny devaient finir leur vie.
Madame de Quigny,  royaliste bon teint,  n'avait pas admis le mariage de Valérie avec Octave Feuillet."Elle ne pouvait pardonner à (son) futur beau-père d'avoir été le chef du parti libéral dans la Manche, à la Révolution de Juillet 1830; d'avoir fait arrêter le prince de Polignac fuyant vers Granville, d'être resté en relations suivies avec M. Guizot qui songeait à en faire un ministre". Selon  madame de Quigny , il fallait"avoir la rage de marier sa fille (...) pour la donner en mariage à ce fils de mangeurs de rois!Malgré une  tentative pour adoucir madame de Quigny, le mariage se fit sans elle, et sans sa bénédiction. "On dut laisser le temps effacer les haines "
Effectivement, "La naissance d'André (1852) nous ouvrit de nouveau la porte de Trécoeur  et les bras de ma chère grand-mère, mais hélas! le revoir fut de courte durée , Madame de Quigny succomba aux suite d'une attaque de paralysie, quelques mois après avoir pardonné" (Chapitre XIII, P.162)

De longs mois après le décès de sa grand-mère, Valérie Feuillet y revient en pèlerinage et crut "mourir d'émotion".Puis vient , avec le temps, la mélancolie et l'indifférence.




"J'amenai des amis pour visiter le château que mon mari avait rendu célèbre en le décrivant dans Monsieur de Camors"

On y organisa des parties de campagne: goûters, jeux, pêche dans l'étang ,  un bal y sera même donné:
"Que de fois depuis je me suis reproché ce bal, le ménétrier et la légèreté de mon coeur"
Chapitre XIII-Quelques Années de Ma Vie.



(Carte postale ancienne du château de Trécoeur)




(Photo de la propriété actuelle, sur le site du château) 
Les propriétaires ont très gentiment le petit groupe des amis des musées municipaux ,
 pour une causerie historique et littéraire, 
suivie d'un délicieux goûter....................................................................................................................................................

Julia de Trécoeur, Octave Feuillet

L'action de ce roman ne se déroule pas à Trécoeur, (c'est Monsieur de Camors, qui a "rendu célèbre"  ce lieu) mais le nom du personnage éponyme traduit l'attachement des Feuillet au cadre de la jeunesse  de Valérie, symbole des jours heureux.

En témoigne cette lettre d'Octave Feuillet à son épouse pendant les répétitions de Julie, représentée le 4 mai:

Paris, avril 1869
« Que je t'envie, ma chère, tes promenades à Trécoeur !
Hélas , que je me sens loin de ces douces campagnes !
Chaque brin d'herbe m'est cher. Dieu, comme je compte m'en régaler cet été ! Quelle indigestion de verdure, de petits ruisseaux, de coins solitaires je me promets dans mon cœur ! En attendant , n'y pensons pas !


Dans quelques Quelques années de ma vie, Valérie Feuillet raconte la genèse de ce roman:
1871
« Ce fut vers le milieu de l'automne que je retrouvai ma demeure, bien attristée par le départ des enfants et par les mélancolies croissantes de mon mari. Cependant, il s'était remis au travail et avait repris Julia de Trécoeur, commencée avant la guerre ; mais il était frappé de l'idée , qu' ébranlé par tant d'émotions successives, il ne pourrait plus rien écrire de bon, que le succès était perdu pour lui comme le reste !
Presque chaque jour, il me faisait la lecture des pages écrites. J'essayais de le relever par mes compliments. Parfois, je réussissais , alors il me disait :
« -Tu es un bon public et je t'aime bien ! »

Julia de Trécoeur parut enfin (1872) et son succès ressuscita son auteur.

Cette oeuvre, très éloignée de la fadeur du célèbre Roman d'un jeune homme pauvre, a des accents aurevilliens. Jugez plutôt:

Raoul de Trécoeur, destiné à la célébrité par ses dons remarquables, mourut en pleine jeunesse « sans avoir rien laissé d'autre qu'une centaine de vers et deux ou trois esquisses »
Il avait épousé à 25 ans sa cousine Clotilde Andrée de Pers, brisée par ses frasques, mais toujours fidèle.
Leur fille, Julia, gâtée à outrance par son père, fantasque, « véritable petite peste » pour les amies de sa mère, le pleura avec transports et voua à sa mémoire un véritable culte.
Clotilde étant veuve à 28 ans, sa mère, la baronne de Pers, qui avait son franc-parler, lui enjoignit de se remarier car « c'est encore ce qu'on a trouvé de mieux jusqu'ici pour jouir honnêtement de la vie entre gens comme il faut. »
Devant la résistance de sa fille, elle argumenta : « Tu as peur de Julia ». Pourtant, « elle sera riche de son propre chef », ; « dans deux ou trois ans, elle se mariera à son tour (je souhaite bien du plaisir à son mari , par parenthèse) et puis enfin, un beau-père n'est pas une belle-mère »
Clotilde lui avoua qu'elle avait bien un penchant, non pour son cousin Pierre, comme le supposait la baronne, mais pour l'ami de celui-ci, Monsieur de Lucan, beau ténébreux, qui, d'après elle , ne l'aimait pas.
L'enquête de la baronne dissipa un malentendu:si Monsieur de Lucan ne manifestait pas son attirance pour Clotilde, c'était par délicatesse pour son ami Pierre, qu'il croyait -à tort- épris de sa cousine. 
  1. de Lucan se déclara donc à la jolie veuve, quand, au milieu de son ravissement, elle entendit « un cri étouffé suivi ded'un bruit de chute » : celle de Julia , évanouie dans le salon voisin. Dans les yeux de l'adolescente de quinze ans, sa mère pouvait lire « une lutte de sentiments contraires. »(...) Tu me fais bien mal, dit-elle, oh bien mal ,plus que tu ne peux croire, mais je t'aime bien...je t'aime bien »

Malgré tout, le mariage eut lieu, à la condition, imposée par la jeune fille de ne pas y assister et de se retirer auparavant dans un couvent du Boulevard St Germain.
Or, la retraite de Julia se prolonge car  « l'ancienne diablesse veut se faire religieuse », ce qui ravive le chagrin de sa mère et l'ironie de sa grand-mère .Coup de théâtre ! Le bon cousin Pierre, amoureux fou du « joli monstre » souhaite l'épouser !
La veille de la prise de voile de sa fille, Clotide joue timidement les intermédiaires. « Pourquoi pas ? répondit Julia d'un ton de voix sérieux , autant lui qu'un autre »
Le mariage eut lieu dans l'intimité trois mois plus tard, Julia tint à ce que son beau-père en fût absent , puis le couple partit pour l'Italie.

Clotilde rejoignit alors son époux dans une ancienne résidence familiale, Vastville, « dont la vue , au au-delà d'un massif boisé s'étend sur les vastes landes qui forment le plateau triangulaire de la Hague ».
Conquise d'avance par l'enthousiasme de son mari, Clotilde éprouva pourtant , la nuit de son arrivée, « une impression de froid dans la sombre avenue en pente qui conduisait au château » .
Puis elle s'accoutuma à cette atmosphère romantique, contrairement à la baronne qui voyait en cette demeure « une vraie maison à crimes », semblable au « Château d'Udolphe ».

Au bout d'un an de voyage en Italie et en Suisse, et de lettres fantasques à sa mère, Julia annonça abruptement son retour , en précisant dans un post-scriptum : «Je prie Monsieur de Lucan de ne pas m'intimider »
C'est au x premiers jours de juin qu'eurent lieu les retrouvailles : une rencontre amicale bien que M . de Lucan sentît sa bru, devenue très belle, se crisper au moment du baiser de réconciliation.
D'emblée, l'atmosphère romantique du domaine plut à Julia et les journées s écoulèrent dans la bonne entente avec son beau-père ; toutefois, « quand elle ne pouvait échapper à quelques moments de tête à tête , elle laissait voir tantôt un malaise irrité, tantôt une impertinence railleuse. »

Un soir de retour de bal où le tête à tête fut inévitable, Julia déclara à son beau-père : « Vous êtes un très mauvais mari pour ma mère. Ma mère est une créature angélique, et vous, un romantique, un tourmenté. Un jour ou l'autre, vous la trahirez. »
Le lendemain, Pierre confie à son ami son malheur : sa femme est pour lui une énigme. «Je l'adore et je suis jaloux. De qui ? De Quoi ? »et il ajoute : «Si elle donnait à un autre tout ce qu'elle me refuse ! Je la tuerais »
Lucan rassure son ami : les bizarreries de la jeune femme viennent tout simplement de son imagination exaltée.
Celle-ci, un peu plus tard, ne lui confie -t-elle pas s'être imaginé, depuis le voyage en Italie, que sa grande beauté serait l'enjeu de rivalités amoureuses allant jusqu'au crime ?

Par la suite, au grand désespoir de Clotilde, Julia multiplie les incartades vis -à -vis de son beau-père . Comment interpréter ses pâleurs ses larmes, ses faiblesses qui vont jusqu'à l'évanouissement , ses paroles ambiguës, agressives ou provocantes, sa danse de bacchante, un beau soir?
M.de Lucan n'ose pas donner un nom à tous ces symptômes.. « Soyez honnête homme »   glisse la baronne de Pers à celui qui , au début de l'histoire , s'était dépeint à Pierre comme « un être né avec de détestables instincts » et, sans le secours de sa volonté, « un scélérat en puissance, comme Trécoeur »

Tous les éléments du drame sont en place.
Au cours d'une balade sur les hauteurs de la Hague, Julia entraîne son beau-père au bord de l'abîme.
« Je suis si heureuse », murmure-t-elle, « je voudrais mourir là...(...) Avec vous(...) Quelle joie... »
Troublé, Lucan résiste pourtant à son étreinte et l'entend murmurer « d'un accent doux et fier » en s'éloignant: « sans vous, alors »

Quand, au petit matin, Lucan aperçut Julia traverser la cour de Vastville, habillée comme pour monter à cheval, il prévint le comte de Moras, curieusement déjà prêt. Pierre attacha sur son ami « un regard pénétrant et visiblement troublé »
Tous deux se dirigèrent du haut des falaises : quel spectacle saisissant ! « Julia cravachait les flancs de son cheval pour hâter encore son allure vers le gouffre. »
Au moment où Lucan allait se précipiter vers la cavalière, il sentit la main la main de M. de Moras le retenir et lut dans ses yeux une « résolution inexorable ». (...)« Comprenant qu'il n'y avait plus de secret entre eux, il obéit à ce regard »
« Le cheval, fumant, cabré, se levait presque droit et se dessinait de toute sa hauteur sur le ciel gris du matin
Enfin le cheval fut vaincu, ses deux pieds de derrière quittèrent le sol et rencontrèrent l'espace. Il se renversa, ses jambes de devant battirent l'air convulsivement.
L'instant d'après , la falaise était vide. Aucun bruit ne s'était fait,.
Dans ce profond abîme, la chute et la mort avaient été silencieuses »


En 1873 , après la chute de l'Empire, Valérie Feuillet rendit visite à l'ex Impératrice Eugénie (devenue veuve) retirée en Suisse, à Arenenberg .
« Elle me parla avec bonté des travaux littéraires de mon mari, de Julia de Trécoeur, qu'elle trouvait une de ses plus belles oeuvres mais qu'elle appelait cependant un « mauvais livre »
- « On dirait, ajoutait-elle en souriant que Feuillet a voulu goûter des choses immorales.
Je suis sûr qu'il est fier d'avoir été mauvais sujet une fois dans sa vie »

Si le moralisme étroit de ce commentaire fait sourire de nos jours, le fond n'en est pas moins pertinent:dans Julia de Trécoeur se dessine le goût du Romantisme noir, le sens du secret qui parcourt Les Diaboliques de Barbey d'Aurevilly et une obscure fascination pour le mal.

M.S.
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Pour lire M. de Camors et Julia de Trécoeur:

http://beq.ebooksgratuits.com/vents-xpdf/Feuillet-Camors.pdf

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Et pour écouter, ce lien ici  et là 





jeudi, mars 07, 2013

Octave Feuillet (6) : Reliures et feuillets





"Un fait qui honore singulièrement le collège de saint-lô, c'est  qu'un des ses élèves, le jeune Octave Feuillet, étant entré au collège de Louis -Le-Grand , au mois d'octobre 1835 dans la classe de 4 ème, a non seulement eu de brillants résultats dans cette classe, mais qu'admis au concours général des collèges royaux de Paris et de Versailles, il y a obtenu le 1er prix de thème grec, le 5ème accessit de version grecque et le 6ème de version latine"in Annuaire du Département de la Manche. Neuvième année (1837)
Cet élève brillant, destiné  par son père à la carrière du Droit préféra se lancer dans la littérature. Il écrivit pour le théâtre (sa première pièce fut représentée au théâtre de l'Odéon  en 1845 ) et collabora à la Revue des deux Mondes. Il fut aussi un auteur pour la jeunesse,  dont Hetzel édita en 1846 , Polichinelle, sa vie et ses aventures.
Le groupe des amis des Musées municipaux travaillant sur  Octave Feuillet a pu admirer cette magnifique reliure  (et les suivantes) grâce au Conservateur des Archives départementales , M. Gilles Désiré dit Gosset, qui avait aimablement organisé une visite du fonds Feuillet.

1856Le Village.
Valérie Feuillet évoque cette nouvelle dans Quelques années De Ma Vie (Chapitre XIV):"Mon mari travaillait avec ardeur dans sa chambre d'étudiant. (...) Il nous lisait toutes ses oeuvres, à ma mère et à moi, avant de les livrer à la Revue Des Deux Mondes. (...) Il aimait lire devant ma mère dont l'âme exaltée était pour lui un soutien . Quelquefois, son père le décourageait cruellement . Je me souviens qu'il fut mécontent du Village et qu'il voulut lui faire brûler le manuscrit. Cette nouvelle charmante ne dut sa vie qu'à ma mère et à moi; nous combattîmes énergiquement toutes les deux l'inconcevable jugement de M. Feuillet" 


Détail amusant, cette nouvelle fut inspirée par  Saint-Sauveur le Vicomte, ville natale de Jules Barbey d'Aurevilly, qui lui aussi   souligna le charme profond de cette  bourgade,"jolie comme une bourgade écossaise".

Or, le même Barbey épingle  Octave dans ses Quarante médaillons de l'Académie, corrigeant ainsi son  surnom : "On a spirituellement appelé M. Octave Feuillet « le petit Musset des familles. » C’est toujours joli. Comme nous sommes en progrès, M. Feuillet est le Berquin de ce temps progressif. " 
Cette nouvelle, aimée entre toutes par son auteur , alimentera  en lui un fantasme : celui d'une vie idyllique , loin des soucis littéraires et mondains. En voici un exemple:
"Les répétitions du Sphinx  (1874) causèrent de grandes agitations à mon mari, des agitations plus grandes que tutes celles qu'il avait traversées jusqu'alors traversées dans sa carrière théâtrale"

Le motif ? Les disputes incessantes entre les deux étoiles, Croizette et Sarah (Bernardt)

"Enfin le pauvre homme me revenait chaque soir avec la fièvre, rêvant de lointaines solitudes, sans bruit et sans actrices surtout ; 'Ah! me disait-il, après avoir revêtu sa robe de chambre et s'être étendu devant un bon feu : Si tu savais quelle idée charmante  je me fais d'un petit village, d'un toit de berger, d'un bon repas avec un vieux curé!"

"Le vieux curé était loin" conclut Valérie Feuillet  dans le Chapitre XV de Souvenirs et Correspondances .





Le Roman d'un jeune homme pauvre, 1858



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Le roman d’un jeune homme pauvre,  (Ecoutez-en un extrait icilecture en ligne) fut un  grand succès  et donna lieu à une adaptation théâtrale.
Deux avis littéraires très contrastés:
- celui de George Sand, dans une lettre écrite à Nohant, adressée à l'auteur  et reproduite par Valérie Feuillet (Chapitre XVIII de Quelques années de ma vie):
"Vivant souvent loin de Paris, je n'ai pu voir le Roman d'un jeune homme pauvre, mais j'ai fait venir la pièce et je l'ai lue à un ancien ami de vous qui est le mien depuis dix ans .Après cela , nous avons parlé de la pièce et de vous, et j'ai voulu lire aussi plusieurs de vos proverbes ravissants qui m'avaient échappé. (...) On lit si bien à la campagne , l'hiver, dans la vieille maison pleine de souvenirs, au milieu de toutes ces choses et le coeur plein de tous ces sentiments que vous peignez avec tant de charme et de tendre délicatesse!"


 - et celui de Barbey, dans les Quarante médaillons de l'Académie, cité plus haut:

" Ses romans, qu’il retourne en pièces de théâtre, comme les gens qui ne sont pas riches retournent leur habit pour s’en faire deux, sont d’une conception très-médiocre, d’une observation superficielle et d’une morale ambiguë, qui n’est ni catholique ni stoïcienne, et qui tient ce lâche milieu dans lequel les esprits de ce temps coulent et fondent. Rien donc d’étonnant à ce que M. Feuillet passe pour un écrivain moral, à une époque de transition où il n’y a ni religion ni philosophie."
(...)
"Son Jeune homme pauvre a charmé les femmes qui ne craignent point de se rougir le nez en pleurant aux vaudevilles à sentiment de M. Scribe, car voilà le vrai public de M. Feuillet ! Les âmes de modistes lui appartiennent. "



Maison Quantin, Calmann - Lévy

Hors textes dessinés par Mouchet (1887)
 gravés par Méaulle.



Illustration de L. Mouchet, 1887

1869Julie

1872Julia de Trécœursont deux ouvrages qui ont compté dans l'oeuvre d'Octave Feuillet, et dont parle longuement son épouse :
 " Ce fut vers le milieu de l'automne  que je retrouvai ma demeure bien attristée par *l'absence des enfants, par le départ de la plupart de mes amis  et par les mélancolies croissantes de mon mari. Cependant, il s'était remis au travail et avait repris Julia de Trécoeur, commencée avant la guerre; mais il était frappé de l'idée, qu'ébranlé par tant d'émotions successives, il ne pourrait plus écrire rien de bon, que le succès était perdu pour lui  comme le reste!Presque chaque jour, il me faisait la lecture des pages écrites. J'essayais de le relever par mes compliments. Parfois je réussissais, alors il me disait:- Tu es un bon public et je t'aime bien !"(...)Julia de Trécoeur parut enfin et le succès ressuscita son auteur"
* Les enfants ont été confiés par leur père aux dominicains d'Arcueil , pour  leur éducation..................................................................................................................................................
.................................................................................................................................................Trécoeur est le nom du château de Madame de Quigny, grand-mère (en réalité grand-tante) de Valérie Dubois. Il joua un rôle important dans son histoire familiale.En effet, sa mère, Elvire Le Conte de Sainte-Suzanne, orpheline de mère  à deux ans ,  y avait été élevée par sa tante, Sophie de Sainte-Suzanne qui y  demeura , jusqu'à son mariage avec M. de Quigny.  La mort de ce dernier rapprocha les époux Dubois  de ce lieu où Valérie , enfant , avait passé des étés pleins d'insouciance et  de bonheur.Madame de Quigny, qui , pour raisons politiques n'avait pas admis le mariage de Valérie avec Octave Feuillet, lui ouvrit de nouveau la porte de Trécoeur à la naissance d'André (1852) mais "hélas!le revoir fut de courte durée , Madame de Quigny succomba aux suite d'une attaque de paralysie, quelques mois après avoir pardonné"De longs mois après le décès de sa grand-mère, Valérie Feuillet y revient en pèlerinage et crut "mourir d'émotion".


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Puis vient , avec le temps, la mélancolie et l'indifférence.

"J'amenai des amis pour visiter le château que mon mari avait rendu célèbre en le décrivant dans 

Monsieur de Camors "(1867) 

On y organisa des parties de campagne: goûters, jeux, pêche dans l'étang ,  un bal y sera même donné;
"Que de fois depus je me suis reproché ce bal, le ménétrier et la légèreté de mon coeur"Chapitre XIII-Quelques Années de Ma Vie.





Cette édition espagnole de Monsieur de Camors a été acquise par M. Gilles Désiré dit Gosset en personne, à une vente de livres anciens au musée du Prado.
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Nous le remercions vivement de nous avoir fait découvrir tous ces livres rares.
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ici , lien vers une analyse  de Jean-Marie Seillan  / Loxias
Stéréotypie et roman mondain : l'oeuvre d' Octave Feuillet 
Voici un extrait de la conclusion:

"Feuillet a toujours balancé entre passé et présent, théâtre et roman, classicisme et romantisme, noblesse et bourgeoisie. Également incapable de faire un choix, d’effectuer une synthèse ou de tenter un dépassement, il a laissé ces polarités se neutraliser et s’est fermé toutes les issues littéraires. Son œuvre romanesque y a gagné une très forte unité morpho-thématique : chaque roman s’offre comme un objet d’art parfaitement bien fait, plein de charme, d’harmonie et d’équilibre. Mais le charme est celui de la répétition, l’harmonie celle d’un violon à une seule corde, l’équilibre celui de la paralysie."
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Jardin assoiffé (2)

                      Deuxième visite au jardin  le  le Pré du Moulin à Rampan, dont le propriétaire et son épouse, M. et Mme Mauduit  dispe...